Textes bibliques du jour

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Prière de St Ignace

 « Seigneur Jésus,
apprenez-nous à être généreux,
à vous servir comme vous le méritez,
à donner sans compter,
à combattre sans souci des blessures,
à travailler sans chercher le repos,
à nous dépenser sans attendre d’autre récompense
que celle de savoir que nous faisons votre Sainte volonté. »

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Homélies A 2019-2020

7ème Dimanche de Pâques

24/5/20, Pâques 7 – A : Combats et prière !

Ac 1,12-14 ; Ps 26(27),1.4.7-8 ; 1 P 4,13-16 ; Jn 17,1b-11a.

Entre l’Ascension et la Pentecôte, il s’agit de durer dans l’attente. Depuis bien longtemps, les apôtres nous donnent une petite leçon très simple, loin du cynisme ou de la résignation : d’un même cœur, ils sont assidus à la prière, ce qui signifie beaucoup. D’abord le temps ordinaire, qui s’émiette dans un tas de détails et de petits soucis, se trouve structuré, rythmé par une relation à Dieu, pas forcément très intense (distractions…), mais régulière, peut-être chantée avec des psaumes. La tradition de l’Église fait commencer chaque office par l’invocation « Dieu viens à mon aide ! » C’est une grâce d’accepter de se sentir dérouté plusieurs fois par jour. En outre, cela crée des germes de communion, surtout s’il y a de la mixité. C’est là que Marie joue un rôle majeur par sa seule présence, discrète et sûrement courageuse : la famille de Jésus n’acceptait pas sa mission quand il est entré dans le baptême de Jean, et voici que Marie se tient entre les apôtres et les frères de Jésus. Elle crée une unité : de même qu’elle avait enfanté Jésus, de même elle commence à enfanter une amorce d’Église, c’est-à-dire le corps du Christ, pas moins. Sans femme, les hommes resteraient méfiants, ou se demanderaient qui est le plus grand…

Le psaume illustre ce qu’a pu être cette prière : même si la force de l’Esprit promis tarde un peu, la foi est là, qui d’un même mouvement bannit toute crainte et implore la pitié, et aussi qui scrute tout ce qui se présente. Où Dieu réside-t-il aujourd’hui ? Car la venue de l’Esprit peut passer inaperçue, si on ne se prépare pas à être surpris. Comme le vent dans les arbres, on perçoit quelque chose, mais on ne sait où il va. C’est une très vieille histoire : quand ils étaient esclaves en Égypte, les Israélites se méfiaient de Moïse ; ils gémissaient, et en même temps ils craignaient de sortir, prisonniers d’un petit souffle très court.

De fait, la vie n’est pas simple, et Pierre le rappelle, non sans paradoxe : Réjouissez-vous dès maintenant, malgré l’adversité ! Il ne s’agit pas d’une drogue qui dissoudrait toute douleur – et toute fraternité réelle –, mais d’une mission très particulière : une communion aux souffrances injustes du Christ, c’est-à-dire le mystère d’une collaboration au salut du monde. C’est autre chose qu’une impassibilité stoïque ou qu’un programme d’activités bien conçu ; les contemplatifs en savent quelque chose. Une telle invitation implique cependant un combat qu’on discerne : malgré les voix insistantes qui prétendent le contraire, il n’y a pas de honte à s’attacher au Christ.

En effet, la voix du monde conduit à une tristesse, mais l’évangile déploie la prière de Jésus pour ses disciples, au moment où à l’heure de la Passion ils sont un peu perdus, puisqu’ils se trouvent confrontés à un imprévu de première gran­deur, qui n’obéit à aucun programme raisonnable. Jésus parle de gloire, c’est-à-dire d’une présence forte qui est encore à venir, car il va franchir une limite qui fait peur à tout le monde : la mort, au-delà de laquelle il se rendra présent d’une manière insoupçonnée. Tel est bien l’enjeu : Jésus ne craint pas de parler de son rang divin, d’affirmer qu’il a tout pouvoir sur les vivants, mais ce n’est nulle­ment pour disparaître dans une buée céleste ou dans la majesté lointaine du créateur. Au contraire, il s’agit de la manifestation de Dieu sur terre, à travers des disciples qui ne sont nullement des héros. Ils auront le pouvoir de donner un sens lumineux à n’importe quel être, si lamentable soit-il. En attendant la force annoncée, ces bons apôtres auront comme premier réflexe de fuir la croix, ce qui les dépouillera de toute prétention, mais les orientera vers la prière.

Ascension du Seigneur

21/5/20, Ascension – A : Patience, mais avec musique !

Ac 1,1-11 ; Ps 46(47),2-3.6-9 ; Ep 1,17-23 ; Mt 28,16-20.

Comme nous, les apôtres ont été lents à comprendre. Ils refusaient d’écouter Jésus quand il annonçait la Passion. Après la résurrection, nous dit-on, ils l’ont vu et entendu pendant 40 jours, et pourtant, ils sont restés persuadés qu’il allait revenir tout régler, « restaurer la royauté en Israël ». En clair : une prudente rêvasserie politique, sans se compromettre, sans bouger. Ils avaient oublié la Bible, qui dénonce toute passivité : elle déploie une longue aventure, qui se déroule dans une petite province, mais qui est de portée universelle. L’histoire est entrecoupée de fêtes qui montrent un horizon, mais elle est toujours à reprendre ; il y a sans cesse des enfants à éduquer, ce qui est bien fatigant et risqué !

Mais Jésus prend les apôtres à rebrousse-poil. Il veut des témoins, mais il sait qu’ils sont faibles ; il annonce une force, mais ils ne sont pas en état de comprendre ; lorsqu’il disparaît, ils restent le nez en l’air, sans avoir la moindre idée de ce qu’est l’Esprit saint. Ils vont encore rester à mijoter quelques temps, expérience fondamentale. Jésus est parti, sa présence rassurante s’est effacée, et il y a un vide, qui à la fois les met en face d’eux-mêmes et les prépare à découvrir qu’ils ont des capacités cachées qu’ils ignorent encore. Que Jésus soit parti leur préparer une place au ciel reste vague, peu stimulant pour la vie réelle, qui est bien compliquée. Or, justement, avec l’Esprit, le ciel va arriver sur terre.

En fait, ce n’est pas si simple, ou plus exactement il faut des relais, pour que la patience ne devienne pas un découragement figé ou résigné. Le psaume paraît hors sujet ou grandiloquent, face au vide qu’affrontent les apôtres, et nous avec eux. Non : le relais est donné par le chant, ou plus généralement par la liturgie, car il s’agit de ranimer une espérance toujours vacillante, en symbolisant la présence de la totalité de l’histoire du monde, pas moins. Ce n’est pas encore l’Esprit saint et sa force, mais c’est un entraînement qui prépare une disponibilité à l’accueillir.

Dans l’épître, Paul annonce le complément attendu, sous la forme d’un rappel aux Éphésiens un peu essoufflés : Dieu n’est pas celui des philosophes, mais celui du Christ ressuscité, qui l’a révélé comme Père. C’est l’Esprit qui le rend présent en nous, donnant force et discernement, car tout lui est soumis. En effet, il siège à la droite de Dieu, ce qui signifie qu’il s’occupe de notre jugement. Et il transforme ce jugement en miséricorde ; autrement dit, le passé que nous savons cabossé n’est plus un poids paralysant. « Venez à moi, vous qui peinez, car mon joug est légèreté », disait Jésus, qui connaissait ou connaît nos récriminations. Paul lui-même est un exemple saisissant – et inlassable.

Dans la finale du premier évangile, Jésus ressuscité revendique cette toute-puissance de la miséricorde. Certains des apôtres doutent, ce qui est rassurant : ils mijotent encore, sûrement déçus que Jésus ne manifeste pas plus objectivement la force qu’il offre. La tâche est éperdue : faire des disciples parmi toutes les nations. Comment est-ce possible, avec toute cette variété de cultures ? C’est très intimidant, mais il suffit de se placer au point central : il y a partout des gens qui se savent mortels, qui se sentent limités, qui sont pleins de contradictions et voudraient le cacher. Peut-être en souffrent-ils assez pour ne pas se fermer et entendre une parole libératrice. Il ne s’agit pas simplement d’échappées individuelles, car il y a un baptême, c’est-à-dire un rite d’entrée dans la vaste communion qu’est l’Église, le corps dont le Christ est la tête, comme le rappelait Paul. Donc, restons dans la patience éclairée.

6ème Dimanche de Pâques

17/5/20, Pâques 6 – A : le Père commun.

Ac 8,5-8.14-17 ; Ps 65(66),1-7a.16.20 ; 1 P 3,15-18 ; Jn 14,15-21.

NB. Pour Jn 14,19, voici une traduction plus claire : « Vous verrez que moi, je suis vivant ; alors vous aussi, vous vivrez. »

Les Douze choisis par Jésus n’étaient pas de vrais professionnels, loin de là. Les persécutions autour d’Étienne ont suscité une dispersion, et voici que Philippe est arrivé en Samarie, mais sans mandat. Il fait des miracles au nom du Christ, il a un succès manifeste. Pourtant, il y a un problème : vu de Jérusalem, il agit comme un gourou, comme si sa personne faisait écran à plus grand que lui. En effet, malgré toutes les guérisons, il ne transmet pas l’Esprit saint ! Un détail secondaire, direz-vous ? Certainement pas ! Paul a eu une expérience analogue : après la révélation du chemin de Damas, il est parti prêcher sans mandat ; puis une seconde révélation lui a montré qu’il risquait d’avoir couru pour rien (Ga 2,2), c’est-à-dire de susciter un attachement à sa personne. En Samarie, Pierre et Jean agissent très modestement : une simple imposition des mains pour conférer l’Esprit saint. Cela signifie à travers un geste concret et très simple qu’en réalité l’action de Philippe va dépasser sa personne, et donc qu’elle va pouvoir durer en son absence, si les cœurs sont réellement touchés.

Et le signe en est l’action de grâce que chante le psaume. Des « actions redoutables » de Dieu ? C’est reconnaître sa présence dans ce qui s’est passé, et le regard s’élargit au monde entier, qui est plus vaste qu’un Philippe ou que tout autre. La prière importe au plus haut point, car nous avons des désirs. Mais nous manquons d’imagination, et le défi est toujours de discerner comment Dieu y répond, car c’est souvent déroutant. Il faut du temps, et c’est là que l’Esprit, qui rend Dieu présent dans le cœur, donne une espérance et agit dans la durée. Et une telle expérience peut alors se raconter, car c’est un témoignage.

Dans son épître, Pierre poursuit : Ne craignez rien de l’injustice ! Jésus a ouvert une brèche dans ce carcan qui nous entoure à tout moment. Le souvenir vif de ce qu’il a fait n’est autre que l’Esprit saint, qui rend présente une vie au-delà de toute mort. Et personne ne peut reprocher à autrui de ne pas avoir l’Esprit saint, car on ne peut l’inventer pour soi-même. C’est pourquoi Pierre demande de ne pas répondre au mal par le mal, à la critique par la critique, ce qui n’aboutit à rien, nous le savons bien. Quelle gloire tire-t-on d’avoir raison contre le monde entier ? De l’amertume, le plus souvent.

L’Esprit saint est encore appelé le Défenseur : il sera en vous, affirme Jésus dans son discours après la Cène, mais c’est à condition que lui-même parte, ce que les disciples peinent à comprendre. Et que va-t-il faire ? Vous révéler que vous avez un Père, à la fois très grand et très proche, qui vous parle au présent, à travers les faits éclairés par la nuée des témoins qui dans l’Écriture parlent de Dieu pour l’avoir expérimenté, dans les grands moments et dans le quotidien – les psaumes l’attestent. Les « commandements » que Jésus demande de garder ne sont pas une somme de préceptes, mais l’amour sous toute ses faces, tel que l’Écriture l’expose, tel que Jésus l’a pratiqué. On demandait un jour à Hillel, l’ancêtre de la tradition rabbinique, un flash sur l’essentiel de la Tora. Il répondit : « Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimes pas qu’on te fasse ; le reste n’est que commentaire, mais va l’étudier. » En effet, suivre la Loi revient à s’accoutumer à des gestes et à s’enrichir la mémoire. C’est ainsi qu’on trouve Dieu comme Père, mais cela va loin, car il est aussi le Père de mes ennemis, ou plus prosaïquement de ceux qui m’agacent. Un vaste horizon se dégage !

3/5/20, Pâques 4 – A : Un chef tout-puissant, ou un bon pasteur ?

Ac 2,14a.36-41 ; Ps 22(23),1-6 ; 1 P 2,20b-25 ; Jn 10,1-10.

Que se passe-t-il quand on apprend qu’une mauvaise conduite a eu un effet positif inattendu ? C’est l’expérience de Pierre lui-même, qui après avoir renié Jésus a reçu l’Esprit saint à la Pentecôte, de sorte qu’il devient capable de parler en public avec autorité. C’est aussi ce qu’il veut transmettre aux gens de Jérusalem : toute la maison d’Israël s’est liguée contre Jésus, et voici qu’il vit, avec un rang divin insoupçonné. Alors, tous sont bouleversés par l’annonce d’une miséricorde, mais il faut que cela devienne davantage que l’émotion d’un moment. Aussi sont-ils invités au baptême, qui va sanctionner une conversion, c’est-à-dire un changement de mentalité, appuyé sur l’Écriture. Déjà, au moment de la mort de Jésus, la foule versatile qui l’avait condamné s’en était retournée en se frappant la poitrine (Lc 23,45). Face à ce malaise grave mais diffus, il n’y avait pas encore, pour aller au-delà, de paroles fortes prononcées avec autorité. Nous aussi, nous sommes souvent mécontents de ce que nous avons fait, ou de nos occasions manquées. L’histoire est irréversible, alors comment aller au-delà ? Génération dévoyée, disait Jésus ; il s’y connaissait, et c’est encore vrai !

Le psaume indique la voie durable, face aux peurs et aux menaces (les « ravins de la mort ») : si le Seigneur est mon berger, la paix est en vue, et la nature paraît accueillante. Mais ce n’est ni le refuge d’une île, ni un défilé victorieux sur un tapis rouge. Les ennemis sont toujours là, omniprésents et peu visibles, puisqu’il faut toujours fermer les portes à clé. Les humains, même bien élevés, sont dangereux, parce qu’ils ont été créés libres ; Dieu le sait, et après quelques hésitations au temps de Noé, il ne perd pas de vue cette réalité, mais il le fait à sa manière, qui nous déroute souvent. Ainsi, « habiter la maison du Seigneur », n’est pas « se réfugier dans une sacristie », mais bien établir une familiarité à travers le quotidien éclairé par l’Écriture.

Pierre poursuit, en soulignant la liberté de Jésus, non pas celle de faire n’im­porte quoi sous l’inspiration du moment, mais celle de ne pas répondre au mal par le mal, sachant qu’il y a une justice supérieure ; on peut être malade et en paix, en prison et joyeux, confiné et créatif. Jésus était sensible, il aimait ses contemporains ; il n’était pas naïf, mais il savait que l’homme a des capacités qu’il ne sait pas exploiter, et qu’il se trouve errant sans bien s’en rendre compte. Or, dit Pierre, Jésus en allant au-delà de l’injustice, est devenu notre berger, non seulement par l’exemple, mais surtout en portant notre péché. Ce qu’ont fait ces gens de Jérusalem était mauvais mais nécessaire, et j’y participe. C’est l’opposé d’un culte individuel de la vertu pour s’améliorer : tel est le drame du pharisien aveugle, qui est très compétent et croit n’avoir pas besoin de berger.

Jésus ose dire qu’il est le bon pasteur. L’image des brebis est très éclairante pour parler de nous : elles ne sont pas très malignes et elles restent très craintives ; elles circulent en troupeau, et gare à celle qui s’égare ! Le bon pasteur opère au grand jour, il connaît chacune par son nom. Et la brebis devient davantage qu’un simple numéro dans une foule : le troupeau devient une communauté, et la brebis, sentant qu’elle existe pour le berger, devient capable de sortir du bercail, d’affronter le grand air des réalités plus ou moins risquées. Les mauvais pasteurs précédents, qu’évoque Jésus, ne sont certainement pas les prophètes, mais les zélotes d’alors, qui voulant chasser les Romains recrutaient de force en vue d’une république parfaite, mais en fait introuvable. Jésus fait juste le contraire : il donne tout de suite une vie en abondance. Pourquoi la bouder ?

3ème Dimanche de Pâques

26/4/20, Pâques 3 – A : Présence intime du ressuscité.

Ac 2,14.22b-33 ; Ps 15(16),1-2a.5.7-11 ; 1 P 1,17-21 ; Lc 24,13-35.

Lors de la Pentecôte, Pierre a comme les autres reçu l’Esprit saint, et lui qui s’était effondré lors de l’arrestation de Jésus est devenu un autre homme. Il se lève et parle avec autorité de la résurrection du Christ comme accomplissant les Écritures, ou plus exactement ici les Psaumes, ces chants qui expriment une présence de Dieu. De quoi s’agit-il, puisqu’il ne peut montrer Jésus ? Jésus n’est plus visible comme au temps de sa vie publique. Sa présence n’est plus de même nature. Les Juifs comme individus avaient rejeté Jésus injustement, mais maintenant ils ont reçu ensemble l’Esprit, qui leur a offert une communion insoupçonnée. C’est l’assemblée elle-même qui est devenue le corps du Christ ; il est donc bien présent, mais à travers une expérience qui permet de comprendre l’ensemble du dessein de Dieu. Mais ce n’est pas une pure conséquence logique, objective, car au moment de cette expérience collective, n’étaient-ils pas « pleins de vin doux », comme certains le disaient ? Résistance salutaire !

Il est caractéristique que Pierre n’évoque que le tombeau de David – qui selon la tradition juive est né et mort à la Pentecôte –, mais il ignore entièrement celui de Jésus : qu’il soit vide n’est plus qu’un fait sans grande importance en lui-même ; le sens en est donné par l’Esprit, qui rend l’Écriture présente.

Le psaume – cité dans le discours de Pierre – revient sur la dimension individuelle de la présence de Dieu, c’est-à-dire sur l’espérance qui précède l’expé­rience du corps communautaire, et aussi sur ce qui en reste le lendemain, quand on redescend de la montagne. Je sais bien que ma vie est limitée, mortelle, mais la jubilation qui subsiste n’est pas l’effet d’un élixir de vie perpétuelle sans contenu bien net. C’est au contraire la certitude qu’a le pécheur que je suis d’être connu de Dieu, d’avoir été visité en vue d’un pèlerinage à poursuivre sur terre, en dépit de tout ; c’est donc une semence de vie éternelle, ici et maintenant.

Pierre dans sa lettre rappelle la condition du pécheur, qui sent obscurément qu’il a une dette un peu étouffante : comme il n’a pas la force d’en sortir, il est tenté de la cacher, ou encore d’incriminer ses parents ou son entourage, qui n’ont certainement pas été parfaits. C’est inefficace, et Pierre demande de la simplicité : osez mettre un nom sur cette dette, et déposez-la au pied de la croix du Christ, qui porte et rachète le péché du monde. Ci-dessus dans les Actes, les Juifs qui ont rejeté Jésus sont invités à voir que leur action a été providentielle, mais ils n’auraient pu le deviner sans l’annonce de Pierre.

Les disciples d’Emmaüs représentent une expérience qui en réalité est familière. Ils connaissent l’Écriture, mais c’est de la religion un peu désuète ou routinière, et ils se soucient de choses sérieuses : Comment régler le scandale d’une oppression injuste ? Jésus a échoué, et par conséquent Dieu est absent ; c’est bien triste. L’inconnu qui les rattrape fait le naïf, mais il est un peu provocateur ; il commence par les secouer : votre tête et votre cœur sont disjoints ! Puis il les entraîne dans une démarche eucharistique qui va être une réhabilitation de leur corps : une instruction sur les Écritures qui les rend vivantes au présent, malgré l’échec apparent, puis le signe de la fraction du pain, qui exprime en particulier cet échec par une rupture. Alors ils découvrent que le ressuscité est en eux, ce qui les remet en route, toute fatigue ayant disparu. Auparavant, ils voyaient l’inconnu comme un autre, extérieur à eux, un peu comme durant la vie publique de Jésus les disciples le voyaient comme un autre. Maintenant, le spectacle n’est plus nécessaire, et ce qui a été reçu peut se transmettre par la parole.

2ème Dimanchede Pâques              La miséricorde

19/4/20, Pâques 2 – A : Thomas l’incrédule : voir ou entendre ??

Ac 2,42-47 ; Ps 117(118),2-4,13-15b,22-24 ; 1 P 1,3-9 ; Jn 20,19-31.

La description de la communauté primitive est restée un idéal permanent de société parfaite, avec quatre piliers : enseignement des apôtres ; communion fraternelle avec partage des biens ; fraction du pain ; prières. On pourrait croire, et on l’a souvent cru, que la communion fraternelle suffit, et que l’histoire devient insignifiante. C’est très inexact, et pour une raison très simple : chaque individu en croissant passe par l’expérience d’Adam et Ève, de se vouloir maître de sa propre vie et de se heurter à des réalités douloureuses, voire même à l’échec de l’amour. L’homme est créé bon, nous dit-on, mais aussi libre, et cette liberté est malaisée à gérer. L’expérience du communisme a été un désastre, car il manquait la miséricorde, laquelle s’exprime à travers les autres piliers que sont l’enseignement et la prière : je ne peux être frère sans être d’abord fils d’un plus grand que moi, qui ne soit pas effrayé de mes incartades et qui m’invite à une intimité. Quant à la fraction du pain, c’est plus qu’un simple geste de partage. L’expérience des disciples d’Emmaüs est caractéristique : après un enseignement énergique sur la résurrection, ils reconnaissent Jésus à la fraction du pain (Lc 24,35) ; comme symbole de la croix, c’est une brisure ici et maintenant, qui rend présentes toutes les paroles de l’enseignement en les intériorisant – et même aboutit à la prière sous toutes ses formes.

Le psaume annonce deux points complémentaires, essentiels à la vie de communauté : d’abord, la louange va être plus forte que toute brisure, que toute adversité d’où qu’elle surgisse. Des événements imprévisibles vont arriver, ce qui introduit le second point. La pierre rejetée par les bâtisseurs est une figure de Jésus rejeté par ses contemporains, mais elle est aussi une invitation à être attentif : nous sommes toujours lancés dans des choses à faire, et il faut écarter les brindilles. Soit. Mais comment savons-nous que tel petit détail qui paraît gênant n’indiquera pas finalement la bonne voie. Cette invitation au discernement se négocie en particulier dans la prière – ou parfois dans le cauchemar : des détails diffus remontent et se précisent.

Dans sa lettre, Pierre revient sur le thème éternel et lassant des épreuves qui purifient. Comment échapper au découragement, à l’impression que Dieu est absent ? Tout simplement en recevant une fois de plus le témoignage de Pierre, qui se joint à une nuée d’autres témoins. Pierre se croyait fort, et face à la croix il s’est effondré, mais il avait reçu mission d’encourager ses frères, ce qu’il fait encore aujourd’hui : il rend proche et perceptible l’héritage promis dans les cieux, qui autrement serait bien abstrait.

Le passage sur Thomas l’incrédule est vaste. D’abord, Jésus annonce la paix, alors que tous ont peur. Pire, il leur donne, au moment où ils se voient faibles, une mission appuyée sur l’Esprit divin représenté par un souffle : remettre les fautes, ou les retenir si le pénitent bluffe. C’est bien plus que l’annulation comptable d’une dette, c’est presque entrer en force dans la conscience d’autrui, qui si elle est humble va se trouver visitée par une miséricorde.

Puis Jésus demande à Thomas de croire sans avoir vu, c’est-à-dire d’entendre des témoins humains. En effet, un spectacle est rassurant, mais ne se transmet pas. Justement, la tentation de Thomas reste : Comment être sûr que tout cela est bien vrai ? Comment échapper à la précarité d’une relation ? C’est sur ce point que l’évangéliste conclut : peu de signes ont été mis par écrit « pour que vous croyiez ». C’est une invitation à risquer l’intimité avec le Christ.

PÂQUES 2020

12/4/20, Pâques 1 – A : Quand Alléluia coiffe toute l’histoire du salut !

Veillée : parcours depuis la Création ; feuilleter le missel ! Jour : Is 55,1-11 (ajouté) ; Ac 10,34-48 ; Ps 117,1-2,16-17,22-23 ; Col 3,1-4 ; Jn 20,1-9.

Nos pensées sont souvent pessimistes ou épuisantes ; notre petit avenir est incertain ; l’amour s’affadit ; nous avons toujours les mêmes défauts… Comment redevenir joyeux sans être ivre ou superficiel ?

Isaïe tranche, en invitant à un festin très particulier qui est hors du pouvoir de notre précieux argent si rassurant, car il ouvre un avenir. Mais c’est sous une forme déroutante, qui invite à voir que Dieu est déroutant, peut-être parce qu’il est trop simple et direct. Il est bien là, mais sa pensée est plus vaste que la mienne, et je le crois absent, comme s’il ignorait mes déboires. En effet, sa parole n’est pas lisible dans les journaux, mais dans les soubresauts de la longue histoire biblique. Celle-ci peut paraître étrange ou révolue, mais en réalité elle nous imbibe comme une pluie si nous reconnaissons qu’elle parle de nous, en commençant par l’effondrement du paradis et des grandes illusions optimistes : nous ne savons pas construire un bonheur durable avec autrui. Ou pour le dire autrement, les échecs nous rendent méfiants, et nous nous savons mortels ; le temps s’effrite, et il y a une pandémie paralysante. Il y aurait tant à faire !

Jésus a affronté toute cette réalité jusqu’à l’injustice de la croix, mais une vie nouvelle s’est manifestée ensuite, reconnue dans l’Esprit saint et accomplissant ces prophéties issues du même Esprit. Les Actes rapportent que, sans bien savoir pourquoi, Pierre a été poussé à annoncer ce salut d’Israël au centurion Corneille, dans la capitale païenne de Césarée. Surprise ! Son témoignage suscite une manifestation de l’Esprit chez ces mêmes païens. Pierre, qui s’était effondré face à la croix, entrevoit que, comme les anciens prophètes, ce qu’il porte est plus grand que lui ; animé par l’Esprit, il découvre que ce qu’il dit concerne le monde entier. Telle est la grâce du témoin qui a expérimenté une résurrection après avoir sombré : son langage simple et son attitude corporelle transmettent une espérance. En effet, Dieu a un tel respect pour l’homme qu’il n’opère pas directement : il s’est incarné, et il a besoin de témoins humains, qui, comme Abraham, Pierre et bien d’autres sont des gens ordinaires, qui s’embrouillent un peu et ne comprennent que lentement. Ce sont des frères, et le psaume dit sans ambages que les grands de ce monde ne les croient pas bien utiles, tout comme nous. Pourtant, avoir expérimenté un brin de résurrection ne nous améliore peut-être pas beaucoup, mais nous rend témoins, au-delà de toute épreuve : « Je ne mourrai pas mais je vivrai, et j’annoncerai ce qu’il a fait. »

Paul nous rappelle notre histoire : nous avons expérimenté la mort, c’est peut-être difficile à admettre, mais cela devient clair rétrospectivement par une expérience de résurrection ; les choses d’en-haut sont arrivées sur terre, comme une pluie où chaque goutte peut donner une fleur. C’est une intimité avec le Christ, qui reste un peu cachée et surtout très fragile, mais qui croît peu à peu.

L’évangile montre que le premier témoin de la résurrection est une femme à la vie compliquée, troublée de ne pouvoir rien faire pour son mort, qui lui échappe. Les disciples arrivent et voient un spectacle étrange : le suaire entourant la tête est séparé des autres linges entourant le cadavre. Dans la tombe la mort ne laisse que des épluchures « d’en-bas », suggérant la tête (Jésus) séparée du corps des disciples. Tout est perdu ? Non : le disciple bien aimé comprend, s’appuyant sur les Écritures : une mutation se fait « d’en-haut », et tout va continuer à vivre hors du tombeau, comme un accouchement réussi. Alléluia !

Jeudi Saint 2020

9/4/20, Jeudi saint – A : Corps du Christ ? Un tas de membres !

Ex 12,1-8.11-14 ; Ps 115(116b),12-13,15-18 ; 1 Co 11,23-27 ; Jn 13,1-15.

L’agneau de Dieu porte le péché du monde, très lourd, parce qu’il est toujours le résultat d’un esclavage, personnel ou collectif. L’exemple typique est celui des Israélites en Égypte, avec une ambiguïté énorme et familière : ils murmuraient dans leur souffrance, et en même temps ils ne voulaient pas vraiment en sortir, c’est-à-dire prendre le risque de la liberté. C’est toujours vrai : tout critiquer est confortable, rassurant – et stérile. Mais comment trouver par nous-mêmes un autre horizon ?

Tout cela est exprimé dans l’Exode par la Pâque de sortie d’Égypte, qui a une dimension violente : d’abord, suivre un nouveau calendrier, pour renouveler la perception du temps ; ensuite, prendre un jeune agneau chez soi, l’adopter en quelque sorte, puis le tuer malgré son innocence et sa tendresse, et le manger ; enfin se tenir prêt à partir, sans bien savoir où. Le sang fait toujours peur, mais il est essentiel d’expectorer une agressivité qui rôde, et surtout il s’agit d’obéir à un précepte, même sans bien le comprendre ; c’est ce qu’évoque le psaume à sa manière. Il va s’opérer un rachat face aux forces du mal qui paraissent toujours inéluctables ; en hébreu, le « sang » désigne aussi un « prix », depuis le sang d’Abel le juste (Gn 4,10). Quant au pain azyme, il est un signe des nouveautés introduites, du fait que le levain ordinaire est un reste des récoltes précédentes. Enfin, l’annonce de la mort des Égyptiens accomplit l’annonce faite par le Pharaon lui-même (Ex 1,22) : il se voulait tout-puissant, mais angoissé, il détruisait son propre peuple. Avertissement aux princes de ce monde !

C’est dans cette ligne que Paul rappelle l’institution de l’Eucharistie. Le geste est une mise en scène de la mort du Christ, et c’est nous qui la faisons, pas moins ; ce n’est pas une faute, car il s’est offert lui-même. L’enjeu est précis : Paul a commencé par évoquer un désordre communautaire plutôt banal, et dans la suite il va parler des charismes, dont la variété illustre toutes les dimensions d’un corps. Car l’assemblée (ou l’Église en général) est le corps du Christ, toujours en formation : c’est un don qui se renouvelle sans cesse à travers les gestes eucharistiques. Dans le contexte du passage de ce jour, Paul est tranchant : quiconque mange ce pain et boit à la coupe sans voir le corps communautaire ignore le don. N’étant plus dans une logique de libération, il devient alors coupable, et il va perdre sa force, tout comme les idolâtres de l’Ancien Testament.

Le récit du lavement des pieds, constellé de menus détails, souligne une autre dimension de la vie du corps. Pierre est notre frère, car comme de coutume il n’y comprend rien, malgré un enthousiasme perpétuel. Jésus s’abaisse en s’occupant des pieds, de ce qui permet de bouger, mais il prononce une phrase énigmatique : si Pierre refuse, il « n’aura pas part » avec lui. Or, Jésus est au seuil de la croix, par laquelle, après avoir traversé la mort, il va entrer dans le Royaume. Donc Pierre resterait en dehors ? Le geste humble de Jésus est donc une invitation à traverser la mort avec lui, ce qui fait penser à l’eau du baptême et à toutes les eaux mortelles de l’Écriture (Déluge, mer Rouge…). Sans lui, la mort est la synthèse de tous les échecs, et on se trouve face à un mur.

Voilà pour Jésus, mais il y a une suite pour nous, car ce qu’il a fait est un exemple, dit-il. S’abaisser jusqu’aux pieds d’un frère ou d’une sœur est un geste humble, mais aussi intime, peut-être proche de l’indiscrétion. Sans doute, donner un coup de main ne peut pas faire de mal, mais il y a plus : lui faire franchir ce qui dans sa vie est mortel. Bref, reconstituer le corps dans tous ses membres.

RAMEAUX

5/4/20, Carême 6 (Rameaux) – A : Jésus te plaît ? Attention !…

Mt 21,1-11 (procession) ; puis messe : Is 50,4-7 ; Ps 21(22),8-9.17-24a ; Ph 2,6-11 ; Mt 26,14–27,66 (ou plus court : 27,11-54).

La foule attendait un Messie libérateur, et Jésus arrive enfin à Jérusalem, précédé de sa réputation. Il est de la tribu de Juda, et l’ancienne bénédiction de Jacob lui donnait un sceptre royal et le gratifiait d’une ânesse (Gn 49,10-11). Jésus active cette prophétie en la transformant par une autre (Za 8,9), où il se présente comme roi humble et pacifique, avec une ânesse et son ânon. Jésus a voulu prendre l’initiative d’être reconnu comme roi, ce qu’on va retrouver sur l’écriteau que Pilate fera apposer sur sa croix.

La foule, humiliée par l’occupation romaine, l’acclame comme libérateur, mais elle ne comprend pas les signes que Jésus a mis en œuvre, car ils pointent vers un royaume qui n’est pas de ce monde. Plus tard, elle va lui préférer Barabbas, un zélote, qui a du sang sur les mains, mais qui s’est battu pour une grande cause. Le problème n’a pas vieilli, car les gouvernements abusifs abondent. La question sous-jacente est celle de la liberté : Quel est l’oppresseur le plus redoutable, le dictateur ou le péché ? Pendant la guerre, en 1943, Chiara Lubich, née en 1920 dans une famille vite appauvrie par le fascisme italien, eut l’intuition que l’amour est plus grand. La réalité était Mussolini, et il ne s’agissait pas de rêvasser qu’il change ou qu’il disparaisse : une vie chrétienne riche était possible immédiatement, en sortant de l’isolement ou du pessimisme, et elle créa des « foyers » (focolari) qui se sont répandus partout jusqu’aujourd’hui.

Jésus n’était pas naïf quand il voulut être reconnu comme roi : il savait que le monde ne croit qu’à la force et se méfie de quiconque veut gratter en profondeur et donner une parole qui touche vraiment. Il reproche constamment à ses contemporains d’être superficiels, ce qui leur déplaît. Pourtant, il est héritier du Serviteur mis en scène par Isaïe, qui a trouvé une force en se mettant à l’écoute de Dieu, comme le rappelle le psaume : se faisant disciple, il ne craint plus l’adversité, et il est capable d’aimer son voisin découragé. Par la parole, on peut acculer quelqu’un au suicide, ou lui donner des raisons de vivre, disait Freud.

Mais qui était donc ce Jésus, qui a accepté par amour l’injustice de la croix ? Animés par l’Esprit, ses disciples ont reconnu – jusqu’à ce jour – qu’il était dans le sillage des Écritures et qu’il n’était autre que la manifestation de Dieu sur terre. Ainsi, Dieu se fait infiniment proche en devenant homme, et inversement l’être humain prend une dignité insoupçonnée, que lui-même ignore souvent, car il est paralysé par son péché. Mais si Jésus s’est rendu ainsi visible comme Dieu dans une histoire très provinciale, c’est qu’il existait auparavant. C’est logique, et c’est ce que chante l’hymne célèbre de Paul.

Enfin vient l’immense récit de la Passion, qui couvre 24 heures, du soir au soir, c’est-à-dire le jour complet de la Pâque juive. Après quelques préparatifs, cela commence par l’Eucharistie, qui sera un mémorial. Ce sont de simples nourritures terrestres qui deviennent célestes, signes d’un autre Royaume, mais le geste paraît violent : manger Jésus ! Or, c’est bien ce qui se passe ensuite : Jésus à Gethsémani a un moment d’angoisse, puis toutes les composantes de la ville s’unissent et contribuent à sa mise à mort, chacune à sa manière : Judas « livre », les autres disciples fuient, le conseil suprême fait une parodie de jugement, Pilate renonce, les soldats sont brutaux, la foule est féroce. Autrement dit, tous se sont dévoilés, et le salut sera offert à tous. Ça commence par le centurion de service : il a senti que la mort de Jésus a bouleversé le cosmos. À suivre !

5ème Dimanche de Carême

29/3/20, Carême 5 – A : Ouvrir un tombeau ? Hmm, et l’Esprit ?

Ez 37,12-14 ; Ps 129(130),1-8 ; Rm 8,8-11 ; Jn 11,1-45

L’expérience de se voir mort ou stérile est douloureuse ; elle commence bien avant le 4e âge et on cherche à se distraire, pour ne pas voir. Ézéchiel s’adresse à des exilés, qui loin de chez eux sont tombés dans les idolâtries du monde. Ils l’ont bien senti, mais ils n’ont pas la force d’en sortir. Il ne s’agit pas de faire un miracle sans lendemain, mais d’entrer dans l’espérance, au-delà de ce qui paraît noir. Or, l’espérance est un processus lié à une mémoire. Le prophète parle d’un retour sur la terre d’Israël. C’est bien plus que de prendre le premier avion venu, car l’enjeu est beaucoup plus vaste : retrouver toute l’histoire biblique d’Israël et redécouvrir que dans ses détours infinis elle parle de moi, ou de nous, tels que nous sommes, craignant la mort ou la stérilité. Bien entendu, il y aura toujours une petite voix pour dire que ce ne sont que de vieilles choses périmées et qu’il faut être de son temps. Mais il y a aussi une autre voix, celle de l’Esprit divin, qui nous dit que l’être humain est le même, avec les mêmes souffrances et les mêmes ressources, et que nous avons un avenir de vie dont nous ignorons tout.

Le psaume prolonge la réflexion en exprimant l’angoisse de cette prise de conscience d’un exil profond. Ce n’est qu’un cri, mais c’est le fait d’oser en parler à Dieu qui suscite une espérance. La prière directe donne une force, car elle éclaire sur un point essentiel : je me suis toujours cherché moi-même, avec de magnifiques arguments vertueux, et cela n’a abouti à rien ; tel est mon péché, qui est bien plus qu’une somme de délits légaux, car il falsifie tout amour, et je ne parviens pas à en sortir, sauf par un tel cri où j’ose me montrer faible.

Il est important de prendre le temps de méditer cela avant d’écouter Paul, qui déclare énergiquement que tout est réglé par la résurrection du Christ. Si c’est un simple fait constatable, pourquoi le répéter indéfiniment ? Dans ses lettres, Paul n’évangélise pas, il l’a déjà fait, mais il s’acharne à rappeler l’essentiel à ces oublieux que nous sommes. En effet, tout incident sérieux nous fait voir la vie comme un cul-de-sac. La croix est absurde : Jésus était peut-être surhumain, mais c’est bien loin. Mais Paul, à travers des épreuves, ne s’est pas découragé. Il affirme : si tu acceptes l’Esprit du ressuscité, tu es pardonné, justifié (rendu juste, oui). C’est un défi, car l’autre voix persiste à nous condamner.

En effet, il y a une mémoire nauséabonde, et c’est l’histoire de la résurrection de Lazare. Il est malade, et Jésus prend le temps de le laisser entrer dans la mort, ce qui déroute Marthe, Marie et bien d’autres : un tel magicien pouvait éviter cela. Jésus n’entre pas dans le cercle des pleureurs ; à leur manière, ils neutralisent les effets de la mort, qui culminent sur un tombeau à admirer : « Viens et vois ! » C’est une transformation remarquable de l’invocation (Ps 42,3) : « Quand viendrai-je et verrai-je la face de Dieu ? »

Jésus demande alors d’ouvrir le tombeau, malgré l’odeur. C’est vrai pour nous aussi : ce que nous cachons sous de belles apparences sent mauvais. Et voici le miracle : on ôte la pierre, et c’est alors que Jésus rend grâce à Dieu, car les gens ont su prendre le risque d’affronter cette putréfaction en défaisant la sépulture, qui est une sorte de mise à mort sociale, ou encore la clôture d’une parenthèse. Autrement dit, ils découvrent tout surpris qu’ils ont un amour pour Lazare vivant, alors qu’ils lui avaient lié les mains et les pieds. Alors, délivré de cet étau, Lazare entend la parole de Jésus et sort. On le perd de vue, mais l’assemblée des pleureurs célébrant la mort a été transformée, recevant un autre Esprit. C’est le même qu’annonçait Ézéchiel, et ça, c’est toujours possible !

4ème Dimanche de Carême

22/3/20, Carême 4 – A : le Messie insoupçonné, étonnamment proche.

1 S 16,1-7.10-13a ; Ps 22(23),1-6 ; Ep 5,8-14 ; Jn 9,1-41.

Les Israélites voulaient un roi comme tout le monde, c’est-à-dire un symbole de force, et non plus seulement un juge fidèle à la Loi. Dieu a accepté, mais il en faisait une punition, non sans annoncer des épreuves : le roi est irresponsable, car il crée la loi, sans Dieu. C’est ainsi que Saül fut oint par Samuel comme premier roi d’Israël, d’où la qualité de « Messie » (= oint) attachée à la fonction. Puis il a été écarté sans bien comprendre pourquoi, mais il va s’accrocher à son rôle avec angoisse et violence. La peur règne, et Samuel, chargé de trouver un nouveau Messie, prend une génisse pour dissimuler sa fiole d’huile ! Non sans surprise, il finit par repérer David, un jeune homme insignifiant qui garde les troupeaux. La position de « Messie » est transformée, et un lien avec Dieu est rétabli : David reçoit l’Esprit, bien qu’il n’ait pas l’allure d’un chef de guerre.

C’est ainsi que David, qui jouait de la harpe, est devenu chantre. Le psaume évoque les difficultés qu’il va avoir, mais son chant le maintient dans l’intimité de Dieu. Il est loin d’être parfait, mais il en retire une force et une harmonie qui donnent un horizon à sa vie. En ce sens, il est un modèle, et la plupart des psaumes lui sont attribués. Au temps de Jésus, on aurait voulu un Messie comme Saül, mais lui-même n’a voulu que l’habit de David, autrement dit l’Esprit, et la présence de Dieu sur terre, même dans un coin perdu comme Nazareth.

Paul en donne la raison : la lumière. Un chef de guerre peut donner une victoire, mais que se passe-t-il ensuite ? Après la guerre de 39-45, beaucoup de résistants, qui avaient su prendre des risques, n’ont pas supporté le retour à une vie banale et ordinaire, et ont sombré dans divers excès. La paix informe est dangereuse, quand on se retrouve seul avec soi-même : c’est l’obscurité, plus ou moins menaçante et sans harmonie, comme un sommeil épais et peu reposant dans une solitude aveugle. Or, Jésus comme Messie, c’est-à-dire Christ, est passé par là, et sa victoire est là pour m’éclairer : si j’accepte que mes fautes soient prises en charge et pardonnées, alors l’Esprit sera là et d’autres pourront aussi être éclairés. Ainsi Paul, inspiré par David, chante un cantique.

L’évangile aborde de front une question universelle : Le mal a-t-il un sens dans le plan de Dieu, est-il une punition ? Voici un jeune aveugle-né bien connu. Ses parents ne sont pas loin, et il mendie. Sa déformation est source de revenus, car il attire une certaine pitié, mais c’est lamentable, infrahumain. Et nous ? Tirons-nous de petits profits de nos imperfections ?

Jésus repère cet aveugle et lui fait une onction étonnante : non pas avec de l’huile parfumée, mais avec de la boue, comme aggravant son incapacité. Et avec une parole très simple : « Va te laver ! » Mais pas n’importe où : il doit bouger et se débrouiller pour trouver le bon endroit : la piscine de l’Envoyé. C’est une sorte de pèlerinage, qui fait penser à Abraham, vieilli et stérile : Dieu a accentué son état en en faisant une sorte de réfugié, mais il est resté dans la foi.

Ainsi, l’aveugle obéit et découvre le monde, dont il n’avait que la rumeur. Il ignore encore ce qui s’est passé, et s’en tient aux faits, mais ensuite il a une rencontre personnelle avec Jésus. Il devra travailler, car il a perdu son gagne-pain, mais il découvre la foi. Les pharisiens, eux, résistent ; ils sont divisés, sans harmonie. Ce sont des personnages éternels, qui tiennent au confort rassurant de l’observance : elle donne un cadre sûr, neutralisant l’imprévu. Ils ne savent plus que les rites qu’ils suivent devraient les préparer, car ils proviennent d’un Dieu vivant, qui justement intervient dans les événements. Et nous ? Dans les temps troublés où nous sommes, qui accuser ? Apercevons-nous une lumière ?

3ème Dilanche de Carême

15/3/20, Carême 3 – A : Comment voir grand sans rêvasser ?

Ex 17,3-7 ; Ps 94(95),1-2.6-9 ; Rm 5,1-2.5-8 ; Jn 4,5-42.

Aujourd’hui, il va être question de la soif, celle de tout le monde ; on met sur elle un voile, ou on l’étanche de diverses manières, mais elle revient sans cesse.

Les Israélites ont été extraits de l’Égypte, mais sortir de l’esclavage était un risque, car une certaine sécurité étroite disparaissait. Le désert met en relief la soif, et la situation paraît absurde. Moïse n’a pas perdu le souvenir de son propre parcours, et le bâton qu’il a en main lui sert de mémorial. Contrairement aux animaux, l’être humain a besoin de gris-gris symboliques, qui rappellent quelque chose d’important – ou sont censés le faire. Pourtant, Moïse ne comprend plus. Que faire d’un peuple dont la mémoire est faussée, qui embellit le passé et oublie les événements récents ? Plus tard, c’est l’Esprit qui portera Jésus au désert, précisément pour être tenté, comme les Israélites. Et comme Moïse, il aura des moments de découragement : Comment supporter cette génération rétive ? Question durable, en ces temps de panique.

Pourtant, le mont Horeb est là, mémorial imposant d’où Moïse a été appelé, et qui sera le Sinaï de la révélation. Mais le peuple l’ignore ; il ne voit pas au-delà de Moïse et s’en prend à son autorité abusive. Plus tard, Paul dira que ce rocher qui accompagnait le peuple était une figure du Christ, qui étanche la soif après l’avoir fait sentir ; il expliquera que tout ce récit du désert a été écrit pour nous. Il s’agit d’une pédagogie permanente par la soif ou le désir. En effet, comment comprendre que Dieu est derrière ce qui arrive ? Prisonniers des médias ou de la routine, nous l’admettons rarement, alors que c’est essentiel ; explicitement ou surtout implicitement, nous accusons souvent Dieu d’être mou ou de ne pas exister. Dans la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare, Jésus est net : si on ne s’alimente pas de la Loi et des Prophètes, c’est-à-dire de paroles qui courent au long de cette histoire, le spectacle d’un ressuscité n’ira pas au-delà de l’émotion d’un grand moment.

Le psaume médite sur cette réalité du désert : écouter aujourd’hui, et aussi chanter avec reconnaissance, en retrouvant le Rocher (Horeb). Il y a deux façons de fermer son cœur, qui sont deux formes d’orgueil : ou bien « je sais tout ce qui est utile et n’ai plus rien à apprendre » ; ou bien « je ne suis pas prêt et ça ira mieux demain ». Mais qu’est-ce donc « être prêt », sinon s’avouer faible et contradictoire et appeler à l’aide, en passant en revue sa propre histoire ?

Justement, pour ceux qui ne se sentent pas prêts ou un peu honteux, Paul frappe fort : nous sommes devenus justes et en paix avec Dieu. Que s’est-il passé ? Le Christ est mort pour les impies souvent grognons que nous sommes. La foi consiste à entrer dans cette réalité ; rien d’autre, mais c’est énorme. Bien longtemps auparavant, Jérémie avait lancé un avertissement sans frais : rien n'est plus faux que le cœur de l'homme ! A-t-il exagéré ?

Enfin arrive la Samaritaine. Elle n’a pas de nom, et elle ne sait pas vivre : un tas de maris et la honte, car elle vient puiser quand il n’y a personne. Si, Jésus est là, qui la provoque en brisant une barrière. Elle peine à comprendre ; elle voudrait de l’eau magique. Mais Jésus vise ce qui la fait souffrir, une affectivité déréglée ou asservie. N’étant pas jugée, elle se trouve inondée d’un trop-plein d’eau vive ; libérée, elle va parler à son village. Sans cruche et sans honte, alors que les apôtres ne font que du commerce. Et le village rencontre Jésus : après l’évangélisation, c’est un contact personnel avec le Christ, qui de ces simples villageois reçoit alors le titre suprême. Brusquement, ils ont vu très grand.

2ème Dimanche de Carême

8/3/20, Carême 2 – A : L’épreuve de la vie réelle.

Gn 12,1-4a ; Ps 32(33),1-5.18-20.22 ; 2 Tm 1,8b-10 ; Mt 17,1-9.

Les premiers récits de la Genèse nous montrent que l’humanité va mal, et brusquement surgit l’histoire d’Abraham, qui a tous les aspects d’une déroute : il a suivi son père Térah qui est mort en route, et il se retrouve en panne avec une femme stérile et un neveu orphelin. Et c’est à lui, et non à un puissant capable de tout redresser, que Dieu s’adresse, avec des bénédictions franchement surréalistes, alors qu’il a tout d’un réfugié sans avenir : il sera père d’une multitude, riche et célèbre. Il n’y a qu’une condition, qui est de se mettre en route, sans savoir ce qui va se passer ; la locution hébraïque dit « Va pour toi-même ! », c’est dans ton intérêt que je te dis de partir. Paul a bien compris qu’Abraham n’est pas une affaire du passé, une anecdote inconnue de la grande histoire, mais une icône de la foi. C’est un appel à tous, propre au Carême : bouger, pour sortir du bruitage qui masque une conscience profonde de stérilité.

Le psaume vient en écho, en proclamant la fidélité de Dieu, qui résiste à toute manipulation. Il est même question de famine, au propre et au figuré ; nous avons un tas de désirs ou d’envies dont nous ne savons pas quoi faire. Dieu ne craint pas de nous laisser souffrir, ce qui est un scandale pour beaucoup. Or, suivre Abraham, c’est commencer par un dépouillement, qui va lancer une histoire peut-être bizarre, mais sûrement riche. Ce nettoyage vient tout seul, si nous savons lire notre propre histoire ; des murs de béton qu’on croit solides sont ébranlés. Le jeûne et l’aumône ne sont que des exercices de préparation.

Paul vient parler de son expérience à son disciple Timothée, qui fléchit et s’essouffle. Comme Pierre, il a entendu un appel « Viens et suis-moi ! ». Comme Nicodème et Pierre, il a cru être sauvé de tout ; il a sincèrement pensé que Jésus apportait un supplément de vie par addition. C’était une étape nécessaire, mais il est pris par surprise lorsque la souffrance se manifeste : il y a toujours quelques doutes bien cachés, et surtout l’évangile suscite des oppositions. Alors ? La vie est courte, le sage et l’insensé meurent de la même manière… C’est bien vrai pour l’individu, mais Paul dit « nous », ce qui change tout, car, même si une maladie ou une blessure font mal, nos souffrances les plus durables viennent d’autrui. Telle est la mort au quotidien, par grignotement. Face à une déchéance de cette sorte, Abraham a entendu un appel, et même sans avoir vu les promesses s’accomplir, il n’est plus seul et il vit encore aujourd’hui, car son Dieu n’est pas le Dieu des morts, comme l’explique Jésus. Et c’est justement lui qui par sa croix a fait que la mort n’est plus un cul-de-sac.

L’évangile de ce jour est la Transfiguration, et on pourrait mettre Timothée avec Pierre, Jacques et Jean : un spectacle éblouissant, suivi d’une parole issue d’une obscurité inquiétante. Mettre ensemble Moïse et Élie s’entretenant avec Jésus montre une synthèse paisible et lumineuse de l’aboutissement de la Loi jusqu’au retour d’Élie. La mort est et sera vaincue, puisqu’ils ont tous trois échappé au tombeau. Pierre est heureux, et en bon consommateur il voudrait que ça dure, avec trois tentes pour une installation digne, une pour chacun, comme dans de fausses tombes. Les tentes rappellent aussi la présence de Dieu dans le désert : le Temple mobile qui accompagnait les Israélites était la Tente de la Rencontre ; la fête des Tentes rappelle ensuite les aléas de cette migration difficile. Bref, des lumières dans des vies désertiques. Pourvu que ça ne s’éteigne pas ! Or, justement arrive l’ombre d’une nuée ; le spectacle devient confus, mais Dieu parle aux disciples, puis Jésus les touche : vous êtes partie prenante, mais n’ayez pas peur ! Heureux qui croit sans avoir vu ! (Pas d’Alléluia !)

1er Dimanche de Carême

1/3/20, Carême 1 – A : Qui n’est pas tenté ou éprouvé est mort !

Gn 2,7-9.3,1-7 ; Ps 50(51),3-6.12-14.17 ; Rm 5,12-19 ; Mt 4,1-11.

C’est le dimanche dit des tentations (ou épreuves, car c’est le même mot en grec et en hébreu). Le carême invite à les voir en face, à ne pas s’en scandaliser. Il est un fait que nous vivons souvent en surface, grappillant de menues satisfactions à gauche ou à droite.

Revenons à la sagesse du Décalogue, qui demande d’honorer père et mère. Il ne dit pas de les aimer, ce qui est parfois impossible, mais de les honorer. Autre­ment dit, je ne suis pas tombé du ciel, mais né dans des circonstances précises, un fait simple mais lourd de sens, auquel je ne puis échapper. Mes parents m’ont fait souffrir ? C’est très probable, mais avant de les incriminer, rappelons-nous qu’eux aussi ont souffert de leurs propres parents, lesquels, etc.… Et on arrive à Adam et Ève, une affaire fondamentale pour le présent : si tu es né d’hier, tu n’as pas besoin de commandement, tu peux définir ce qui te paraît bien ou mal. Et voici qu’un événement fort t’arrive et qu’inquiet tu te découvres nu. Au para­dis, Adam et Ève étaient nus sans honte, ils s’aimaient, mais sans temporalité, et voici qu’ils se mettent des pagnes : l’amour vacille, chacun a sa propre intimité, Dieu est trop loin. Relevons au passage le rôle de la femme, ici Ève, non pas pour la critiquer, mais pour la saluer : grâce à elle, l’histoire réelle a commencé, et à Pâques nous chanterons : « Bienheureuse faute ! »

Le serpent a menti, en chuchotant qu’un interdit équivalait à une prison complète, mais il a dit une chose importante : en mangeant, « vous serez comme des dieux ». C’est très vrai, mais comme des dieux déchus, ce que le serpent n’a pas précisé. Expérience universelle. Et c’est là qu’intervient Paul : il est sensible à la solidarité des générations, puisqu’il remonte à Adam et aux conséquences de cette faute, qui sont toujours là. Mais il fait davantage, car il parle du Christ. Au paradis, il y avait en fait deux arbres : celui de la connaissance, qui a envahi la scène, et aussi un autre, l’arbre de vie, plus discret. C’est celui de la croix du Christ, que prêche Paul : il a fallu que l’un se développe pour que l’autre finisse par se manifester, avec la victoire de Pâques, que le Carême prépare lentement.

Tout ça pour de petits dieux déchus ! Personne n’aime se voir déchu, surtout sous le regard des autres ; c’est durable, car la mémoire est coriace, comme le rappelle le psaume. Dans un passage du mercredi des cendres, Paul se faisait pressant : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » La bonne volonté n’y suffit pas, il faut encore les épreuves, les défis que la vie impose.

Jésus se fait guide, à travers une expérience de désert, où il est « poussé par l’Esprit, pour être tenté ». L’Esprit n’est pas là pour donner de suaves émotions, comme les idoles. Il prend la suite de Moïse, qui a fait en sorte que les Israélites récalcitrants quittent l’Égypte. Ceux-ci n’en avaient aucune envie, préférant un esclavage connu (y compris le droit de râler) à une liberté inconnue et risquée. Et pendant quarante ans, ils ont été éprouvés dans un désert monotone : ce n’était pas une punition, mais une pédagogie, « pour que tu saches qui tu es », et que tu apprennes à écouter plus grand que toi. « La foi vient de l’écoute », répète Paul, à la suite du Shema Israël « Écoute, Israël ! »

Les tentations de Jésus correspondent aux pièges du regard : s’approprier ce qu’on voit (pierres) ; prendre le pouvoir pour imposer le Bien (l’histoire montre que ça fait beaucoup de morts) ; accomplir des actes téméraires ou impres­sionnants (sans être envoyé). Jésus fils de Dieu a tenu à garder sa condition humaine, voire même à la conquérir, et c’est de là qu’est venue son autorité.

Mercredi des cendres

26/2/20, mercredi des Cendres année A : Laissez-vous réconcilier !

Jl 2,12-18 ; Ps 50(51),3-6.12-17 ; 2 Co 5,20-6,2 ; Mt 6,1-6.16-18.

La vie ordinaire nous paraît déjà suffisamment compliquée, et voici qu’arrive encore une complication, le Carême, qui reproduit la période des tentations de Jésus pendant quarante jours. Mais écoutons Joël ; nous voyant agités et souvent moroses, notre voisin ne se demande-t-il pas : « Où est-il leur Dieu ? » On peut toujours écarter la question en soupçonnant ce voisin de pensées tortueuses, mais il est sur le même sol, et sa vie n’est pas moins compliquée. Ainsi, nous sommes invités à regarder la réalité en face, paisiblement : « Ma vie n’est-elle pas comme un vol en rase-mottes, un exercice de survie évitant les obstacles un à un et n’osant pas regarder à l’horizon une montagne infranchissable ? »

C’est une bonne question, car nous ne savons pas comment imaginer notre vie au-delà de ce que nous en percevons au jour le jour. C’est l’endurcissement du cœur, même masqué sous des apparences affectueuses. L’office liturgique quotidien commence par un très vieux verset : « Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur. » Le cœur fermé est celui qui sait ce qui est bien et mal, qui a fait le tour de ce qu’il croit important et vrai, mais qui n’écoute plus rien ; de bonne foi, il ne pense plus que Dieu ait quelque chose à lui dire justement aujourd’hui. Eh bien, c’est l’expérience qu’ont faite pour nous Adam et Ève : un événement peut-être très modeste leur a montré leur nudité, d’où la peur et la découverte que l’amour est brisé. Telle est l’expérience profonde du péché, qui conduit soit à faire n’importe quoi, soit à tout masquer, ce qui revient un peu au même. La conversion à laquelle invite Joël est un temps d’arrêt, avec au passage un avertissement symbolique : même un splendide voyage de noces, pourtant très souhaitable, ne résout rien.

Paul paraît demander une chose très simple : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu. » Pourquoi cela paraît-il lointain ou difficile ? À cause du péché, et d’un sentiment profond d’indignité. Indignes, nous le sommes, cela ne fait aucun doute. Et après ? Croirons-nous que le Christ soit venu non pas pour prêcher une super-morale, mais précisément pour porter cette indignité ? Revenons au psaume, qui se rattache à l’épisode de David envoyant Urie se faire tuer pour pouvoir prendre sa femme, avec toutes les apparences de la bienséance. Résultat ? Une mémoire blessée, mais il parvient à en parler à Dieu, à qui il demande de lui restaurer un esprit ferme – pas moins –, pour sortir d’une sorte de silence honteux. Reprenant tout cela, Paul donne un horizon élevé : devenir ambassadeurs du Christ, témoins comme lui de cette miséricorde.

Et Jésus m’indique une voie : la prière, le jeûne et l’aumône. Le but n’est pas ici de réaliser des performances acrobatiques ou d’avoir une charité bien organisée, toutes choses qui peuvent se remarquer, car la vanité rassure à court terme, mais c’est toujours à recommencer. Il s’agit au contraire de retrouver Dieu comme père, attentif et toujours présent avec délicatesse, comme le père du fameux fils prodigue. Ce n’est pas un envol privé vers une stratosphère, mais la voie royale pour retrouver le prochain comme frère ou sœur : il n’y a pas de fraternité sans père commun, ce qui est tout autre chose que l’amitié. Et n’oublions pas : la prière, le jeûne et l’aumône vont être des occasions de tentations ! Mais laissons à la prière le premier rôle.

7ème Dimanche Ordinaire

23/2/20, 7e dim. ord. A : Nettoyer la mémoire par en-haut !

Lv 19,1-2.17-18 ; Ps 102(103),1-4 + 8-13 ; 1 Co 3,16-23 ; Mt 5,38-48.

Aujourd’hui, dans le Lévitique, Dieu ose dire une chose énorme : « Soyez saints ! » On a envie de laisser tomber, car on sait très bien que c’est infaisable, sauf efforts extrêmes où on se concentre sur soi-même ; performance sportive, en quelque sorte. Voyons la suite : « Car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. » Dieu dit en fait deux choses : d’abord il est proche (« votre »), mais aussi il est tout autre, séparé (« saint »). Eh bien, l’être humain aussi : il est capable d’être proche d’autrui, et en même temps il a une singularité insondable, que seul Dieu connaît. Ce sont les deux dimensions où nous peinons toujours. En effet, Dieu dit « pas de haine » ; or souvent, nous confondons pardon et oubli, et il suffit de peu de choses pour rendre actuels de mauvais souvenirs – et nous allons jusqu’à nous le reprocher !

Aimer son prochain comme soi-même… ; refrain. Quand ce prochain fait quelque chose qui me déplaît, plusieurs réactions sont possibles : ou bien il m’agace, car il expose quelque chose de moi-même que je n’aime pas, et je ne saurai rien lui dire paisiblement ; ou bien je soupçonne que sans s’en douter il s’enfonce dans le néant, à des années-lumière de ce que nous pouvons être l’un pour l’autre. C’est de là que vient le devoir de le réprimander par amour, ce qui suppose d’être libre à l’égard du mal qui nous entoure toujours ; c’est une affaire de responsabilité, et non de morale tonitruante. C’est pourquoi le passage d’aujourd’hui s’achève par « Je suis le Seigneur ». Ce qui m’est demandé est plus vaste que ce que je comprends. Le psaume en donne la raison : c’est parce que le Seigneur pardonne, ce que nous ne savons pas faire seuls, ni envers nous-même ni envers autrui. En réalité, c’est pratiquement la même chose.

Saint Paul ajoute un rappel toujours opportun : vous oubliez que vous êtes un sanctuaire de Dieu, car l’Esprit est en vous. En clair, il sous-entend « car vous êtes pardonnés », mais c’est à condition de ne pas écouter la petite voix démoniaque qui est toujours là pour accuser, moi ou autrui. Cette voix est puissante, car elle s’appuie sur des faits. Or, c’est l’Esprit qui me dit que le Christ sur la croix a porté mon péché. Sans cet Esprit, la croix est un simple échec sans grand intérêt. Et justement, la sagesse du monde demande de l’adresse : se faufiler à travers les obstacles, tirer parti des gens utiles. C’est compliqué et coûteux, et on sait bien que c’est toujours à recommencer, car un « prochain » imprévu va surgir. Petits gains, petite vie, mais Paul voit grand : « Tout est a (ou “pour”) vous ! » Il ne dit pas de tout mettre à mon service, de tout piller, mais au contraire que tout ce qui m’arrive est providentiel, même le futur et la mort, parce que « vous êtes au Christ ». Ce n’est nullement de la naïveté, car les souffrances existent, et c’est à cette expérience que s’adresse le rappel de Paul.

L’évangile est une nouvelle tranche du Sermon sur la montagne, « aimez vos ennemis ». Refrain bien connu et lassant qu’on n’écoute plus, mais qui aujourd’hui demande un moment d’arrêt. Pourquoi vois-je telle personne comme un(e) ennemi(e) ? J’ai été gravement offensé, ça dure encore, et je ne vois pas comment y échapper. Soit. Mais supposons que cet ennemi disparaisse, meure, ou que je gagne un procès contre lui. Irai-je vraiment mieux ? Ce n’est pas sûr, car il en restera des traces qui laisseront dans ma vie une grisaille secrète.

Et Jésus conclut hardiment sur la perfection, en écho à la sainteté demandée par Dieu au début. Il ne demande pas un exploit moral, ce qui ne serait pas une bonne nouvelle, mais l’accueil de sa miséricorde. Le reste suivra en son temps.

6ème Dimanche Ordinaire

16/2/20, 6e dim. ord. A : Comment avoir une histoire simple et riche ?

Si 15,16-21 ; Ps 118(119),1-5.17-18.33-34 ; 1 Co 2,6-10 ; Mt 5,17-37 (long !)

Dans les textes d’aujourd’hui, il est beaucoup question de la Loi. Ne comprenons pas ce mot comme un code de la route, dont l’auteur est anonyme ! En effet, le mot hébreu Tora signifie d’abord enseignement, à recevoir comme une adresse directe de Dieu : « Moi qui t’ai créé, voici la clé de ton bonheur, dès aujourd’hui. » Mais a-t-on vraiment envie d’écouter, si on croit déjà tout savoir, ou si on préfère tout critiquer ?

Le Siracide est un sage qui a dû s’exiler et qui a expérimenté les travers de toute société, où chacun se voit contraint de faire sa propre volonté, car Dieu paraît absent. C’est très vrai si on le cherche au radar, comme un être qui se serait éloigné dans la stratosphère ; ça ne donne rien, et la mort est au rendez-vous. Mais c’est faux si on l’écoute à travers l’Écriture, qui a été portée par une nuée de témoins. Et si on l’écoute ainsi, on est conduit à le prier, car on découvre qu’on est connu, ce qui est durable. Il n’est pas sot d’espérer : c’est la liberté au jour le jour. Le sage ne craint plus le malheur. Dans l’évangile, Jésus se présente tout simplement comme un sage juif fidèle à l’Écriture, qui s’en prend aux éternels « scribes et pharisiens », ou si l’on veut aux instituteurs et aux profs, c’est-à-dire à ceux qui croient tout savoir sur Dieu et qui refusent toute surprise.

Car la Bible, sans en avoir l’air, parle de nous, tant par les récits que par les préceptes. Elle éclaire, et Paul dit : « Je n’aurais pas connu la convoitise s’il n’était pas écrit “Tu ne convoiteras pas”. » L’exemple que prend Paul est bien choisi, car convoiter signifie que le reste du monde devrait être à mon service ; « l’herbe de mon voisin est plus verte », dit-on en Italie, et ailleurs sous une autre forme. Or, ça ne marche pas bien. Comment accepter d’être limité, alors que l’esprit humain croit pouvoir embrasser tout le cosmos ? C’est une vieille histoire, dont Ève fut une championne incontestée : on l’avait avertie que tel arbre était dangereux, et une petite voix lui suggéra que si cet arbre est interdit, alors tout est interdit ; c’est comme si Dieu craignait la liberté humaine, alors qu’il propose seulement de lui donner sa vraie dimension, c’est à dire relationnelle, en respectant autrui. C’est Ève qui a lancé l’histoire, et ce n’est pas fini.

Le psaume prolonge le Siracide en l’illustrant sur deux points : d’abord, il est question d’exigences, ce qui est très vrai. Un père qui ne corrige pas son fils montre qu’il ne l’aime pas. Évidemment, le fils n’est pas content, car il voudrait comprendre, s’approprier le commandement comme s’il venait de lui-même. C’est la patience qui le fera grandir, qui lui fera découvrir peu à peu ce que signifie être fils – pour ensuite devenir père à son tour. Le second point est justement le désir de comprendre : « Ouvre mes yeux ! » Or, la clé est très simple : obéir, c’est d’abord corporel ; c’est mettre en mouvement son corps par des gestes, puis le cœur et la tête suivront, et ça peut durer toute une vie !

Paul élargit la perspective, en affrontant la sagesse du monde, illustrée par les dirigeants. Ils sont peut-être de bonne foi, mais ils se trompent sur l’essentiel, croyant pouvoir stabiliser l’histoire sans se rendre compte qu’ils deviennent injustes. Les anciens rois grecs se déclaraient bienfaiteurs, mais ils faisaient la guerre ; peu avant Jésus, Cicéron observait que l’énorme puissance de Rome faisait rêver de paix, mais qu’elle était compromise par les guerres civiles. Et il est fatal que les chefs, même bons chrétiens, fassent des compromis pour éviter la croix. Paul ne prend pas les armes ; il lui suffit de déclarer fortement que les Prophètes avaient entrevu la vérité : nous sommes enveloppés d’une sagesse spéciale, qui a un goût d’éternité ; à nous de la découvrir, de la goûter.

5ème Dimanche Ordinaire

9/2/20, 5e dim. ord. A : Donner du goût aux choses ordinaires.

Is 58,7-10 ; Ps 111(112),4-10 (rallongé) ; 1 Co 2,1-5 ; Mt 5,13-16.

Ces temps-ci, on discerne un peu partout des replis nationaux : l’étranger est une menace. C’est absolument naturel quand on se voit faible face aux défis du monde actuel, qui sont très réels et passablement compliqués. Or, Isaïe répond aujourd’hui : l’accueil d’autrui, qui dérange forcément un peu ou beaucoup, n’est pas d’abord un acte de charité vertueuse, mais surtout il donne une force neuve. Et cela se traduit par notre manière de parler : refuser autrui, c’est le juger, et il y toujours d’excellentes raisons qu’on peut raconter longuement. En clair, ce genre de discours est un aveu implicite que le monde est absurde, et que Dieu n’existe pas, ou bien qu’il est ailleurs, ce qui revient au même. Et tout devient pesant. Au contraire, accueillir l’autre qui n’a rien à te rendre ouvre sur l’immensité du monde et sur la présence de Dieu. Tel est le signe que demande Jésus, sans aller chercher trop loin : « Voyez comme ils s’aiment. » Justement, la communauté chrétienne n’est pas un club d’amis, car il y a constamment de petites divisions, un tas de choses qui font voir le frère comme un étranger. Le défi est permanent, et la force très réelle qui en résulte peut se renouveler chaque jour. Les offices liturgiques commencent toujours par l’invocation : « Dieu, viens à mon aide ! » Car c’est urgent, même si la formule se routinise.

Le psaume illustre cette réalité. Le juste n’est pas le parfait ; au contraire, il est très sensible à ses limites et à celles d’autrui : « Le cœur ferme, il s’appuie sur le Seigneur. » Il n’a pas peur de ce qui ne manquera pas d’arriver, et il ne se refermera pas – ou du moins pas trop longtemps. C’est de cette petite lumière que le monde a besoin. Mais « l’impie le voit et s’irrite », car il se croit jugé ; c’est plus confortable, au moins en surface, de se voir victime – et de râler. Mais les voies du grincheux se perdent dans le néant, car il n’a pas d’espérance.

Paul insiste : Jésus est le juste par excellence, plein de compassion et affrontant l’injustice. Détail essentiel : Paul ne veut pas convaincre, comme le ferait un voyageur de commerce ou un habile marchand de soldes. Il veut laisser faire la puissance de l’Esprit, cet autre qui est en lui et qui cherche un écho dans le cœur d’autrui. En effet, chacun sait ou soupçonne que la vie devrait avoir un sens et que la miséricorde est souhaitable, mais comment faire quand on voit bien qu’on n’en a pas la force ? Les clubs de philosophes, ou parfois même de théologiens spéculatifs, savent opérer sans Esprit saint, mais ils peinent à rejoindre les aléas du monde réel, qui pourtant est le seul où Dieu puisse se manifester.

Dans l’évangile, Jésus dit de très jolies choses, mais l’important est dans la finale : les gens « en vous voyant, rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ». Et non pas à vos brillantes qualités, qui n’ont pas besoin du Christ pour s’épanouir. Mais voyons en détail : le sel et la lumière ne sont pas là pour eux-mêmes, mais pour leur effet. Le sel disparaît en donnant ou en révélant le goût des choses, même les plus fades. La lumière éclaire, donne un discernement, montre les difficultés en élargissant le contexte. Jésus insiste, prolongeant Isaïe : vous êtes ce sel et cette lumière. Ce n’est évidemment pas le constat d’un fait, ce qui serait plus qu’approximatif. C’est une parole qui vient de l’Esprit saint, comme chez Paul : vous avez tous les éléments pour être lumière et sel, si vous reconnaissez l’Esprit. Tout de suite, là où vous êtes, sans attendre que quoi que ce soit change, ni vous-mêmes, ni le reste du monde. Ce serait de la rêverie, et non de la lumière.

En bref : Acceptons la parole du Christ pour reconnaître sel et lumière !

Présentation de Jésus au temple

2/2/20 Présentation de Jésus au Temple A : Que cherchons-nous au juste ?

Ml 3,1-4 ; Ps 23(24), 7-10 ; He 2,14-18 ; Lc 2,22-40.

(NB Pourquoi cette présentation le 2 février ? C’est 40 jours après la naissance de Jésus, conformément à la Loi. La liturgie médite longuement sur ce nouveau-né. C’est aussi la fête des Lumières ou Chandeleur, en l’honneur de la lumière qu’a discernée Siméon.)

Vous cherchez une espérance, une lumière ? Alors, vous allez être surpris, car le prophète annonce une manifestation de Dieu comme un bouleversement plutôt décapant. Curieusement, il est centré sur le culte, c’est-à-dire sur un point de repère stable et certainement rassurant. Les gestes n’ont pas changé, mais le clergé s’est routinisé. Comme dans les églises d’Asie Mineure à qui s’adresse Jean de Patmos, l’amour d’antan est devenu une habitude qui ne prépare à rien. Comme dit le Psaume, les portes sont toujours là, mais les frontons se sont insensiblement baissés, et Dieu n’entre plus. Il faudra une secousse salutaire pour nous rappeler que notre vie est précaire et pour retrouver une intimité avec ce Dieu dont la Bible ne cesse de parler : il est toujours en mouvement, et il fait en sorte que ses élus soient toujours en mouvement ; l’immobilité, c est la mort.

La mort… ! Tout est là, car c’est bien le scandale permanent. Nos pensées peuvent voler haut et loin, mais pourquoi faut-il que ma vie ait une limite ? Si Adam et Ève n’avaient pas goûté de cet arbre étonnant et étaient restés immortels, auraient-ils pu avoir des enfants ? Les fils doivent-ils rester à l’ombre de leurs pères ? Et que faire des incertitudes de la vie, de la crainte du lendemain, de l’idée diffuse que le monde va à sa perte ? Eh bien, le Christ, devenu notre frère, arrive avec une double dimension, humaine et divine : d’une part, en allant jusqu’à la croix, il n’a pas résisté au mal ni accusé personne ; sa foi était plus haute. D’autre part, cette croix est un sacrifice qui prolonge tout ce qui est annoncé dans l’Écriture : le mal existe, et chaque jour le péché se fait plus lourd, apparemment irréversible, mais précisément Jésus porte toute cette dette, tout ce qui fait que je n’aime pas ma propre vie : Que d’occasions manquées ! Or, la sagesse du monde est formelle : si je me supporte mal et me berce d’illusions, je supporterai mal les autres tels qu’ils sont. La question est très actuelle : les technologies modernes créent des mondes virtuels, où la souffrance semble disparaître, mais où l’on devient esclave en croyant être libre. Gare à la chute !

L’évangile met en scène la fête de ce jour. D’abord, Jésus a été circoncis le 8e jour, conformément à la Loi, puis ses parents sont venus faire les rites prescrits. Ces détails sont banals, mais ils importent, car ils soulignent que par l’incarna­tion Jésus n’est pas devenu quelque chose comme un homme en soi, au-dessus de toute civilisation : à la suite des prophètes, il est entré dans une culture qui était préparée à l’accueillir ou à le rejeter, car il ne pouvait passer inaperçu.

Et c’est la rencontre avec deux personnages qui malgré leur grand âge espèrent dans la prière quelque chose de Dieu. L’Esprit saint les a rendus clairvoyants, assez pour être attentifs à un simple bébé. Siméon chante le bonheur d’avoir entrevu un salut qui n’est pas directement pour lui : le signe certain est qu’il n’a plus peur de la mort, car il a vu la fidélité de Dieu, et il est de la plus haute importance qu’il l’ait vue dans le Temple, là où le culte devait se dépoussiérer. Siméon est en paix, et même heureux, mais il n’est pas naïf : tout ce qui vient de Dieu suscite l’adversité en Israël, la Bible ne parle que de ça. Quant à Anne, elle aussi a vu le salut, et face à tous ceux qui voudraient une liberté politique, elle parle d’un autre salut.

3ème Dimanche Ordinaire

26/1/30, 3e dim. ord. A : Y voir clair !

Is 8,23b–9,3 ; Ps 26,1.4.13-14 ; 1 Co 1,10-13.17 ; Mt 4,12-23.

Note de géographie biblique, toujours pleine de symboles : en Galilée, les anciennes tribus israélites de Zabulon, d’Asher et de Nephtali avaient pour point commun le mont Tabor (près de Nazareth), où la tradition a situé la Transfiguration. Capharnaüm au bord du Lac, où Jésus s’est fixé, est tout proche.

Isaïe, qui ne craint pas de parler des ténèbres qui couvrent le monde, annonce une grande lumière. Autrement dit, le monde ne distingue plus rien : tout est là, mais noir, confus, menaçant. Où suis-je, exactement ? Dieu demandait à Adam, qui se cachait : « Où es-tu ? » Ne pas être vu, ne pas voir ; telles sont les ténèbres. Il ne s’agit pas du mal proprement dit, mais plus gravement du fait qu’on ne voit plus rien clairement, ni le bien, ni le mal. La grande lumière, c’est très bien, mais n’est-ce pas dangereux ? Que va-t-on oser voir ? En effet, une étoile représente un point qui oriente, qui attire, alors que la lumière du soleil éclaire, mais elle n’incite guère à le regarder ! Et ce qu’on va voir est sérieux, car le mal est là, avec sa puissance de contamination. Pourtant, la première attitude est la jubilation de retrouver que la création est vaste, et que l’oppression et l’injustice, c’est-à-dire le péché, n’auront pas le dernier mot. Mais comment procéder ?

Le psaume ajoute une attitude fondamentale : si je reconnais que la source de cette lumière est Dieu qui a parlé par les Prophètes, je ne vivrai plus dans la peur ; je saurai discerner ce qui ne va pas, en moi ou chez autrui, sans en être étouffé de découragement. Je saurai où je suis et je verrai sur terre des signes de son amour. Très bien. Mais, à nouveau, comment procéder ?

Paul enfonce le bon clou : il y a des divisions dans la communauté ; les proches se saluent, mais ne s’entendent pas, et chacun est convaincu d’avoir raison. Ténèbres et confusions, donc. Paul admet que chacun puisse être sincère, mais il se refuse à argumenter, à inviter tout le monde à être raisonnable. Pourtant, c’est ce que nous faisons tous, mais c’est remarquablement inefficace, car la violence couve sous les mots conciliants, et la croix du Christ devient bien vague. En effet, Paul prend un point de vue plus fondamental, loin du bon sens très humain : le Christ est mort pour moi comme pour cet autre qui m’agace, qui noircit mon univers, que je voudrais voir s’éloigner. Les Corinthiens ont entendu cette annonce, mais ils l’ont oubliée, préoccupés d’affaires paraissant plus urgentes. Nous aussi, car il paraît plus simple de minimiser la croix du Christ, plutôt que d’admettre qu’il y a tant de choses, souvent douloureuses, que nous n’avons pas la force de porter. Or, il est justement venu pour cela. Des faits et gestes de Jésus, Paul ne retient que l’essentiel : il est entré dans la stupidité de la croix, et lui a donné un sens. Nos croix ne sont pas moins stupides, alors pourquoi les dissimuler, en restant dans une peur diffuse, dans les ténèbres ?

Et Jésus prend expressément la suite d’Isaïe, tout en refusant de jouer au roi. Dieu n’est pas loin, mais il ne force personne : « Convertissez-vous ! » Laissez-vous appeler, et vous verrez tout autrement : c’est vrai que votre péché est pesant, que le monde est pesant, mais Jésus déclare que c’est son joug qui est léger, que nous avons un Père qui attend avec une patience infinie.

En appelant Pierre et les autres, Jésus ne vérifie pas leurs aptitudes ; la vie réelle s’en chargera, et elle aboutira à la croix. Certes, en suivant Jésus sans discuter, ils ont eu un coup de cœur, et ils ne sauraient trop dire ce qui les a attirés. Ils sont dans la simplicité un peu naïve mais nécessaire des débuts, auxquels nous sommes invités à revenir aujourd’hui. Sans peur.

2ème Dimanche Ordinaire

19/1/20, 2e dim. ord. A : Tu es important dans le monde tel qu’il est !

Is 49,3-6 (élargi, incluant v. 4) ; Ps 39(40),2.4.7-11 ; 1 Co 1,1-3 ; Jn 1,29-34.

Les fêtes sont passées, et voici le temps ordinaire, c’est-à-dire le parcours de l’espérance, cette vertu discrète qui étonnait Charles Péguy. Et précisément, Isaïe met en scène un contraste : d’un côté, j’ai été fidèle et je suis usé, car rien n’a vraiment marché ; mais de l’autre, voilà qu’on me dit « Je fais de toi la lumière des nations ». Ce paradoxe nous ramène à Jésus : d’un côté, il est mort injustement, les mains percées, vides ; de l’autre, il anime ceux qui ont gardé vivante sa mémoire, étoffée par l’Écriture. Car en affrontant la souffrance et la mort, il a ouvert une voie essentielle, pour ceux qui passent toute leur vie dans la peur de la mort, de l’échec, de la maladie, de l’opinion des autres, de… (comme le proclame l’épître aux Hébreux). Bien entendu, c’est de nous qu’il s’agit : si nous sommes lucides, nous devons reconnaître que les événements qui surgissent nous dépouillent de toute prétention, en bloc ou par lambeaux. Découragement ? Retrait prudent dans une bulle ? Ça arrive, mais ce n’est pas très gai. Isaïe est passé par là, mais il a su aller plus loin, en prenant de l’élan : depuis sa conception, sa vie a un sens, il discerne qu’il a une mission, que ses épreuves mêmes sont une chance, qu’il a une valeur qu’il ne soupçonne pas, car un petit démon lui clame sans cesse qu’il est nul. Ramener tout Israël dévoyé, ou tout un monde qui va mal ? Peut-être, mais commençons par un bout : celui qui dans l’épreuve a perçu une lumière saura discerner le voisin qui souffre, qui bluffe, qui… Il se verra proche, il le montrera simplement, et il trouvera quoi dire, sans préparer de beaux discours.

Oui, mais comment faire, sans remettre toujours au lendemain ? D’abord, chanter, dit le psaume, avec des mots qui viennent de très loin, de toute l’histoire biblique, un enseignement en vrac qui pénètre les entrailles, qui visite les coins et les recoins. Le psaume de Jésus sur la croix commence mal : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mais il faut oser le redire pour entendre la suite : « Dieu habite la louange d’Israël ! » Et un horizon va s’ouvrir.

Et Paul illustre une tranche de vie. Dans l’église toute neuve de Corinthe, ça va mal, il y a des factions, des jalousies, des inégalités. Ce sont des gens très normaux. Et plutôt que de se lancer d’emblée dans le règlement des problèmes, Paul commence par une louange : la foi existe, il y des témoins un peu partout qui osent invoquer le nom du Christ, le Seigneur commun. Ils sont pécheurs ? Sans doute, mais tels qu’ils sont, ils constituent un corps, qui n’est autre que le corps du Christ. Paul est dans l’admiration, car lui aussi est pécheur et contradictoire, et il sait que sa prédication est relayée par un Esprit qui le dépasse.

Et justement, l’évangile introduit Jean-Baptiste, qui va dissiper quelques illusions. Une mère n’aime pas que son enfant souffre, nous n’aimons pas être impuissants face à la douleur ou à l’entêtement d’autrui. Tout cela est très lourd, et on préférerait ne pas voir. Si ! N’ayons pas peur de regarder, d’être impuissants, ne nous contentons pas de consolations à bas prix, ou d’invoquer la méthode Coué. C’est un autre qui porte tout ce poids ; c’est l’Esprit, que Jean a discerné à travers une colombe, qui va permettre de regarder en face le Mal, qui est toujours là, avec ses justifications, avec son redoutable bon sens. Le Tentateur connaît l’Écriture et susurre : Puisque tu es élu depuis le sein maternel, fais-toi une place, cultive tes qualités, oublie ce qui ne va pas, et tant pis pour les miettes.

Jean et Paul ont su repérer la manifestation de l’Esprit. Et nous ?

Baptême du Seigneur

12/1/20, Baptême du Seigneur, année A : l’Incarnation au présent.

Is 42,1-4.6-7 ; Ps 28(29),1-4.9-10 ; Ac 10,34-38 ; Mt 3,13-17.

Le Jourdain est la limite de la Terre promise. Josué l’a franchie avec tout le peuple d’Israël venu du désert. Jean-Baptiste se trouve à cette frontière, et tous les déçus de l’époque accourent vers lui, espérant qu’il soit le Christ tant attendu ou qu’il en soit proche, ce descendant de David qui va renouveler les antiques promesses. Mais Jean sait qu’il n’a pas lui-même l’Esprit qui a inspiré Isaïe. Il reste en marge de la Terre promise, et il annonce un plus grand que lui, qui transmettra l’Esprit, car il va s’agir d’un autre Royaume : une citoyenneté céleste là où nous sommes, mais au-delà de ce que nous pouvons imaginer.

Déjà Isaïe avait eu des frémissements en ce sens, à partir de cette réalité que nous connaissons bien : il y a de l’injustice partout, de manière flagrante ou cachée par de bonnes manières ; nous avons tous souffert d’injustice ; nous avons tous fait souffrir d’autres. On n’en sort plus, mais un serviteur est annoncé, qui va proclamer la justice. Il ne va pas faire le chef, mais dire une parole juste, une parole qui vient visiter, qui crée de la communication. Car derrière l’injustice et la violence, il y a toujours du silence, du non-dit, du bredouillis. Tels sont les aveugles et les prisonniers dont Jésus s’occupera plus tard.

Jésus devenu adulte a voulu entrer dans le baptême de Jean, ce qui a fortement déplu à sa famille et aux gens de Nazareth. La vérité de l’incarnation l’exigeait : non seulement il devait recevoir l’Esprit saint comme tout homme, mais encore cet Esprit devait le pousser au désert pour qu’il soit tenté ; cela continuera jusqu’à la croix. Car l’Esprit n’est pas là pour nous transformer en anges, mais pour nous aider à voir qui nous sommes. Sans épreuve, on ne voit rien, et on oublie qu’on est mortel ! Et Jésus est engendré ou réengendré comme fils de Dieu, et son baptême annonce déjà la victoire sur la mort.

Le petit dialogue entre Jésus et Jean-Baptiste est très instructif : comme Nicodème, Jean voudrait s’améliorer, se rapprocher de Dieu, puisqu’il a reconnu en Jésus un maître. Et pourquoi pas, au fond ? Eh bien non ! La « justice » à accomplir est autre chose : ce n’est pas un brevet de moralité, mais d’abord pour Jean la fidélité à une mission. Quant à Jésus, il entre dans la condition de pécheur. Face à cela, que Jean soit parfait ou non n’a pas la moindre importance. Paul en est une autre illustration : les révélations qu’il a reçues ne sont pas pour lui seul ; elles l’ont mis en mouvement. Il est constamment dans les épreuves, mais on voit nettement dans ses lettres qu’il le vit bien.

Tout cela est très bien, mais arrêtons-nous un instant sur Pierre, car ses gaffes montrent qu’il est notre frère. Sa visite chez Corneille à Césarée est proprement un miracle : Jésus était venu pour les brebis perdues de la maison d’Israël, et jamais Pierre n’aurait pensé aller voir un païen s’il n’avait eu une vision et si Corneille ne l’avait pas envoyé chercher. Mais la grâce de Pierre est d’accepter l’inédit, d’entrer dans un présent mouvementé. Il parle sans être intimidé, et c’est pour dire simplement son expérience. En clair, l’Esprit du ressuscité est en lui et le fait avancer. Nous de même : vivons au présent par ce même Esprit.

Epiphanie

5/1/20, Épiphanie année A : Cherchons l’étoile !

Is 60,1-6 ; Ps 71(72),1-2,7-8,10-11,12-13 ; Ep 3,2-3a.5-6 ; Mt 2,1-12.

La fête de ce jour est la manifestation du sauveur du monde dans des conditions improbables, grâce à des sages attentifs qui se sont mis en mouvement, car ils ont été capables de discerner dans le fouillis du ciel une étoile annoncée par l’Écriture, puis dans le fouillis de la terre un nourrisson. Un long voyage !

L’année civile commence, certes, mais Isaïe nous rappelle que les ténèbres couvrent le monde : c’est rond, ça tourne, et tout revient sans cesse et sans but. Faut-il accuser, chercher des coupables ? Tâche lugubre et vaine ! Que de justiciers ont échoué en voulant imposer le Bien. Alexandre le Grand, héritier des philosophes d’Athènes, voulait unifier par la force l’humanité ; d’autres ont voulu l’imiter, et ce fut toujours un désastre. Au contraire, le prophète n’accuse personne : il part simplement de la réalité d’aujourd’hui. Même Jérusalem est un peu perdue, touchée par les ténèbres. Il lui rappelle qu’elle a un rôle, car c’est là qu’habite le nom de Dieu ; il attend qu’on l’invoque. Concrètement, Jérusalem est en danger, mais elle est sauvée par les pèlerins, qu’ils viennent de la porte d’en face ou du bout du monde ; ils se sont mis en mouvement hors du cercle familier, car ils ont entrevu une espérance, une lumière d’aurore.

Le psaume, qui est dédié à Salomon, ajoute qu’il s’agit d’une espérance de justice, mais cela dépasse nos idées logiques. Chacun est convaincu de son bon sens et de ses droits, d’où des heurts permanents, des procès, avec des gagnants et des perdants, avec des prisons ou des rancœurs. Mais Salomon a donné un exemple : arbitrant entre deux prostituées qui se disputaient un enfant, il les a obligées à se dévoiler. Il a fait preuve d’imagination. Jésus y invite aussi, en relation avec Dieu : « Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, etc. » Tu crois sincèrement que tu ne lui as rien fait. Tu as peut-être raison et il est peut-être obtus, mais cela n’a aucune importance, car il souffre à cause de toi, et cela seul compte. Donc, rentre en toi-même, réfléchis un peu, mets-toi en mouvement et va le trouver : ce sera un pèlerinage d’espé­rance hors de chez toi, pas moins. Et si tu sens que tu n’as pas la force, prie ! Car il y a un Maître de Justice qui n’est pas de ce monde, et qui a sa petite idée.

C’est depuis sa prison que Paul écrit aux Éphésiens ; c’était probablement une lettre circulaire adressée à toutes les églises, car les principaux manuscrits omettent « aux Éphésiens » (Ep 1,1). Paul est entre quatre murs, mais, animé par l’Esprit, il voit large, à l’échelle du monde. Il a compris que les divisions dans le monde ont partout la même cause, l’égocentrisme et l’accusation d’autrui. Personne ne parvient à en sortir sans l’annonce d’une miséricorde gratuite : Jésus-Christ porte tout cela si on se tourne vers lui. Mais Paul n’est pas naïf : il sait d’expérience qu’il faut le rappeler sans cesse, car le monde tient un autre discours, fait de paillettes séduisantes.

Et l’évangile des Mages parle d’une étoile, en deux phases : elle les amène d’abord à Jérusalem, qui est dévoyée par Hérode le Grand. Il se croit roi des Juifs, mais il ne sait rien des Prophètes ; il gouverne par la terreur, et il a peur. Et les Mages sont un peu déroutés. Il faut donc remonter aux origines, en suivant l’Écriture : David a conquis Jérusalem de haute lutte. Or, il était né à Bethléem, et l’étoile finit par s’y rendre. David a une postérité, les Mages sont soulagés !

Pour d’excellentes raisons, la tradition a transformé les Mages en rois venus de loin : les gouvernants ont une tendance invincible à se vouloir sauveurs tout-puissants, à n’avoir de compte à rendre à personne, comme Hérode. Est-ce de la sagesse ? Non, c’est de la peur, et Jésus est venu dénoncer ces illusions tenaces.

Fête dela Sainte Famille

29/12/19, Sainte Famille, année A : Simplicité, humour, patience.

Si 3,2-6.12-14 ; Ps 127,1-5 ; Col 3, 12-21 ; Mt 2, 13-15.19-23.

Le lendemain de Noël, on a fêté Saint Étienne, le premier martyr, dont le procès ressemble à celui de Jésus. La fuite en Égypte n’était pas une simple promenade : la violence d’Hérode s’était déchaînée contre des innocents, et il fallait prendre la réalité très au sérieux. Jésus n’était pas celui qui est encore plus fort, lui qui saura subir le mal. Ce clin d’œil vers la Passion est suggestif pour nous, mais on nous rappelle que Jésus en son temps ne s’est pas précipité, malgré l’urgence des problèmes : il a longuement mûri avant d’entamer sa vie publique, sans même chercher à connaître davantage Jean-Baptiste. Car il a grandi en famille, prenant son temps, et c’est ce que nous célébrons aujourd’hui. Il n’était pas oisif. Il a appris à lire et à écrire, peut-être avec sa mère, comme le suggère une bonne tradition (surtout française). Joseph, un taciturne, lui a transmis les coutumes, et lui a appris à travailler ; le psaume va rappeler l’importance du travail. Joseph a initié Jésus à son métier de charpentier : une tâche manuelle, plutôt rude, mais avec une responsabilité de maître d’œuvre : Jésus se souviendra qu’il ne faut pas bâtir sur le sable.

Par cette existence ordinaire, Jésus a appris la condition de fils, dans une campagne discrète et vallonnée, mais où des brebis peuvent se perdre. Fils de ses parents d’abord, mais aussi fils de Dieu. L’épisode de Jésus restant au temple avec les maîtres de la Loi le montre sous deux aspects : d’une part, Jésus est bien immergé dans la tradition juive, qui s’attache à tout ce qui concerne la vie ; d’autre part, il devient un homme, c’est-à-dire davantage que le fils de ses parents. Car ceux-ci ont souffert, comme des parents normaux : ce fils modèle a fait une escapade, presque une révolte. Les parents apprennent qu’ils ne sont pas propriétaires de leurs enfants : le lien affectif n’est pas l’amour.

Fils de Dieu ! Et nous tous avec lui ? Oui, affirme Jean ! Mais Paul rappelle aujourd’hui que c’est à une condition : de reconnaître que c’est par amour pour nous qu’il n’a pas résisté au mal, ce que le monde ne sait pas faire. Si nous l’acceptons, c’est-à-dire si nous sortons de la honte d’être faibles et pécheurs, nous pouvons travailler paisiblement puis tout donner. Paul donne un critère simple, mais décisif, le pardon : si nous ne savons pas pardonner, c’est que nous ne sommes pas sûrs d’être pardonnés, d’être aimés tels quels. Cela suppose de descendre d’un orgueil qui renaît toujours, mais qui peut être vaincu. Alors l’échec, l’injustice et la mort cessent d’être des monstres à cacher : nous serons avec lui, ce que nous célébrons déjà dans toute eucharistie. Nous serons aussi avec les autres, car l’amour est indivisible.

Petite question pour réfléchir un peu : selon Luc, l’Annonciation a eu lieu à Nazareth, puis Jésus est né à Bethléem. Pourtant, nous entendons aujourd’hui Matthieu nous expliquer que Joseph, revenant d’Égypte avec sa famille (Jésus ayant déjà deux ou trois ans), partit s’installer à Nazareth au lieu de rester à Bethléem ; il accomplissait ainsi une prophétie. Que faut-il en penser ?

Fête de Noël

25/12/19, Noël année A : la grâce d’un cantique paisible.

Messe de la veille : Is 62,1-5 ; Ps 88,4-17 ; Ac 13,16-17 et 22-25 ; Mt 1,1-25.

Messe de la nuit : Is 9,1-6 ; Ps : 95,1-3 et 11-13 ; Tt 2,11-14 ; Lc 2,1-14.

Messe de l’aurore : Is 62,11-12 ; Ps 96,1-6 + 11-12 ; Tt 3,4-7 ; Lc 2,15-20.

Messe du jour :  Is 52,7-10 ; Ps 97,1-6 ; He 1,1-6 ; Jn 1,1-18.

Quelle disproportion entre un tel déferlement de lectures et un nouveau-né entièrement immobilisé par des langes ! Oublions un instant Jésus pour nous arrêter à la naissance d’un premier enfant. C’est à la fois très banal et très extraordinaire : il faut se préparer, et après les douleurs de l’enfantement, « la femme est dans la joie qu’un être humain soit venu au monde », et elle « médite ces choses dans son cœur ». La vie ressurgit au sein d’une sorte de chaos. Expérience unique que la femme a pour tâche de faire comprendre à l’homme ; de même, dans les évangiles, ce sont des femmes qui les premières comprennent la résurrection de Jésus comme une nouvelle naissance, après la tristesse d’un deuil. Dans la Bible, une femme d’abord stérile est tellement transformée à la naissance d’un fils qu’elle le consacre à Dieu : c’est Anne, la mère de Samuel, celui qui plus tard oindra David comme roi. Aussi, ne sous-estimons pas le drame de l’avortement : c’est un refus de la vie, qui laisse des traces graves.

Aujourd’hui, l’état du monde paraît accablant ; de même, au temps de Jésus, des violents voulaient s’emparer du Royaume au nom de Dieu. On voudrait trouver une solution raisonnable, entre « grandes personnes » compétentes. Et nous voyons bien que ça n’a jamais vraiment marché durablement, malgré les essais courageux d’hommes de bonne volonté : l’histoire qui advient reste toujours déroutante et avance inexorablement. Le monde paraît livré au hasard, sans gouvernement divin. Mais l’Écriture dit autre chose. Dieu préside ce monde tragique et révèle la profondeur de l’humain, car en réalité nous avons surtout besoin d’espérance, alors que nous croyons avoir besoin de stabilité, voire de routine. Mais en même temps, des moments de joie paisible et communicative sont nécessaires, comme des relais qui confortent l’espérance.

Et voici Noël : un îlot de joie et de simplicité ; l’Époux a retrouvé l’Épouse ; la lourdeur des choses est en passe d’être levée. La naissance de Jésus est l’aboutissement d’une longue attente, représentée par les prophètes, ces exilés permanents, et par l’Avent qui nous met en face de tout ce qui est insatisfaisant. Une étoile céleste se pose sur un coin de terre, loin des grandes capitales. Isaïe parle d’un messager qui annonce la paix, mais on ne voit que ses pieds, car il est d’une hauteur qui nous dépasse. Encore aujourd’hui, Jérusalem, avec son histoire hachée, a un avenir que nous peinons à imaginer.

La fête n’est pas une drogue qui ferait tout oublier : la mémoire des choses est toujours là, mais elle prend un sens, et la louange est possible dans la vérité. Car même à Noël nous savons bien le destin de Jésus : il entrera dans le tragique du monde en subissant une croix injuste. Mais Dieu entre dans un corps comme le nôtre. C’est ce que rappelle chaque eucharistie, et il y en a beaucoup à Noël !

Paul, lui, nous rappelle opportunément une vérité à voir en face : le mauvais état du monde provient du péché, qui est toujours centré sur l’égoïsme. Celui des autres, bien sûr, mais aussi le mien. Nous luttons, mais nous décourageons souvent. Eh bien, cet enfant que nous fêtons ce jour en porte le poids, si nous acceptons de reconnaître que nos efforts sont vains et nos mérites infimes.

Alors, bon Noël ! Cherchons les visages tristes et redonnons-leur le sourire.

4ème Dimanche de l'Avent

22/12/19, 4e dimanche de l’Avent – A : Maranatha !

Is 7,10-16 ; Ps 23(24),1-6 ; Rm 1,1-7 ; Mt 1,18-24.

À Gethsémani, Jésus prie intensément ; l’heure est grave, et les disciples, alourdis par un bon repas de fête, ne se rendent compte de rien. Face à la violence injuste, Jésus ne perd pas l’intimité avec Dieu, criant ce dont il a envie : échapper à la croix. Il est un digne héritier d’Isaïe, que nous entendons aujourd’hui. Des ennemis montaient vers Jérusalem, et le prophète pressait le roi Achaz de s’adresser à Dieu, où qu’il soit. Et Achaz s’y refuse, ne voulant pas tenter Dieu. Il se croyait humble, mais il n’était qu’orgueilleux. Au fond, il avait un jugement implicite sur Dieu, le soupçonnant de ne pas exister, ou imaginant une action magique, ce qui revient au même. À quoi bon supplier ?

Cette attitude est très courante en tout temps, et non sans humour, Dieu fait savoir à Achaz qu’il est fatigué qu’on ne pense pas à s’adresser à lui. Puis il annonce un signe très déroutant : une vierge va concevoir ! Quel est le rapport entre l’urgence de la menace et la venue d’un bébé improbable ? Apparemment aucun. Et pourtant ! Souhaiter un bébé est le plus grand signe d’espérance, surtout quand l’avenir paraît brouillé. Que de gens s’y refusent, par crainte de…

Le psaume orchestre cette espérance, mais sans offrir de tapis rouge. Il demande d’abord un regard sur le vaste monde qui nous dépasse, avec toutes les fragilités de la vie qu’on voudrait oublier. Il est vrai que les flots ou toute autre horreur pourraient tout submerger. Si nous nous voyons si petits, faut-il pour autant nous barricader, nous enfermer dans une identité étroite et rassurante ? En fait, la précarité reste, et nous sommes invités à autre chose : ouvrir les fenêtres et rechercher la face du Seigneur, oser lui parler, le supplier d’être Dieu, comme avait su faire Moïse dans le désert, quand tout le peuple tombait dans l’idolâtrie si banale de l’argent ; l’argent est très utile, mais il divise, il ne crée pas la communion. Suivons donc Moïse et son humilité, ou encore Jésus, qui n’était pas muet mais qui ne s’est pas défendu contre le mal. Et la bénédiction annoncée apparaîtra sous une forme que nous ne soupçonnons pas.

Quant à Paul, selon son habitude, il prend les choses dans un vaste regard. Il commence par rappeler aux Romains qu’ils sont bien-aimés de Dieu, ce qu’ils sont peut-être prompts à oublier, quand ils écoutent trop l’Accusateur qui leur susurre que leur vie n’a aucun sens. Justement, si Paul annonce que Jésus est vivant et qu’il n’est autre que Dieu sur terre à travers ses témoins, c’est parce qu’il est l’aboutissement d’une histoire compliquée, où les prophètes annonçaient sans fin une espérance à un peuple qui regardait ailleurs. On peut chercher à se convaincre qu’il s’agit d’un passé révolu ; en fait, c’est toujours actuel, si on ose bien regarder. Car cette histoire arrive jusqu’à nous, au milieu du bombardement des médias et des bonnes raisons que nous avons de nous inquiéter. Si Jésus est reconnu comme fils de Dieu, c’est qu’il est passé par la croix. Ne cherchons pas trop loin : notre croix est quelque part dans la vie quotidienne.

L’évangile montre l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe, mais avec d’importants compléments. D’abord, il y a Joseph, lui aussi pris au dépourvu. Il essaie de s’en tirer en méditant un divorce, car les fiançailles créent un lien légal, et il ne veut pas que Marie soit accusée d’adultère. Cette justice est bien la nôtre : limiter les dégâts. Mais un songe le remet en selle : l’Esprit saint, qui rend Dieu présent ici et maintenant, est passé par là. Isaïe avait annoncé Emmanuel, Dieu-Avec-Nous, maintenant il y aura davantage : Jésus, c’est-à-dire Dieu-Sauve. Gros programme pour un bébé encore invisible. Et Paul d’insister : que soit connu partout ce nom qui résume tout.

3ème Dimanche de l'Avent

15/12/19, 3e dimanche de l’Avent – A : Bonne nouvelle pour les mal-foutus !

Is 35,1-6a + 10 ; Ps 145(146),7-10a ; Jc 5,7-10 ; Mt 11,2-11.

Nous avons tous soif de beaucoup de choses, plus ou moins contradictoires, mais c’est souvent écrasé par les circonstances, ou par un surmoi moral menaçant, d’où une impression d’aridité ou de monotonie, qu’on corrige comme on peut. Et voici qu’arrive Isaïe, qui annonce un paysage fleuri. Ce n’est pas un pur décor, qui serait encore une distraction touristique. Les aveugles verront, les sourds entendront, les boiteux marcheront droit, affirme-t-il. Oui, nous sommes aveugles, sourds, boiteux : au propre, parfois ; au figuré, toujours ! Le monde est si compliqué, et il s’agit de survivre au moindre coût, quitte à tourner en rond. Isaïe, que personne ne voulait écouter, le sait très bien, et il annonce un but : regardez vers Sion, où réside le nom de Dieu, et vous percevrez une attraction, quelque chose qui vous libère, qui ouvre vos sens. Mais Dieu n’est pas une nounou qui donne un bonbon de consolation. Le psaume rappelle qu’il s’agit d’abord de se voir clairement comme opprimé, affamé, enchaîné, accusant autrui. Humilité sans prétention, donc. 

Et Jacques insiste : il demande patience et persévérance, c’est-à-dire discernement des signes. La venue du Seigneur est proche ? Soit, mais justement il y a des signes annonciateurs, comme dans l’agriculture. On ne tire pas sur une plante pour la faire pousser. Jacques demande de ne pas juger ; il y revient plusieurs fois dans son épître, et il explique que juger autrui c’est se mettre à la place de Dieu. Pas moins. C’est tout aussi vrai quand nous nous jugeons nous-mêmes, car cela efface toute miséricorde – et tout redevient aride.

Et Jean-Baptiste était dérouté par Jésus. En effet, il était dans la lignée d’Élie, dont le retour annonçait le grand jour du jugement ultime, le cataclysme définitif. Il a entendu parler des signes qu’a faits Jésus, mais, précise une variante du texte, il est scandalisé que ça n’aille pas plus loin. Faut-il espérer quelqu’un d’autre ? Jésus répond simplement en citant le même Isaïe, sans se mettre personnellement en avant. Les signes ont une double dimension : des gens revivent, dans tous les sens du terme. En clair, le Royaume est arrivé, mais sans clairons ni tapis rouge. Et il se fait un tri, qui anticipe le jugement ultime. Le juste est celui qui accepte de revivre par la miséricorde, ce qui est une guérison en profondeur, alors que les autres vont simplement au néant. Sans doute, ils ont le droit, mais c’est triste.

Et Jésus fait un éloge appuyé de Jean-Baptiste. Celui-ci n’a pas bien compris, mais son rôle était essentiel : il se tenait en marge, juste au-delà du Jourdain, à la limite de la Terre promise, et il annonçait l’imminence du Royaume, après une traversée symbolique du fleuve. Il se tient dans le sillage de Josué, qui avait fait traverser le Jourdain aux fils d’Israël ; ensuite, ils avaient célébré la Pâque, la manne du désert avait cessé, et le lendemain le peuple commençait à manger le produit du pays, figure du Royaume. Jean-Baptiste attend ce lendemain et Jésus a tenu à le suivre, et même à le dépasser, quitte à mécontenter sa famille. Il y a une demande du Notre Père qui provient certainement de Jean-Baptiste (cf. Luc 11,1), car littéralement elle dit : « Donne-nous aujourd’hui notre pain “de demain”. » Les Orientaux ont bien compris qu’il s’agissait du pain eucharistique, nourriture du Royaume. En Occident latin, on s’est borné au « pain quotidien ». C’est bien, mais Jésus est venu donner beaucoup plus…

Remettons-nous en mouvement avec Jean-Baptiste, même sans bien comprendre : Que ce pain « de demain » nous arrive dans notre « aujourd’hui » !

2ème Dimanche de l'Avent

8/12/19, 2e dimanche de l’Avent – A : De qui sommes-nous fils-filles ?

Is 11,1-10 ; Ps 71,2.7-8.12-13.17-19 ; Rm 15,4-9 ; Mt 3,1-12.

Qu’espérons-nous au juste de la vie ? Connaître Dieu ? Peut-être, mais beaucoup de philosophies et de religions y ont pensé ; pourtant, notre imagination reste très limitée, et il nous faut des relais à notre niveau, car nous n’avons guère de force. Pourtant, quelque chose émerge : une soif de justice, c’est-à-dire d’avoir sur terre une place que personne ne conteste…

C’est là qu’intervient Isaïe : il ne parle pas de David, l’ancêtre du Messie, mais de son père Jessé. La différence est essentielle : David était peut-être un personnage exceptionnel, mais il était d’abord fils. Étant fils, son successeur pourra être arbitre, avoir une parole forte qui engendre des fils ou des filles. En effet, c’est bien de cela qu’il s’agit : nous sommes entourés d’injustices, nous avons des conflits plus ou moins enfouis contre autrui et contre nous-mêmes. Faut-il se défendre ? Qui va gagner ? Qui va perdre ? La société met des garde-fous, mais ne donne aucun but. Elle reste très anonyme. Regardons les campagnes électorales, ce qui est bien intéressant, car il y a une grosse mythologie : on perd de vue la dureté de faits, avec l’espoir qu’un personnage providentiel émerge. Peut-être, mais s’il gagne, d’autres vont perdre, on n’en sort pas, car tout reste à un niveau plat, où chacun s’efforce d’exister, sans trop savoir de qui ou de quoi il est fils. Nous avons des idoles, mais elles sont mortes et n’engendrent rien. Nos parents n’ont pas été parfaits, mais leurs propres parents ne l’étaient pas davantage, et on remonte indéfiniment. Qui va arbitrer ?

Eh bien, Jésus s’est montré fils de Dieu, et il a osé entrer dans l’injustice ; il n’a pas défendu son identité. Et l’on nous dit qu’il a fait cela par amour pour nous. Cela paraît très bizarre. Et c’est pourtant si simple : son souvenir reste vif, c’est l’Esprit, et il nous donne les moyens d’entrer dans son intimité, d’être fils comme lui. Fils de Dieu, pas moins, et par conséquent frères. Il n’y a pas de fraternité sans paternité, à l’échelon au-dessus.

Ce n’est pas une recette : le psaume rappelle la promesse surréaliste faite à Abraham, alors qu’il avait tout d’un réfugié à la dérive, sans terre et sans enfant. Il n’était pas parfait, mais toute sa vie fut un pèlerinage de l’espérance. Et après lui ? Aujourd’hui dans l’évangile, Jean-Baptiste est féroce contre sadducéens et pharisiens, contre ceux qui savent tout : quand on croit accomplies toutes les promesses, on n’attend plus de surprise de la part de Dieu ; on gère le présent, au jour le jour. Tout au plus sera-t-on comme Nicodème, un maître venu la nuit voir Jésus pour en savoir davantage. Erreur : votre vie va être bouleversée, et vous ne saurez pas discerner Dieu. Telle est la conversion demandée : se réveiller, se reconnaître faible mais aussi aimé, chercher des traces de Jésus-Christ.

Très bien, mais comment faire sans sombrer dans des efforts décourageants ? St Paul arrive à la rescousse : un peu de patience, et surtout le « réconfort de l’Écriture », tout simplement parce qu’elle parle de nous, en nous mettant dans une longue histoire : après la manœuvre du serpent, Adam accuse Ève… toujours la faute des autres, ce qui casse tout amour. Puis nous sommes tour à tour Caïn qui n’est pas parvenu à cacher sa violence, Abel victime de l’injustice, Noé qui était juste, puis qui se drogue, Jacob qui ruse, mais aussi Joseph qui comprenant les desseins de Dieu sait pardonner à ses frères, les prophètes que personne n’écoute, etc., etc.

Laissons-nous visiter par l’Écriture, et nous serons libres face à ce qui arrive. Invitons le Christ à entrer dans notre vie : elle sera plus belle !

1er Dimanche de l'Avent