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Glânures...

Prière de St Ignace

 « Seigneur Jésus,
apprenez-nous à être généreux,
à vous servir comme vous le méritez,
à donner sans compter,
à combattre sans souci des blessures,
à travailler sans chercher le repos,
à nous dépenser sans attendre d’autre récompense
que celle de savoir que nous faisons votre Sainte volonté. »

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Homélies Année A 2022-2023

4e Dimanche ordinaire A

29/1/23, 4e dim. ord. A : Pourquoi l’humilité ?

So 2,3+3,12-13 ; Ps 145(146),7-10 ; 1 Co 1,26-31 ; Mt 5,1-12a.

Le prophète Sophonie, dont le nom signifie « Dieu restreint », lance un avertissement : Attention au succès ! Le royaume de Juda, après de brillants débuts, s’est embourgeoisé ; faute d’une relation ferme avec Dieu, il a perdu la conscience de sa précarité intrinsèque, car rien n’est jamais définitivement acquis. Il va se retrouver sans défense face aux événements graves qui ne manqueront pas d’arriver, car Dieu y pourvoit.

C’est le problème éternel de l’idolâtrie : s’appuyer sur quelque chose qu’on croit fort, mais qui en fait n’est pas vivant. Et le critère est très simple : le mutisme, et souvent la relation méfiante avec autrui. Celui qui ne sait pas quoi dire d’important à ses enfants est invité à rechercher quelles sont ses idoles.

L’antidote est l’humilité : savoir qui je suis et reconnaître qu’un plus grand que moi me parle, même quand je me vois un peu perdu, ou pris dans des injustices. Dieu ne va pas changer le monde à mon profit ou me donner des sous, mais je vais trouver une dignité là où je suis, et à l’intérieur de mes limites. C’est un don gratuit, que personne ne pourra me prendre !

Paul aujourd’hui ne dit pas autre chose. Les sages et les puissants se croient à l’abri, mais ils sont naïfs s’ils pensent pouvoir contrôler les événements. C’est toujours faux, car la mort reste là, sous toutes ses formes, pour remettre les pendules à l’heure. Les Corinthiens de Paul sont des frères de haute valeur exemplaire, en tout temps et en tout lieu : en effet, ils sont divisés et se jugent, peut-être pour des choses infinitésimales. Et Paul aborde tout cela par en-haut : vous oubliez que vous êtes mortels et vous vous défendez, ce qui est très humain. Mais Jésus est passé par là en affrontant la croix, ce qui est proprement stupide et paraît hautement inefficace. C’est pourtant la réalité ordinaire : chacun a une croix qui grignote son identité et qu’il cherche à fuir, parfois à n’importe quel prix, jusqu’à bousculer autrui. Même Jésus à Gethsémani, incompris de ses disciples les plus proches, voulait y échapper. Pourtant, on peut goûter des indices de résurrection, Paul en est témoin, lui qui n’est pas un surhomme. Réfléchissons un instant : l’annonce de la croix « prend » dans toutes les cultures humaines, car elle donne une lueur dans n’importe quelle circonstance vécue ; d’ailleurs, la violence de certaines réactions à l’évangélisation ne doit pas étonner, car elle prouve que ça touche juste. On se défend !

L’évangile nous rappelle les Béatitudes. Deux détails importent : d’abord, c’est à la fois un prologue et un résumé de tout le Sermon sur la montagne. Ensuite, on précise que Jésus « ouvre la bouche » pour enseigner. Cela paraît redondant, mais c’est surtout pour dire qu’il ne récite pas une leçon, ce que personne n’écouterait. (Quels sont les sermons qui endorment ?) Il parle avec une autorité toute fraîche, ce qui frappe les auditeurs, car il a derrière lui l’ex­périence essentielle des tentations au désert (cf. Mt 7,29).

Reconnaissons que ces béatitudes sont déroutantes, car elles met-tent en valeur une série de faits négatifs, avec le refrain « bienheureux ». Nous sentons bien que tout cela est vrai, mais nous agissons autre-ment, avec d’excellentes justifications. Ne nous défendons pas, et sur-tout ne nous faisons pas la morale. Car la croix du Christ, en plus d’être un modèle pour toutes les épreuves, est une bonne nouvelle : elle porte ce que nous ne savons pas porter ou que nous voudrions refiler à quelqu’un d’autre. Une seule condition : se tourner vers lui, et lui parler – si nous le voulons bien !

3e Dimanche ordinaire A

22/1/23, 3e dim. ord. A : N’oublions pas la croix !

Is 8,23b–9,3 ; Ps 26,1.4.13-14 ; 1 Co 1,10-13.17 ; Mt 4,12-23.

Note de géographie biblique, toujours pleine de symboles : en Galilée, les domaines des anciennes tribus israélites de Zabulon, d’A-sher et de Nephtali avaient pour point commun le mont Tabor (près de Nazareth), où la tradition a situé la Transfiguration. Capharnaüm au bord du Lac est tout proche, à l’est.

Isaïe, qui ne craint pas de parler des ténèbres qui couvrent le monde, annonce une grande lumière. Autrement dit, le monde ne distingue plus rien : tout est là, mais noir, confus, menaçant. Où suis-je, exactement ? Dieu demandait à Adam, qui avait peur et qui se cachait : « Où es-tu ? » Ne pas être vu, ne pas voir ; telles sont les ténèbres. Il ne s’agit pas du mal proprement dit, mais au contraire du fait qu’on ne voit plus rien clairement, ni le bien, ni le mal. La grande lumière, c’est très bien, mais alors n’est-ce pas dangereux ? Que va-t-on oser discerner ? En effet, une étoile représente un point qui oriente, qui attire, alors que la lumière du soleil éclaire, mais elle n’incite guère à le regarder ! Et ce qu’on va voir est grave, car le mal est là, avec sa puissance de contamination. Pourtant, la première attitude est la jubilation de retrouver que la création est vaste, et que l’oppression et l’injustice, bref le péché, n’auront pas le dernier mot.

Le psaume ajoute une attitude fondamentale : si je reconnais que la source de cette lumière est Dieu qui a parlé par les Prophètes, je ne vivrai plus dans la peur ; je saurai discerner ce qui ne va pas, en moi ou chez autrui, sans en être étouffé de découragement. Je saurai où je suis et je verrai sur terre des signes de son amour. Mais comment pro-céder au juste ?

Et Paul enfonce le bon clou : il y a des divisions dans la communauté ; les proches se saluent, mais ne s’entendent pas, et chacun est convaincu d’avoir raison ; ténèbres et confusions, donc. Paul admet que chacun puisse être sincère, mais il se refuse à argumenter, à inviter tout le monde à être raisonnable ; pourtant, c’est ce que nous faisons tous, mais c’est remarquablement inefficace, car la violence couve sous les mots conciliants, et la croix du Christ devient bien vague. En effet, Paul prend un point de vue plus fondamental, loin du bon sens très humain : le Christ est mort pour moi comme pour cet autre qui m’agace, qui noircit mon univers, que je voudrais voir s’éloigner ou disparaître. Les Corinthiens ont entendu cette annonce, mais ils l’ont oubliée, préoccupés d’affaires « plus urgentes ». Nous aussi, car il paraît plus simple de minimiser la croix du Christ, plutôt que d’admettre qu’il y a tant de choses, souvent douloureuses, que nous n’avons pas la force de porter. Or, il est justement venu pour cela. Des faits et gestes de Jésus, Paul n’a retenu que l’essentiel : il est entré dans la stupidité de la croix, et lui a donné un sens. Nos croix ne sont pas moins stupides, alors pourquoi les dissimuler, en restant dans une peur diffuse ?

Et Jésus prend expressément la suite d’Isaïe, tout en refusant de jouer au roi. Dieu n’est pas loin, mais il ne force personne : « Conver-tissez-vous ! » Laissez-vous appeler, et vous verrez tout autrement : c’est vrai que votre péché est pesant, que le monde est pesant, mais Jésus déclare que c’est son joug qui est léger, que nous avons un Père qui attend avec une patience infinie.

En appelant Pierre et les autres, Jésus ne vérifie pas leurs aptitudes ; les événements s’en chargeront, et ils aboutiront à la croix. Certes, en suivant Jésus sans discuter, ils ont eu un coup de cœur, et ils ne sauraient trop dire pourquoi. Ils sont dans la simplicité un peu naïve mais nécessaire des débuts, à laquelle nous sommes invités à revenir aujourd’hui. Sans peur, car nous sommes connus.

2e Dimanche ordinaire A

15/1/23, 2e dim. ord. : Tu es important dans le monde tel qu’il est !

Is 49,3-6 (élargi) ; Ps 39(40),2.4.7-11 ; 1 Co 1,1-3 ; Jn 1,29-34.

Les fêtes sont passées, et revoici le temps ordinaire, c’est-à-dire le parcours de l’espérance, cette vertu discrète qui étonnait Charles Pé-guy. Et précisément, Isaïe met en scène un contraste : d’un côté, j’ai été fidèle et je suis usé, car rien n’a vraiment marché ; mais de l’autre, voilà qu’on me dit « Je fais de toi la lumière des nations ». Ce para-doxe nous ramène à Jésus : d’un côté, il est mort injustement, les mains percées, vides ; de l’autre, il anime ceux qui ont gardé vivante sa mémoire, étoffée par l’Écriture. Car en affrontant la souffrance et la mort, il a ouvert une voie essentielle, pour ceux qui passent toute leur vie dans la peur de la mort, de l’échec, de la maladie, de l’opinion des autres, de… (comme le proclame l’épître aux Hébreux). Bien entendu, c’est de nous qu’il s’agit : si nous sommes lucides, nous devons recon-naître que les événements qui surgissent nous dépouillent de toute prétention, en bloc ou par lambeaux. Découragement ? Retrait prudent dans une bulle ? Ça arrive, mais ce n’est pas gai du tout. Justement, Isaïe est passé par là, mais il a su aller plus loin, en prenant de l’élan : depuis sa conception, sa vie a un sens, il discerne qu’il a une mission, que ses épreuves mêmes sont une chance, qu’il a une valeur qu’il ne soupçonne pas, alors qu’un petit démon lui clame sans cesse qu’il est nul. Ramener tout Israël dévoyé, ou tout un monde qui va mal ? Peut-être, mais commençons par un bout : celui qui dans l’épreuve a perçu une lumière saura discerner le voisin qui souffre, qui bluffe, qui… Il se verra proche, il le montrera simplement, et il trouvera quoi dire, sans préparer de beaux discours.

Oui, mais comment faire, sans remettre toujours au lendemain ? D’abord, chanter, dit le psaume, avec des mots qui viennent de très loin, de toute l’histoire biblique, un enseignement en vrac qui pénètre les entrailles, qui visite les coins et les recoins. Le psaume de Jésus sur la croix commence mal : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mais il faut oser le redire pour entendre la suite : « Dieu habite la louange d’Israël ! » Et un horizon va s’ouvrir.

Et Paul illustre une tranche de vie. Dans l’église toute neuve de Co-rinthe, ça va mal, il y a des factions, des jalousies, des inégalités. Ce sont des gens très normaux. Et plutôt que de se lancer d’emblée dans le règlement des problèmes, Paul commence par une louange : la foi existe, il y des témoins un peu partout qui osent invoquer le nom du Christ, le Seigneur commun. Ils sont pécheurs ? Sans doute, mais tels qu’ils sont, ils constituent un corps, qui n’est autre que le corps du Christ. Paul est dans l’admiration, car lui aussi est pécheur et contra-dictoire, et il sait que sa prédication est relayée par un Esprit qui le dépasse.

Et justement, l’évangile introduit Jean-Baptiste, qui va dissiper quelques illusions. Une mère n’aime pas que son enfant souffre, nous n’aimons pas être impuissants face à la douleur ou à l’entêtement d’autrui. Tout cela est très lourd, et on préférerait ne pas voir. Si ! N’ayons pas peur de regarder, d’être impuissants, ne nous contentons pas de consolations à bas prix, ou d’invoquer la méthode Coué. C’est un autre qui porte tout ce poids ; c’est l’Esprit, que Jean a discerné à travers une colombe, qui va permettre de regarder en face le Mal, qui est toujours là, avec ses justifications, avec son redoutable bon sens. Le Tentateur connaît l’Écriture et susurre : Puisque tu es élu depuis le sein maternel, fais-toi une place, cultive tes qualités, oublie ce qui ne va pas, et tant pis pour les miettes.

Jean et Paul ont su repérer la manifestation de l’Esprit. Et nous ?

L'hommage des mages

8/1/23, Épiphanie année A : Cherchons l’étoile !

Is 60,1-6 ; Ps 71(72),1-2,7-8,10-13 ; Ep 3,2-3a.5-6 ; Mt 2,1-12.

La fête de ce jour est la manifestation du sauveur du monde dans des conditions improbables, grâce à des sages attentifs qui se sont mis en mouvement, car ils ont été capables de discerner dans le fouillis du ciel une étoile annoncée par l’Écriture, puis dans le fouillis de la terre un nourrisson. Un long voyage !

L’année civile a commencé, certes, mais Isaïe nous rappelle que les ténèbres couvrent le monde : c’est rond, ça tourne, et tout revient sans cesse et sans but. Faut-il accuser, chercher des coupables ? Tâche lugubre et vaine ! Que de justiciers ont échoué en voulant imposer le Bien. Alexandre le Grand, héritier des philosophes d’Athènes, voulait unifier par la force l’humanité ; d’autres ont voulu l’imiter, et ce fut toujours un désastre. Au contraire, le prophète n’accuse personne : il part simplement de la réalité d’aujourd’hui. Même Jérusalem est un peu perdue, touchée par les ténèbres. Il lui rappelle qu’elle a un rôle, car c’est là qu’habite le nom de Dieu ; il attend qu’on l’invoque. Concrètement, Jérusalem est en danger, mais elle est sauvée par les pèlerins, qu’ils viennent de la porte d’en face ou du bout du monde ; ils se sont mis en mouvement hors du cercle familier, car ils ont entrevu une espérance, une lumière d’aurore.

Le psaume, qui est dédié à Salomon, ajoute qu’il s’agit d’une espérance de justice, mais cela dépasse nos idées logiques. Chacun est convaincu de son bon sens et de ses droits, d’où des heurts permanents, des procès, avec des gagnants et des perdants, avec des prisons ou des rancœurs. Mais Salomon a donné un exemple : arbitrant entre deux prostituées qui se disputaient un enfant, il les a obligées à se dévoiler. Il a fait preuve d’imagination. Jésus y invite aussi, en relation avec Dieu : « Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, etc. » Tu crois sincèrement que tu ne lui as rien fait. Tu as peut-être raison et il est peut-être obtus, mais cela n’a aucune importance, car il souffre à cause de toi, et cela seul compte. Donc, rentre en toi-même, réfléchis un peu, mets-toi en mouvement et va le trouver : ce sera un pèlerinage d’espé­rance hors de chez toi, pas moins. Et si tu sens que tu n’as pas la force, prie ! Car il y a un Maître de Justice qui n’est pas de ce monde, et qui a sa petite idée.

C’est depuis sa prison que Paul écrit aux Éphésiens ; c’était probablement une lettre circulaire adressée à toutes les églises, car les principaux manuscrits omettent « aux Éphésiens » du début (Ep 1,1). Paul est entre quatre murs, mais, animé par l’Esprit, il voit large, à l’échelle du monde. Il a compris que les divisions dans le monde ont partout la même cause, l’égocentrisme et l’accusation d’autrui. Personne ne parvient à en sortir sans l’annonce d’une miséricorde gratuite : Jésus-Christ porte tout cela si on se tourne vers lui. Mais Paul n’est pas naïf : il sait d’expérience qu’il faut le rappeler sans cesse, car le monde tient un autre discours, fait de lucioles séduisantes qui s’éteignent vite.

Et l’évangile des Mages (ou des astrologues) parle d’une étoile, en deux phases : elle les amène d’abord à Jérusalem, qui est dévoyée par Hérode le Grand. Il est convaincu d’être roi des Juifs, mais il ne sait rien des Prophètes ; il gouverne par la terreur, et il a peur. Et les Mages sont un peu déroutés. Il faut donc remonter aux origines, en suivant l’Écriture : David a conquis Jérusalem de haute lutte. Or, il était né à Bethléem, et l’étoile finit par s’y rendre. David a une postérité, les Mages sont soulagés !

Pour d’excellentes raisons, la tradition a transformé les Mages en rois venus de loin : les gouvernants ont une tendance invincible à se vouloir sauveurs tout-puissants, à n’avoir de compte à rendre à personne, comme Hérode. Est-ce de la sagesse ? Non, c’est de la peur, et Jésus est venu dénoncer ces illusions tenaces.

Ste Marie mère de Dieu. Circoncision

1/1/23, Ste Marie, mère de Dieu : Laissons-nous être étonnés !

Nb 6,22-27 ; Ps 66(67),2-8 ; Ga 4,4-7 ; Lc 2,16-21.

Une nouvelle année commence, dont nous ignorons tout, mais elle vient juste après la pause de Noël, illustrée par un nouveau-né pour lequel tout est futur. Pour rester dans l’espérance, il est temps non pas de prendre des résolutions courageuses, mais d’évaluer l’année écoulée sous l’angle très simple des petites habitudes bousculées : Qu’est-ce qui, encore aujourd’hui, me laisse un goût trouble, amer ? Qu’est-ce qui, encore aujourd’hui, a embelli ma vie ? 

La première lecture va dans ce sens : « Que le Seigneur te bénisse, qu’il fasse briller sur toi son visage ! » Ce programme est donné en plein désert, quand tu ne sais pas bien où tu vas, que tu n’es content ni de toi ni des autres. Et quel est son visage aujourd’hui ? C’est peut-être une icône, un coucher de soleil, une fleur, mais c’est surtout l’histoire étonnante qu’il a faite avec toi jusqu’ici, même en te prenant à rebrousse-poil, toi qui crois toujours que ta vie est médiocre, insignifiante. Non, considère-toi parmi les « fils d’Israël », avec un passé plus vaste que ta mémoire. Tu es fils, comme Jésus, et tu as des ancêtres qui remontent jusqu’à Dieu. Et si tu reconnais que tu es béni, trouve quelqu’un d’autre à bénir, ce sera la meilleure des résolutions : non pas s’améliorer soi-même (toujours « moi »), mais transmettre une espérance avec des mots de tous les jours.

Et ainsi, dit le psaume, « ton chemin sera connu sur la terre ». Ce n’est pas un tapis rouge, car tu seras attaqué par les cyniques que tu déranges, par ceux qui ne croient plus que la justice existe, qui ne croient qu’à la loi du plus fort. Survivre à tout prix : les petites guerres, et les grandes.

Il continue : « Que la terre tout entière t’adore… ! » Ça paraît vague et irréel, comme les invocations « pour les siècles des siècles », mais c’est une invitation à ouvrir les yeux, car il y a partout dans le monde des lucioles, des gens qui acceptent l’amour gratuit de Dieu : dans des prisons, dans des coins perdus, dans un bistrot, dans l’immeuble voisin, et même dans les palais, pourquoi pas ? Bref, n’importe où dans le monde réel. « Cherchez, et vous trouverez ! »

Paul dit la même chose, mais en repartant du Christ. Il y a en nous deux voix toujours en lutte : un démon qui nous fait désespérer de nous-même et de tout, et un Esprit qui nous rattache au Christ, le fils par excellence, et qui nous invite à la louange pour avoir trouvé un Père qui nous connaît. Être fils et héritier, pour engendrer à nouveau.

Et l’évangile annonce une chose très curieuse. Joseph et Marie ne savent pas tout ; ils sont comme dépassés par cette naissance bizarre, et il faut que ce soit des bergers qui viennent leur en expliquer le sens. Socialement, ce sont des parias, sans domicile fixe, suivant leurs troupeaux. Pourtant, ils sont héritiers de David, que Samuel est allé chercher parmi ses brebis ; héritiers aussi du prophète Amos, appelé alors qu’il était derrière son troupeau. Ici, ces bergers de Bethléem sont prophètes : ils ont entendu un appel très vaste, et ils ont su discerner un signe très discret, un nourrisson emmailloté. Depuis Abraham, qui avait tout d’un réfugié sans avenir, depuis Moïse qui avait fui derrière un troupeau, Dieu sait être reconnu par des marginaux. Cherchons-en autour de nous ; secrètement, ils attendent.

Joseph et Marie n’ont peut-être pas bien compris, mais ils commencent par suivre la tradition avec des gestes familiers, sans se singulariser. Plus tard, Jésus entrera dans le baptême de Jean, déroutant sa famille, mais pour l’heure, il est simplement circoncis : tel est le signe de l’Alliance depuis Abraham. Ne craignons pas d’être héritiers, avant d’être créatifs !

 

Noël !

25/12/22, Noël : la grâce d’un cantique paisible.

Messe de la veille: Is 62,1-5; Ps 88,4-17; Ac 13,16-17.22-25; Mt 1.

Messe de la nuit: Is 9,1-6; Ps 95,1-3.11-13; Tt 2,11-14; Lc 2,1-14.

Messe d’aurore: Is 62,11-12; Ps 96,1-6.11-12; Tt 3,4-7; Lc 2,15-20.

Messe du jour:  Is 52,7-10; Ps 97,1-6; He 1,1-6; Jn 1,1-18.

Quelle disproportion entre un tel déferlement de lectures et un nou-veau-né entièrement immobilisé par des langes ! Oublions un instant Jésus pour nous arrêter à la naissance d’un premier enfant. C’est à la fois très banal et très extraordinaire : il faut se préparer, et après les douleurs de l’enfantement, « la mère est dans la joie qu’un être hu-main soit venu au monde », et elle « médite ces choses dans son cœur ». La vie ressurgit au sein d’une sorte de chaos. Expérience unique que la femme a pour tâche de faire comprendre à l’homme ; de même, dans les évangiles, ce sont des femmes qui les premières comprennent la résurrection de Jésus comme une nouvelle naissance, après la tristesse d’un deuil. Dans la Bible, une femme d’abord stérile est tellement transformée à la naissance d’un fils qu’elle le consacre à Dieu : c’est Anne, la mère de Samuel, lequel plus tard oindra David comme roi. Aussi, ne sous-estimons pas le drame de l’avortement : c’est un refus de la vie, qui laisse des traces graves.

Aujourd’hui, l’état du monde paraît accablant ; de même, au temps de Jésus, des violents voulaient s’emparer du Royaume au nom de Dieu. On voudrait trouver une solution raisonnable, entre « grandes personnes » compétentes. Et nous voyons bien que ça n’a jamais vraiment marché durablement, malgré les essais courageux d’hommes de bonne volonté : l’histoire qui advient reste toujours déroutante et avance inexorablement. Le monde paraît livré au hasard, sans gouver-nement divin. Mais l’Écriture dit autre chose. Dieu préside ce monde tragique et révèle la profondeur de l’humain, car en réalité nous avons surtout besoin d’espérance, alors que nous croyons avoir besoin de stabilité, voire de routine. Mais en même temps, des moments de joie paisible et communicative sont nécessaires, comme des relais qui confortent l’espérance.

Et voici Noël : un îlot de joie et de simplicité ; l’Époux a retrouvé l’Épouse ; la lourdeur des choses est en passe d’être levée. La nais-sance de Jésus est l’aboutissement d’une longue attente, représentée par les prophètes, ces exilés permanents, et par l’Avent qui nous met en face de tout ce qui est insatisfaisant. Une étoile céleste se pose sur un coin de terre, loin des grandes capitales. Isaïe parle d’un messager qui annonce la paix, mais on ne voit que ses pieds, car il est d’une hauteur qui nous dépasse. Encore aujourd’hui, Jérusalem, avec son histoire hachée, a un avenir que nous peinons à imaginer.

La fête n’est pas une drogue qui ferait tout oublier : la mémoire des choses est toujours là, mais elle prend un sens, et la louange est pos-sible dans la vérité. Car même à Noël nous savons bien le destin de Jésus : il entrera dans le tragique du monde en subissant une croix injuste. Mais Dieu entre dans un corps comme le nôtre. C’est ce que rappelle chaque eucharistie, et il y en a beaucoup à Noël !

Paul, lui, nous rappelle opportunément une vérité à voir en face : le mauvais état du monde provient du péché, qui est toujours centré sur l’égoïsme. Celui des autres, bien sûr, mais aussi le mien ! Nous lut-tons, mais nous nous décourageons souvent. Eh bien, cet enfant que nous fêtons ce jour en porte le poids, si nous acceptons de reconnaître que nos efforts sont timides et nos mérites infimes.

Alors, bon Noël ! Cherchons les visages tristes et redonnons-leur le sourire.

4e Dimanche de l'Avent, année A

18/12/22, 4e dimanche de l’Avent – A : Maranatha !

Is 7,10-16 ; Ps 23(24),1-6 ; Rm 1,1-7 ; Mt 1,18-24.

À Gethsémani, Jésus prie intensément ; l’heure est grave, et les disciples, alourdis par un bon repas de fête, ne se rendent compte de rien. Face à la violence injuste, Jésus ne perd pas l’intimité avec Dieu, criant ce dont il a envie : échapper à la croix. Il est un digne héritier d’Isaïe, que nous entendons aujourd’hui. Des ennemis montaient vers Jérusalem, et le prophète pressait le roi Achaz de s’adresser à Dieu, où qu’il soit. Et Achaz s’y refuse, ne voulant pas tenter Dieu. Il se croyait humble, mais il n’était qu’orgueilleux. Au fond, il avait un jugement implicite sur Dieu, le soupçonnant de ne pas exister, ou imaginant une action magique, ce qui revient au même. À quoi bon supplier ?

Cette attitude est très courante en tout temps, et non sans humour, Dieu fait savoir à Achaz qu’il est fatigué qu’on ne pense pas à s’adresser à lui. Puis il annonce un signe très déroutant : une vierge va concevoir ! Quel est le rapport entre l’urgence de la menace et la venue d’un bébé improbable ? Apparemment aucun. Et pourtant ! Souhaiter un bébé est le plus grand signe d’espérance, surtout quand l’avenir paraît brouillé. Que de gens s’y refusent, par crainte de…

Le psaume orchestre cette espérance, mais sans offrir de tapis rouge. Il demande d’abord un regard sur le vaste monde qui nous dépasse, avec toutes les fragilités de la vie qu’on voudrait oublier. Il est vrai que des flots ou toute autre horreur pourraient tout submerger. Si nous nous voyons si petits, faut-il pour autant nous barricader, nous enfermer dans une identité étroite et rassurante ? En fait, la précarité reste, mais nous sommes invités à autre chose : ouvrir les fenêtres et rechercher la face du Seigneur, oser lui parler, le supplier d’être Dieu, comme avait su faire Moïse dans le désert, quand tout le peuple tombait dans l’idolâtrie si banale de l’argent ; l’argent est très utile, mais il divise, il ne crée pas la communion. Suivons donc Moïse et son humilité, ou encore Jésus, qui n’était pas muet mais qui ne s’est pas défendu contre le mal. Et la bénédiction annoncée apparaîtra sous une forme que nous ne soupçonnons pas.

Quant à Paul, selon son habitude, il prend les choses dans un vaste regard. Il commence par rappeler aux Romains qu’ils sont bien-aimés de Dieu, ce qu’ils sont peut-être prompts à oublier, quand ils écoutent trop l’Accusateur qui leur susurre que leur vie n’a aucun sens. Justement, si Paul annonce que Jésus est vivant et qu’il n’est autre que Dieu sur terre, à travers ses témoins, c’est parce qu’il est l’aboutissement d’une histoire longue et complexe, où les prophètes annonçaient sans fin une espérance à un peuple qui regardait ailleurs. On voudrait se convaincre qu’il s’agit d’un passé révolu, mais c’est toujours actuel, si on ose bien regarder. Car cette histoire arrive jusqu’à nous, au milieu du bombardement des médias et des bonnes raisons que nous avons de nous inquiéter. Si Jésus est reconnu comme fils de Dieu, c’est qu’il est passé par la croix. Ne cherchons pas trop loin : notre croix est quelque part dans la vie quotidienne.

L’évangile montre l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe, mais avec d’importants compléments. D’abord, il y a Joseph, lui aussi pris au dépourvu. Il essaie de s’en tirer en méditant un divorce, car les fiançailles créent un lien légal, et il ne veut pas que Marie soit accusée d’adultère. Cette justice est bien la nôtre : limiter les dégâts. Mais un songe le remet en selle : l’Esprit saint, qui rend Dieu présent ici et maintenant, est passé par là. Isaïe avait annoncé Emmanuel, Dieu-Avec-Nous, mais maintenant il y aura davantage : Jésus, c’est-à-dire Dieu-Sauve. Gros programme pour un bébé encore invisible. Et Paul d’insister : que soit connu partout ce nom qui résume tout.

3e dimanche de l'Avent, année A

11/12/22, 3e dimanche de l’Avent – A : Bonne nouvelle pour les mal-foutus !

Is 35,1-6a + 10 ; Ps 145(146),7-10a ; Jc 5,7-10 ; Mt 11,2-11.

Nous avons tous soif de beaucoup de choses, plus ou moins contradictoires, mais ces envies sont souvent écrasées par les circonstances ou par un surmoi moral menaçant, d’où une impression d’aridité ou de monotonie qu’on corrige comme on peut. Et voici qu’arrive Isaïe, qui annonce un paysage verdoyant. Ce n’est pas un pur décor, ce qui serait encore une distraction touristique. Les aveugles verront, les sourds entendront, les boiteux marcheront droit, affirme-t-il. Oui, nous sommes aveugles, sourds, boiteux : au propre, parfois ; au figuré, toujours ! Le monde est si compliqué, et il s’agit de survivre à moindre coût, quitte à tourner en rond. Isaïe, que personne ne voulait écouter, le sait très bien, et il annonce un but : regardez vers Sion, où réside le nom de Dieu, et vous percevrez une attraction, quelque chose qui vous libère, qui ouvre vos sens. Mais Dieu n’est pas une nounou qui donne un sucette de consolation. Le psaume rappelle qu’il s’agit d’abord de se voir clairement comme opprimé, affamé, enchaîné, accusant autrui. Humilité et sans prétention, donc. 

Et Jacques insiste : il demande patience et persévérance, c’est-à-dire discernement des signes. La venue du Seigneur est proche ? Soit, mais justement il y a des signes annonciateurs, comme dans l’agriculture. On ne tire pas sur une plante pour la faire pousser ! Jacques demande de ne pas juger ; il y revient plusieurs fois dans son épître, et il explique que juger autrui c’est se mettre à la place de Dieu. Pas moins. C’est tout aussi vrai quand nous nous jugeons nous-mêmes, car cela efface toute miséricorde – et tout redevient aride.

Et Jean-Baptiste était dérouté par Jésus. En effet, il était dans la lignée d’Élie, dont le retour annonçait le grand jour du jugement ultime, le cataclysme définitif. Il a entendu parler des signes qu’a faits Jésus, mais, précise une variante du texte, il est scandalisé que ça n’aille pas plus loin. Faut-il espérer quelqu’un d’autre ? Jésus répond simplement en citant le même Isaïe, sans se mettre personnellement en avant. Les signes ont une double dimension : des gens revivent, dans tous les sens du terme. En clair, le Royaume est arrivé, mais sans clairons ni tapis rouge. Et il se fait un tri, qui anticipe le jugement ultime. Le juste est celui qui accepte de revivre par la miséricorde, ce qui est une guérison en profondeur, alors que les autres vont simplement au néant. Sans doute, ils ont le droit, mais c’est triste.

Et Jésus fait un éloge appuyé de Jean-Baptiste. Pourtant, celui-ci n’a pas bien compris, mais son rôle était essentiel : il se tenait en marge, juste au-delà du Jourdain, à la limite de la Terre promise ; il annonçait l’imminence du Royaume, après une traversée symbolique du fleuve. Il se tient dans le sillage de Josué, qui avait fait traverser le Jourdain aux fils d’Israël ; ensuite, ils avaient célébré la Pâque, la manne du désert avait cessé, et le lendemain le peuple commençait à manger le produit du pays, figure du Royaume. Jean-Baptiste attend ce lendemain et Jésus a tenu à le suivre, et même à le dépasser, quitte à mécontenter sa famille. Il y a une demande du Notre Père qui provient certainement de Jean-Baptiste (cf. Luc 11,1), car littéralement elle dit : « Donne-nous aujourd’hui notre pain “de demain”. » Les Orientaux ont bien compris qu’il s’agissait du pain eucharistique, nourriture du Royaume. En Occident latin, on s’est borné au « pain quotidien ». C’est bien, mais Jésus est venu donner beaucoup plus…

Remettons-nous en mouvement avec Jean-Baptiste, même sans bien comprendre : Que ce pain « de demain » nous arrive dans notre « aujourd’hui » !

2e dimanche de l'Avent, année A

6/12/22, 2e dimanche de l’Avent – A : De qui sommes-nous fils ou filles ?

Is 11,1-10 ; Ps 71,2.7-8.12-13.17-19 ; Rm 15,4-9 ; Mt 3,1-12.

Qu’espérons-nous au juste de la vie ? Connaître Dieu ? Peut-être, mais beaucoup de philosophies et de religions y ont pensé ; pourtant, notre imagination reste très limitée, et il nous faut des relais à notre niveau, car nous n’avons guère de force. Pourtant, quelque chose émerge : une soif de justice, c’est-à-dire l’es­poir d’avoir sur terre une place que personne ne conteste…

C’est là qu’intervient Isaïe : il ne parle pas de David, l’ancêtre du Messie, mais de son père Jessé. La différence est essentielle : David était peut-être un personnage exceptionnel, mais il était d’abord fils. Étant fils, son successeur pourra être arbitre, avoir une parole forte qui engendre des fils ou des filles. En effet, c’est bien de cela qu’il s’agit : nous sommes entourés d’injustices, nous avons des conflits plus ou moins enfouis contre autrui et contre nous-mêmes. Faut-il se défendre ? Qui va gagner ? Qui va perdre ? La société met des garde-fous, mais ne donne aucun but, car elle reste très anonyme. Regardons les campagnes électorales, ce qui est bien intéressant, car il y a une grosse mythologie : on perd de vue la dureté des faits, avec l’espoir qu’un personnage providentiel émerge. Peut-être, mais s’il gagne, d’autres vont perdre, on n’en sort pas, car tout reste à un niveau plat, où chacun s’efforce d’exister, sans trop savoir de qui ou de quoi il est fils. Nous avons des idoles, mais elles sont mortes et n’engen­drent rien. Nos parents n’ont pas été parfaits, mais leurs propres parents ne l’étaient pas davantage, et on remonte indéfiniment. Qui va arbitrer ?

Eh bien, Jésus s’est montré fils de Dieu, et il a osé entrer dans l’injustice ; il n’a pas défendu son identité. Et l’on nous dit qu’il a fait cela par amour pour nous. Cela paraît très bizarre. Et c’est pourtant si simple : au présent, son souvenir reste vif, et c’est l’Esprit, qui nous donne les moyens d’entrer dans son intimité, d’être fils comme lui. Fils de Dieu, pas moins, et par conséquent frères. Il n’y a pas de fraternité sans paternité, à l’échelon au-dessus.

Ce n’est pas une recette : le psaume rappelle la promesse surréaliste faite à Abraham, alors qu’il avait tout d’un réfugié à la dérive, sans terre et sans enfant. Il n’était pas parfait, mais toute sa vie fut un pèlerinage de l’espérance, non sans épreuves. Et après lui ? Aujourd’hui dans l’évangile, Jean-Baptiste est féroce contre sadducéens et pharisiens, contre ceux qui savent tout : ils n’attendent plus de surprise de la part de Dieu et se bornent à faire des rites, au jour le jour, un peu par crainte, car on ne sait jamais… Erreur : même si vous êtes fils d’un prince puissant, votre vie va être bouleversée par quelque chose d’imprévu, et vous serez perdus ou paniqués, car vous ne saurez pas discerner comment Dieu vous parle. Telle est la conversion demandée : se réveiller, se reconnaître faible mais aussi aimé, chercher des traces de Jésus-Christ, qui vous attend.

Très bien, mais comment faire sans sombrer dans des efforts décourageants ? St Paul arrive à la rescousse : un peu de patience, et surtout le « réconfort de l’Écriture », tout simplement parce qu’elle parle de nous, en nous mettant dans une longue histoire toujours un peu cabossée : après la manœuvre du serpent, Adam accuse Ève… toujours la faute des autres, ce qui casse tout amour. Puis nous sommes tour à tour Caïn qui n’est pas parvenu à cacher sa violence, Abel victime de l’injustice, Noé qui se drogue, Jacob qui ruse, mais aussi Joseph qui comprenant les desseins de Dieu sait pardonner à ses frères, et encore des rois approximatifs, des prophètes que personne n’écoute, etc., etc. 

Laissons-nous visiter par l’Écriture, et nous serons libres face à ce qui arrive. Invitons le Christ à entrer dans notre vie : elle sera plus belle !

1er Dimanche de l'Avent, année A

27/11/22 : Se préparer ? Oui, mais à quoi et comment ?

Is 2,1-5 ; Ps 121,3-4.6-9 ; Rm 13,11-14a ; Mt 24,37-44.

Note : le terme hébreu « Tora » signifie d’abord « enseignement vers un but » et accessoirement « loi ». Dans le passage d’Isaïe, il faut comprendre « un enseignement ferme sortira de Sion ».

Isaïe assigne bravement un rôle universel à Jérusalem, mais au sens précis d’un pèlerinage : que les nations s’y rencontrent et y apprennent la paix. Il ne s’agit pas du jugement final, mais de vastes découvertes réciproques, et chacun pourra ensuite retourner travailler chez lui, avec un horizon élargi et surtout la perception que seul un Dieu unique a pu susciter cela. Car là est l’essentiel : chacun, chaque famille, chaque nation a ses petits dieux et cherche à les défendre, d’où des luttes sans fin. C’est ce qu’explique Philon d’Alexandrie, un philo-sophe juif contemporain de Jésus : tous les Juifs doivent aller en pèlerinage à Jérusalem, la métropole (« ville-mère ») pour expérimen-ter une unité par-delà les différences de coutumes, de langues, d’envi-ronnements ; ensuite, ils retourneront dans leur patrie pour attester que Dieu seul est Dieu. C’est parallèle aux jeux olympiques, créés dans l’antiquité pour que des nations ennemies remplacent la guerre par des jeux. Et ce sont les philosophes grecs qui, partant de cette force internationale de Zeus, le dieu central de l’Olympe, ont abouti à la notion d’un dieu unique, transcendant les divisions des peuples. Mal-heureusement, ils ne l’ont conçu que pour une élite, ce que n’a jamais fait Israël.

Le psaume orchestre cela, à l’échelle locale : les pèlerinages ras-semblent joyeusement les tribus, qui arrivent devant un lieu de justice et d’espérance. Mais il y a davantage : ces pèlerins sont invités à appe-ler la paix sur Jérusalem. Ce n’est pas surprenant si on réfléchit aux habitants de Jérusalem. Où vont-ils aller en pèlerinage, hors de leur petite routine ? Ils sont installés au lieu-même de l’espérance, et ils risquent d’en faire leur bien propre ; tout va devenir fade et très hu-main, avec rivalités, petits commerces, etc. C’est d’ailleurs vrai par-tout : les gardiens de lieux saints s’essoufflent !

Paul reprend la même chose autrement. Quelque chose d’essentiel va nous arriver sous peu, mais nous ne savons pas bien quoi. Com-ment être en état d’accueillir du neuf, qui va forcément nous bousculer un peu, surtout s’il y a une note d’amour ? Il nous demande de nous réveiller, d’aiguiser nos sens, d’être prêts, de sortir de ce qui nous inhibe, aussi bien les ivresses que les jalousies. En clair, puisque nous y entrons : l’Avent est un temps de préparation.

Et Jésus insiste, car l’enjeu n’est rien moins que le sens de la mort. On ne sait trop s’il parle de la fin du monde, avec la venue du Fils de l’Homme annoncé par Daniel, ou de ma mort à moi, mais cela n’a pas beaucoup d’importance, car dans tous les cas Jésus annonce que « le Seigneur vient ». On aurait bien envie de se passer de sa venue sous cette forme, ou d’en faire un simple sommeil confortable et prolongé. Or Jésus, par sa croix, est venu libérer ceux qui toute leur vie sont enchaînés par la peur de la mort, prise au sens large : échecs, humi-liations, etc., bref tout ce qui réduit ou menace notre existence. Les rivalités et les jalousies dont parle Paul ne sont que des tentatives inefficaces pour vaincre cette peur, car elles ne font qu’accroître notre isolement.

Eh bien, reconnaissons-le : nous avons pu être prêts à certains mo-ments de grâce, mais c’est certainement insuffisant aujourd’hui. Nous sommes invités à retravailler tout cela avec simplicité, avec un peu de louange et une pincée d’humour, et aussi à attendre une surprise pour Noël !