Textes bibliques du jour

Pour lire les textes de la Parole du jour  selon le rite latin et avoir un petit commentaire cliquez ici

 

Annonces actuelles

Liens externes

Beaucoup de sites bibliques, sur Israël...sont très intéressants. Ici vous trouverez une liste qui s'allongera au fur et à mesure. Voir la liste.

Glânures...

Prière de St Ignace

 « Seigneur Jésus,
apprenez-nous à être généreux,
à vous servir comme vous le méritez,
à donner sans compter,
à combattre sans souci des blessures,
à travailler sans chercher le repos,
à nous dépenser sans attendre d’autre récompense
que celle de savoir que nous faisons votre Sainte volonté. »

Si voulez lire plus cliquez ICI

N° 38 – Novembre/Décembre 2007

Fleur immortalisée

Sommaire :

-     Éditorial

-     Histoire : Etzel

-     Connaissance du pays : la porte de Jaffa, ouverture vers l'ouest

-     Dossier : Education nationale (2eme volet) :

 

-   Pas d'éducation, pas d'avenir

-   L'éducation chez les Juifs orthodoxes

-   Réforme ou révolution

-   Flashes d'espoir : un programme scolaire pour la résolution des conflit;

 

-     Chrétiens en Terre Sainte : disparition ou mutation ?

-     Spirituellement sémites

-     Au fil des mois

-     Chant du mois et humour en finale

Editorial

« Le peuple juif, au cours de ses quatre mille ans d'existence, a toujours cru à la supériorité de l'esprit et à l'amour de l'étranger puisqu'il a accueilli de grand cœur le visiteur de sa patrie ; il a montré que les êtres humains pouvaient accomplir des choses extraordinaires, car leurs pas sont guidés par la volonté du pionnier, et leur route éclairée par la vision messianique de la rédemption nationale et universelle. Ce peuple sera le témoin de la réalisation des idéaux du prophète Isaïe, et sa contribution à l'établissement du monde nouveau apportera à l'humanité la paix, la sécurité et le respect du genre humain ». Ces paroles de David Ben Gourion, qualifïables d'utopiques, expriment admirablement bien l'aspiration profonde du peuple d'Israël revenant sur sa terre. Notre tentation constante est de ne voir ce peuple et ce pays qu'à travers le prisme de l'événementiel sans prendre en compte ses aspirations et ses désirs profonds d'être à la hauteur d'une mission qu'aucune nation n'a jamais réalisée. Les souhaits et les aspirations sont une partie intégrante de l'être.

L'utopie en est aussi une composante. Ceux qui n'en veulent pas peuvent déchirer de nombreuses pages de la Bible y compris du Nouveau Testament.

D'aucuns diront que ces paroles du premier chef du gouvernement d'Israël sont des vœux pieux de quelques pionniers. La réalité défie et contredit.

« Le gouvernement actuel est composé de personnes cyniques dont les calculs politiques sont des raisons d'Etat » peut-on entendre. Et si la volonté de reprendre les négociations avec les Palestiniens et les autres pays arabes était mue par un vrai sens moral ? Et si l'actuel Premier ministre, certes homme corrompu, voulait vraiment arriver à une solution ? A force de hurler avec les loups que les jeux sont faits et que l'échec est assuré d'avance, et ce au nom du réalisme, on n'est plus capable d'imaginer et d'inventer le lendemain.

Il est normal que les services de renseignements ou de sécurité envisagent toutes les solutions possibles. Mais doivent-ils être pour nous un oracle prophétique ?

Annapolis ne sera peut-être qu'un sommet spectacle au lendemain qui déchante, mais les efforts et les aspirations pour arriver « à quelque chose » ne peuvent être décriés sans arrêt et surtout par des pseudo-analystes confortablement installés dans des bureaux à Paris ou à Londres et qui ne partagent rien de l'existence quotidienne d'un peuple qu'ils analysent comme un animal de laboratoire.

J.M.A

 

Histoire: Etzel

Etzel est l'acronyme de Irgoun Tzvaï Leoumi « Organisation militaire nationale » (IZL), encore connu sous l'appellation d'Irgoun. C'est un groupe paramilitaire nationaliste, qui opéra de 1931 à 1948, pendant le Mandat britannique en Palestine.

La naissance d'Etzel

L'organisation est née en 1931 d'une scission de la Haganah et fut dirigée à partir de 1943 par Menahem Begin jusqu'à la proclamation de l'État d'Israël en 1948.

Lors de la première guerre mondiale, Vladimir (Zeév) Jabotinsky demande aux Britanniques la permission de créer une force armée juive. En 1915, Londres accepte la requête et autorise la création d'uri corps de troupes appelé « corps muletier de Sion » qui deviendra officiellement en 1917 « la Légion juive. » En 1920 suite à la révolte arabe d'avril contre le Ychouv (la population juive en Palestine) la Haganah est créée. Elle a pour but de défendre les localités juives en Palestine et Jabotinsky en dirige la section de Jérusalem.

La Haganah est dirigée principalement par un parti de gauche (Ahdout HaAvoda) alors que Jabotinsky se situe à droite sur l'échiquier politique. Par la suite, la Haganah sera contrôlée par la Histadrout, syndicat de la gauche sioniste.

Les Britanniques ne reconnaissent pas cette organisation mais la tolèrent seulement. De 1921 à 1929 la Haganah est peu active, elle organise surtout des gardes et des patrouilles autour des localités juives.

Des émeutes nationalistes arabes antijuives en 1929 vont faire des dizaines de morts. La réaction du Yichouv va être de se rassembler derrière la Haganah. En 1931 la direction de la Haganah passe de la Histadrout à l'Agence Juive qui est officiellement une organisation non partisane. La direction est alors composée de trois hommes de gauche et de trois hommes de droite. Mais la gauche reste dominante.

David Ben Gourion a eu les commandes de l'Histadrout de 1921 à 1935, et donc a dirigé la Haganah jusqu'en 1931.Lorsqu'il prendra la direction de l'Agence juive de 1935 à 1948, il sera à nouveau à la tête de la Haganah.

En 1931 la Haganah passe donc sous le contrôle de l'Agence Juive. Un groupe de combattants et leurs officiers critiquent sévèrement la politique menée par la Haganah. Pour eux, il faut frapper plus fort aussi bien contre les Arabes que contre les Anglais. Ce groupe se sépare de la Haganah et fonde « Irgoun Beit » (la seconde organisation) qui sera aussi appelée « la Haganah nationale » mais le nom utilisé sera rapidement l'Irgoun Zvaï Leoumi (IZL) et ce, à partir de 1937.

Entre temps, Vladimir Jabotinsky, après avoir quitté l'Organisation Sioniste Mondiale, avait fondé « Une Nouvelle Organisation Sioniste » à Vienne. Ce dernier avait été banni par les Britanniques et interdit de séjour en Palestine pour des « activités subversives ». Jabotinsky demande aux Anglais la création sans délai d'un Etat Juif s'étendant sur les deux rives du Jourdain ainsi qu'une armée juive indépendante.

Le Etzel est composé de fidèles de Jabotinsky ainsi que des membres du parti Mizrahi (sionistes religieux) et d'autres petits mouvements sionistes.

Fin 1935 à 1938, une nouvelle révolte arabe se durcit contre la puissance mandataire britannique et les localités juives qui ne cessent de se développer. La population juive est passée de 80 000 en 1918 à 175 000 en 1931 et 400 000 en 1936. Durant cette révolte plusieurs centaines de juifs seront tués.

La Haganah arrive dans la plupart des cas à bloquer des attaques arabes et à faire des raids de représailles. Elle coopère parfois de façon ouverte avec les Britanniques. Elle attire des milliers de nouveaux membres dans ses rangs.

La scission au sein du Etzel

La Haganah devenant de plus en plus puissante, près de la moitié des membres de la Haganah Nationale décide de la rejoindre. En avril 1937, Tehomi, le commandant en chef de l'organisation, passe à la Haganah avec 1300 hommes. Le reste des membres de la Haganah Nationale restent sous le commandement de Jabotinsky. Il se radicalise alors.

Après cette scission, le nom historique de la Haganah nationale est définitivement abandonné Ils n'utiliseront plus que celui de Irgoun Zvaï Leoumi (Etzel) ils ont rompu avec les sionistes religieux.. Etzel devient l'aile militaire du mouvement révisionniste.

Actions contre les Arabes

Avant même le départ de Téhomi, Etzel commence une campagne contre les civils arabes. Le 16 avril 1936, il tue deux ouvriers agricoles arabes dans une orangeraie en réponse à l'assassinat la veille de deux juifs. Après la scission avec la Haganah, la modération est remise en cause. Cependant en juillet 1937 Jabotinsky indique qu'il préfère éviter le terrorisme aveugle. Suivant les responsables qui vont se succéder, la réaction devant la violence sera différente. L'Irgoun va se lancer dans la violence contre les civils arabes. Les autorités officielles du Yichouv

et de la Haganah ne vont pas être d'accord, et les Britanniques la qualifieront d'organisation terroriste. Des

tribunaux militaires étant instaurés et la possession d'armes devenant illicite, Ptrgoun doit interrompre ses attaques.

La réaction du Etzel sera violente quand l'un des leurs, Shlomo Ben Yossef est pendu par les Britanniques le 29 juin 1938. Il avait été arrêté suite à un attentat perpétré contre un autobus arabe à Rosh Pina en 1938 qui n'avait fait aucun mort. En tout, les Britanniques exécuteront 12 combattants du Etzel et du Lehi de 1938 à 1947.

De juillet à octobre, 50 Juifs seront tués chaque mois, contre 7 les mois précédents. Environ 250 Arabes sont tués par Etzel de 1936 à 1939.

Le livre Blanc et le combat contre les Britanniques

Quand en 1939 les Britanniques prennent une position beaucoup plus pro-arabe qui sera confirmée par la publication du « Livre blanc », Etzel relance ses actions. Dans ce livre blanc publié en réponse à la grande révolte arabe, les Britanniques mettent pratiquement fin à l'immigration juive. Jusqu'alors le mouvement, même s'il critiquait le mandat britannique pas assez favorable aux Juifs, était resté un allié du Royaume-Uni. Cette fois, Etzel élargit ses actions contre eux. Sous l'impulsion de Stern, des centrales téléphoniques sont attaquées, des bombes explosent à la poste de Jérusalem et à la radio nationale.

Scission avec le « Stern »

Lorsqu' éclate la Seconde Guerre mondiale, Jabotinsky, dont l'influence est alors très limitée, demande l'arrêt des opérations années contre les Britanniques pour former une coalition contre le nazisme. Après bien des discussions un accord est signé par David Raziel, le commandant du Etzel, en vue d'aider les Britanniques dans le domaine du sabotage.

Au sein du commandement d'Etzel l'opposition à la trêve avait été majoritaire. Suite à cette décision, Avraham Stern et un groupe de combattants quittent le Etzel et créent le Lehi (Lohamei Herout Israël « Les combattants pour la Liberté d'Israël »). Les Britanniques l'appellent le « groupe Stern ». Pour eux, la menace de disparition du « foyer national juif » selon le « Livre blanc » est plus grave que le danger nazi.

La scission avec Etzel prendra plusieurs mois, les militants hésitant entre Etzel et les partisans de Stern. Il est intéressant de noter qu'Yitzhak Shamir, futur premier ministre (1983-84 et 1986-92) va hésiter entre les deux partis pendant des mois pour finalement rejoindre le groupe Stern. Ce dernier attire beaucoup de militants et se livre à des attentats contre les Britanniques ou les Juifs « collaborateurs ». Mais devant l'incapacité de leur chef, beaucoup lâcheront rapidement ce groupe. Fin 1941, le groupe Stern est démantelé (A.Stern est mort, Y.Shamir est en prison).

La scission avec le groupe Stern a beaucoup affaibli le Etzel. En été 1943, il est même question de dissoudre Etzel. C'est alors que Menahem Begin, l'un des leaders du mouvement Beitar, en prend la direction.

Reprise de la lutte contre les Britanniques.

C'est sous Menahem Begin que la politique de ne pas lutter contre les Anglais prit fin. En février 1944, à la fin de la 2eme guerre mondiale, Etzel reprend la lutte contre le problème prioritaire, selon lui, qu'est la position des Britanniques contre le « foyer national juif ». Les Anglais refusent toujours de laisser entrer en Palestine les Juifs qui fuient l'Europe. Pour la première fois, les Révisionnistes s'attaquent directement aux Britanniques, mais les instances officielles du sionisme ainsi que l'opinion publique condamnent les attentats même si l'insatisfaction grandit contre la politique anglaise.

David Ben Gourion menace de réprimer Etzel mais cela n'arrête pas les actions de l'organisation.. Ben Gourion, en lien avec les Britanniques, lance alors la « saison » qui sera une chasse aux « terroristes ». C'est un succès. Beaucoup de chefs d'Etzel sont arrêtés et mis en prison.

Le mouvement de la révolte hébraïque

David Ben Gourion envoie de Paris un télégramme secret demandant à la Haganah d'engager la lutte contre le pouvoir mandataire et cela avec deux missions principales : assurer le débarquement des immigrants clandestins et perpétrer des actes de sabotage. D'octobre 1945 à juillet 1946, la Haganah, le Lehi et Etzel créent ensemble un « mouvement de la révolte hébraïque », sous le commandement général de la Haganah. Les sabotages se multiplient. Par exemple, le 1er novembre 1945, la Haganah fera sauter le chemin de fer en 153 points. La réaction des Britanniques sera d'envoyer des soldats supplémentaires. Le 12 juin 1946, le gouvernement refuse l'entrée de 100 000 réfugiés juifs. La réponse : les attentas se multiplient. Ainsi le 22 juillet 1946, Etzel fait sauter l'hôtel King David où se trouve le secrétariat du gouvernement britannique en Palestine, en représailles au « Shabbat noir ». Cet attentat fera 91 victimes dont de nombreux civils. Cet événement provoque la fin du « mouvement de la révolte hébraïque ». Les différents mouvements se divisent à nouveau.

En août 1946, Etzel ne compte plus que 4 000 hommes dont seulement un millier opérationnel. C'est alors que Lehi et Etzel s'uniront à nouveau pour frapper plus fort.

En 1947, l'ONU propose un plan de partage de la Palestine, adopté fin novembre 1947 : un Etat juif est prévu pour mai 1948 sur 55% de l'ancienne Palestine mandataire. L'Agence Juive et l'organisation sioniste mondiale acceptent ce plan, Etzel refuse, mais n'ayant pas les moyens de s'y opposer, officiellement il cessera ses actions. Les dernières opérations d'Etzel (août 46-août 47) auront coûté la vie à 141 Britanniques.

La guerre civile en Palestine (décembre 1947, été 1948)

Le lendemain du vote de partage (30 novembre 1947) des attentas et des émeutes anti-juives éclatent en Palestine et au Moyen-Orient. Etzel reprend alors des représailles contre les Arabes. Pendant ce temps, la Haganah se constitue en armée solide, capable de vaincre les attaques des armées arabes prévues au lendemain du départ des Britanniques. Etzel, lui, se livre davantage à des attentats aveugles.

Etzel accepte une certaine collaboration avec la Haganah. Des opérations naissent alors contre des villages arabes. C'est ainsi que le 9 avril 1948, malgré l'accord signé de non-agression, Etzel et le Lehi attaquent Deir Yassin aux alentours de Jérusalem. Le haut comité arabe parle alors de 254 victimes. Les historiens évaluent le massacre entre 60 et 120 morts. Etzel aura alors l'image de la violence amplifiée par la propagande arabe. L'Agence Juive dénoncera ce massacre mais sans prendre de véritables mesures contre Etzel. Les Palestiniens se mettront alors en route sur les routes de l'exode.

Le 27 avril 1948 Etzel attaquera Jaffa attribuée selon le partage aux Arabes, mais située au cœur de l'Etat juif. Les Britanniques réagiront en bombardant les positions d'Etzel. La ville tombera après le départ des Britanniques.

Le 14 mai 1948, l'indépendance d'Israël est proclamée: un gouvernement provisoire se forme alors. Les armées égyptiennes, jordaniennes, irakiennes, syriennes et libanaises pénètrent en Palestine. La guerre d'Indépendance a commencé. Le 26 mai, Tsahal (force de défense d'Israël) est officiellement créée, absorbant la Haganah. Menahem Begin s'engage à mettre à la disposition de l'armée ses hommes et ses équipements. D. Ben Gourion ne souhaite plus permettre à des unités de droite ou de gauche d' exercer au sein de l'armée. Le chef du gouvernement et ministre de la Défense ne veut pas de groupes politiques au sein de l'armée. Un bateau transportant des armes pour Etzel du nom d'Altalena est bombardé sous l'ordre de Ben Gourion face à Tel Aviv le 22 juin 1948. Etzel est dissout. Cependant le statut à part de Jérusalem permet à Etzel de continuer d'agir dans cette ville jusqu'en septembre. Après l'assassinat de Bernadotte par le Lehi, le gouvernement dissout Etzel même à Jérusalem.

Menahem Begin accepte la décision du nouveau gouvernement et prend acte de la dissolution d'Etzel. Il crée fin 1948 le parti Herout (Liberté) dont les premiers membres seront des anciens d'Etzel.

Agnès Staes

Connaissance du pays :

La porte de Jaffa, ouverture vers l'Ouest, vers l'Europe

En faisant face à la porte de Jaffa, appelée Bâb el-Khalil (porte de l'Ami, i.e. Abraham) par les Arabes, on note deux ouvertures. La plus ancienne, en chicane (forme de L), avec ses meurtrières, ses mâchicoulis et les anciens battants de la porte, fut reconstruite, d'après une inscription, en 1538 quand le sultan ottoman, Soliman II le Magnifique releva les remparts entre 1535-42. L'autre, véritable brèche de plus de six mètres dans la muraille, fut réalisée en 1898, pour permettre l'entrée de l'attelage impérial de Guillaume II. roi de Prusse. C'est là que Théodore Herzl, fondateur du sionisme moderne, lui exposa son plan du retour des Juifs sur leur terre ancestrale. Cette entrée, reliant les deux parties de Jérusalem, est la plus fréquentée des portes de la Vieille Ville. Au fil des siècles, la porte reçut différents noms : porte de David, de la Tour, des Pèlerins, de Bethléem, d'Hébron.

 l'intérieur des murailles

Après avoir traversé la petite place Omar Ibn al-Khattab, on descend par la rue David (Souq el Bazar) vers les bazars arabes et le cœur de la cité pour la visite des différents quartiers. C'est apparemment par la porte de Jaffa que le 2erae calife de l'islam, Omar Ibn al-Khattab, est entré pacifiquement à pied dans la ville de Jérusalem en 638.

Sur la droite de la porte, la « citadelle de David » appelée ainsi depuis la période croisée, abrite, au milieu d'un dédale de ruines archéologiques, le fameux musée historique de la ville de Jérusalem. Cette citadelle repose sur les ruines des trois tours magnifiques érigées par Hérode le Grand : Hippicos, Phasaël et Myriam. Laissées intactes par Titus elles symboliseront la grandeur de la Jérusalem de l'époque du deuxième Temple. Après avoir servi de caserne pour la Xe Légion romaine, la Fretensis, elles abriteront à l'époque médiévale le palais des rois croisés. Sur la plate-forme conduisant à la citadelle, le général britannique Edmond Allenby reçut symboliquement le 11 décembre 1917, deux jours après la reddition de la ville, les clés de la Cité sainte qui ouvrait ses portes au nouveau conquérant ! Par la porte de Jaffa, ce général fit à pied, humblement et symboliquement, son entrée dans Jérusalem.

Proche du quartier arménien, la caserne de police israélienne (ancienne garnison 'Kishle' et prison turque, puis britannique et jordanienne) est située à l'emplacement du somptueux palais d'Hérode le Grand. D'après certains historiens (Flavius Josèphe, Philon), ce palais servit de prétoire pour les procurateurs romains. Ces dernières années des fouilles y furent entreprises et la Fondation de Jérusalem projette de créer un musée.

Face à la citadelle se dresse la première église protestante de Jérusalem, Christ Church, entourée de son hôtellerie baignant dans un cadre de verdure. Lieu calme et reposant, très apprécié des touristes après les visites des lieux saints et la flânerie dans les souks accompagnée du marchandage de rigueur...

Toujours à l'intérieur de la ville, près de cette porte, sur la gauche, des ruelles conduisent au quartier chrétien, siège des patriarcats latin et grec-orthodoxe et lieu du Golgotha et du Saint-Sépulcre. En passant vous remarquerez deux tombes, celles des architectes turcs décapités pour avoir laissé le mont Sion à l'extérieur des murailles (il y d'autres versions concernant ces tombes). Ici, un escalier conduit au sommet de la muraille. Pour les bons marcheurs une promenade sur le chemin de ronde vous attend : de la porte de Jaffa vers la porte des Brebis, ou vers la porte des Ordures. Quelle vue magnifique sur les différents quartiers de la ville ! Pour tout renseignement concernant les visites de la Vieille Ville, l'Office du tourisme est à votre disposition ainsi que le Centre chrétien d'information.

Les jeunes peu fortunés pourront louer une chambre à l'hôtel Pétra, bâtiment de 1830 qui a perdu sa gloire du passé, tout comme l'hôtel historique New Impérial, bâtisse imposante à façade somptueuse (besoin de ravalement), qui a accueilli l'empereur Guillaume II et le général Allenby. Ces deux hôtels font l'objet d'un scandale à cause d'une transaction secrète entre un responsable de l'Église grecque orthodoxe et des investisseurs juifs.

Existait-il une porte à cet endroit il y a 2000 ans ? Sur la maquette, reproduisant au l/50eme Jérusalem à l'époque du deuxième Temple, une porte y est représentée. Cette ancienne maquette de l'hôtel Holy Land, réalisée par des historiens et des archéologues israéliens, a été récemment installée au Musée d'Israël. Les sources ayant servi à la réalisation de la maquette indiquent peut-être une porte à cet emplacement ? D'après la mosaïque byzantine de Madaba (Jordanie), représentant la carte de la Terre Sainte au VIe siècle, la ville de Jérusalem est bien dotée à cet endroit d'une porte donnant accès au decumanus, rue ouest-est de la cité reconstruite par l'empereur Hadrien en l'an 135. Un texte croisé mentionne que « l'amiral qui commandait la tour de David se rendit au comte et lui ouvrit la porte à laquelle les pèlerins avaient coutume de payer tribut... »

Cette porte de Jaffa est orientée vers le Sud, et, en descendant dans la vallée des fils de Hinnom (Gay ben Hinnom en hébreu, géhenne en français) et la piscine du sultan, on se dirige vers Bethléem et Hébron dans les collines de Judée.

En sortant de la Vieille Ville par cette porte on peut tourner à droite et emprunter la rue de Jaffa qui traverse la capitale en direction de l'ouest. Une route descend ensuite vers la plaine côtière pour atteindre Jaffa, l'ancienne cité portuaire.

Bien qu'orientée vers le Sud son regard se tourne vers l'Ouest.

L'Ouest, c'est l'Europe, sa culture, sa civilisation, ses religions. De cette direction sont arrivés des consuls, des princes, des empereurs et également des ecclésiastiques, une foule de pèlerins à leur suite. Si la montée à Jérusalem était laborieuse et dangereuse, elle fut facilitée au milieu du XLXe siècle, quand, le chemin sinueux qui y menait devint une route carrossable à la période du percement du canal de Suez. Le premier carrosse à emprunter cette route pavée fut celui de l'empereur d'Autriche François-Joseph 1er en 1869.

Dès 1840, quand les Turcs reprirent la Palestine et la Syrie des mains de l'Égyptien Mohamed Ali (Méhémet Ali pacha), un vent nouveau soufflait déjà sur Jérusalem, car la période de réformes égyptiennes (1831-1840) avait octroyé aux Juifs et aux chrétiens des droits nouveaux et une liberté d'action. Après la reconquête de la Palestine avec l'aide des puissances européennes, le sultan turc Abdùlmecit 1er (1839-1861) qui transforma l'administration ottomane, permit aux minorités non-musulmanes d'acheter des terres et leur accorda des droits. Le renouvellement de la loi des Capitulations prévoyait que les individus résidant en Terre Sainte pouvaient conserver leur nationalité d'origine sans être soumis à la législation turque. Ceci entraîna le développement des consulats à Jérusalem qui désiraient voir augmenter le nombre de leurs ressortissants. Les patriarcats grec et latin revinrent à Jérusalem et un évêché protestant y fut ouvert accélérant les constructions d'églises, d'écoles, d'hospices, d'hôpitaux... Grâce à cette libéralisation des droits, les minorités chrétiennes et juives vont rivaliser pour s'approprier le pays. Le développement de Jérusalem et l'ère moderne en Eretz Israël commençait.

Déjà en 1799 Napoléon Bonaparte envisageait le contrôle de la France sur cette partie du Proche-Orient et la restauration de la nation juive : « Levez-vous ! [...] Hâtez-vous ! C'est le moment qui ne reviendra peut-être pas d'ici mille ans, de réclamer la restauration de vos droits civils, de votre place parmi les peuples du monde. Vous avez droit à une existence politique en tant que nation parmi les autres nations. » {Proclamation à la nation juive -Quartier général Jérusalem, 1er floréal, an VII de la République française (20 avril 1799).

 

La navigation à vapeur (dès 1830), la guerre de Crimée (1853-56), le canal de Suez (1869), les intérêts économiques et politiques des nations européennes, la voie ferrée nouvellement construite (1892) reliant le port de Jaffa à Jérusalem, seront les déclencheurs d'activités économiques, religieuses, touristiques et politiques tant pour les communautés chrétiennes que juives de la Ville sainte. Ce nouvel engouement pour l'Orient incita voyageurs, écrivains, explorateurs et archéologues à redécouvrir la Terre Sainte et les civilisations qui avaient laissé leurs marques.

C'est également par cette porte de Jaffa que la communauté juive du « vieux Yishouv » intra muros sortit pour s'établir hors des murs de la ville, ( avec beaucoup de réticence), lorsque le philanthrope israélite britannique, Moïse Montefiore (1784-1885), acheva le premier quartier extra muros de Mishkenot Shéananim en 1860 (demeures de la tranquillité ou des bienheureux, tiré d'Isaïe 32, 18 ), sur le versant ouest de la vallée de Hinnom. C'est grâce au legs de Judah Touro, Juif de la Nouvelle-Orléans, qu'il fit construire ce quartier comprenant un long bâtiment surmonté de créneaux. Ce bâtiment, ressemblant aux murailles de la ville, tentait d'apporter une certaine sécurité aux nouveaux locataires qui craignaient de passer la nuit hors des murs. En effet, à cette période, au crépuscule, les portes de la ville étaient fermées jusqu'au matin et toute personne « enfermée » dehors pouvait être la proie des maraudeurs, des brigands et des Bédouins. Entre 1872-74 on cessa progressivement de fermer les portes de la ville.

L'état d'insalubrité, la surpopulation et la pauvreté du quartier juif incitèrent Montefiore à construire un quartier aéré, propre, aux citernes neuves pour la communauté juive. Il fit même ériger un moulin (1857) dans le but d'assurer du travail aux Juifs qui jusque-là vivaient des dons (halukah) récoltés dans les différentes communautés juives d'Europe. Ce moulin a-t-il vraiment fonctionné ? Il joua cependant un rôle symbolique et il renferme un musée retraçant la vie et les activités de M. Montefiore. Tout proche du moulin est exposé une reconstruction du carrosse qu'il utilisa pour monter à Jérusalem au cours de son septième et dernier voyage en 1875, à l'âge de 91 ans.

Les voyageurs-écrivains tels que Chateaubriand (1806), Lamartine (1832), Flaubert (1850), Mark Twain (1864) et autres, relatent de leur belle plume les conditions lamentables d'existence à Jérusalem et dans tout le pays. Le peintre écossais, David Roberts, au cours de son voyage en Egypte, Terre Sainte et Syrie (1839), par ses esquisses et croquis, rend vivantes l'atmosphère et la pauvreté de ces régions. Ses lithographies publiées en 1842 rencontrent encore aujourd'hui un immense succès. Théodore Hertzl écrira lui-même lors de son séjour en Eretz Israël, en 1898 : « Quand je me souviendrai de toi, ô! Jérusalem, dans les jours à venir, ce ne sera pas avec joie. Les dépôts poussiéreux de deux mille ans d'inhumanité, d'intolérance et d'insalubrité couvrent tes ruelles puantes. Si jamais Jérusalem était la nôtre [...] je commencerais par la nettoyer [...].»

Après l'achat de quelques lopins de terre, de nouveaux quartiers virent le jour à l'ouest de la Vieille Ville : Mahaneh Israël (1868), Nahalat Shiva (1869), Beit David (1872), Méah Shearim (1874), Even Israël (1875)... Yemin Moshé (1890). L'épidémie de choléra de 1866 et la détérioration des conditions de vie dans le vieux Yishouv suscita la création de ces nouveaux quartiers.

Des institutions non-juives sortirent de terre, dans la ville et à l'extérieur des murailles. Tout d'abord, la Société londonienne pour la promotion du christianisme parmi les Juifs, pour ses activités consulaires, religieuses, scientifiques et archéologiques, fait construire l'église Christ Church et son hospice, un hôpital, une école... Les Allemands construisent une léproserie, une école de filles, des hospices et des églises. Le consulat français ouvert en 1843 apporte une aide aux ordres monastiques pour la construction d'écoles, d'hôpitaux (Saint-Louis) et d'hospice (Notre-Dame-de-France)... La Russie construit une cathédrale et le quartier russe pour abriter les milliers de pèlerins. Grecs et Arméniens ne sont pas de reste, d'autant plus qu'il leur est facile d'acheter des terrains, étant considérés comme ressortissants turcs. Américains, Italiens et Éthiopiens laissent aussi leurs marques à Jérusalem.

Des Arabes, enrichis par la vente des terres, construisent aussi de belles villas hors des murs. Ce sont des résidences privées entourées de jardins et de vignes. Contrairement aux Juifs et aux chrétiens ils ne construisirent aucune institution médicale ou éducative.

A l'extérieur de la porte, le quartier Mamilla

Des activités commerçantes se développent à l'extérieur de la porte de Jaffa, souvent encouragées par la municipalité et les autorités ottomanes locales. Le quartier de Mamilla (en arabe 'qui vient d'Allah') voit le jour quand sort de terre son premier bâtiment, l'hospice français de Saint-Vincent-de-Paul (1886-1891). Les responsables de l'hospice font construire devant les bâtiments une rangée de magasins qui donneront un caractère commerçant à la rue Mamilla. Théodore Herzl, pendant son séjour en Eretz Israël (1898), résida au n°18, dans la maison Stern. Cette rue commerçante était devenue la plus importante de la Jérusalem juive. Des échoppes et magasins voient le jour, un parc municipal y est ouvert (1891)...

A la venue de l'empereur Guillaume II, la municipalité entreprend le nettoyage de la ville et fait paver les nouvelles rues. Les douves profondes, assurant protection à la citadelle, sont partiellement comblées pour faciliter le passage de la délégation de l'empereur. Cependant, c'est sur un destrier qu'il fait son entrée dans la Ville sainte

afin de renouveler la tradition croisée. Outre ses nombreuses activités à Jérusalem au cours de sa visite il participe, avec sa femme Augusta Victoria, à la consécration de l'église luthérienne du Rédempteur, au cœur la Vieille Ville. Plus de 3000 touristes et pèlerins étaient attendus pour la visite de Guillaume II !

Toutes les activités politiques, économiques et religieuses à Jérusalem suscitent une effervescence touristique. Si les premiers visiteurs et pèlerins sont logés sous des tentes, rapidement l'industrie hôtelière se développe à l'intérieur des murailles mais surtout dans les nouveaux quartiers.

Une fontaine publique (sabil) et la Tour de l'horloge sont construites à la porte de Jaffa pour commémorer le 25eme anniversaire du règne du sultan Abdul Hamid (1908). La Première guerre mondiale met fin à ce processus de développement mais il reprend pendant le Mandat britannique.

Les Britanniques, voulant préserver l'esthétique et la perspective de la muraille et de la porte de Jaffa, détruisent, dès qu'ils occupent la ville, la Tour de l'horloge (1908-1917) érigée au-dessus de la porte.

Plus tard, en 1944, les bâtiments, abritant des échoppes et des magasins adossés à la muraille, sont rasés, toujours dans un but d'esthétique et de propreté.

De la nouvelle place extérieure à la porte de Jaffa, nous avons une vue panoramique sur la vallée de Hinnom et ses versants escarpés. Au premier plan, sous nos pieds, des fondations de murailles de l'époque du deuxième Temple furent mises au jour au cours des travaux d'aménagement pour faciliter la circulation. Au loin nous pouvons admirer le quartier Yemin Moshé et le moulin de Montefiore ainsi que l'hôtel du roi David (1930), le consulat français (1930) et les constructions des dernières décennies.

Sur notre droite, un chantier, en dernière phase de construction, remplace l'ancien quartier de Mamilla. Ce nouveau quartier du même nom reliera la ville occidentale juive à la Vieille Ville. Malgré les problèmes financiers et l'opposition qu'il rencontra ce projet de Mamilla, des années 70, vient d'ouvrir ses premiers magasins et cafés. Un parking souterrain est opérationnel depuis quelques années et de l'autre côté de la rue des villas somptueuses de haut standing se vendent pour plus d'un million de dollars !

Sur la muraille, les impacts de balles témoignent des combats de 1948-49 quand la Légion jordanienne s'empara de la Vieille Ville et de Jérusalem-est. Mamilla, pendant le siège de Jérusalem (mai-juillet 48), subit les tirs de l'artillerie de la Légion jordanienne et presque toute activité commerçante cessa. Les maisons furent occupées par de nouveaux immigrants, familles nombreuses et pauvres. Les conventions d'armistice de 1949 prévoyaient que la ligne de partage de Jérusalem passe entre Mamilla et les murailles de la Vieille Ville, au pied de la porte de Jaffa.

Lecture recommandée : Ben-Arieh Yehoshua ; Jérusalem au XIX3 siècle, Géographie d'une renaissance ; traduit de l'hébreu par Francine Lévy ; édition de l'Éclat ; Paris-Tel Aviv, 2003.

Loïc Le Mauté

Dossier : Education nationale (2ème volet)

(Voir 1er volet : un écho d'Israël N°34, le système scolaire en Israël)

Pas d'éducation, pas d'avenir

Voilà ce qui était écrit, en cette période de grève scolaire, sur les tee-shirts d'un groupe d'enseignants manifestant aux abords des ministères à Jérusalem.

A la veille du soixantième anniversaire de l'Etat d'Israël, la question de la valeur du système éducatif, de son évolution, de sa complexité, réapparaît dans la presse, même si cette question n'est décidemment pas le seul problème auquel le gouvernement doit faire face. Yoram Hazony dans son livre « l'Etat juif » (éditions de l'éclat) estime que si D. Ben Gourion et Golda Meir ont réussi à bâtir des usines, une armée, un gouvernement, une économie moderne, l'éducation est restée parent pauvre. Ils n'ont pas su comment éduquer les enfants pour qu'ils deviennent de vrais juifs, de bons sionistes. Ben Gourion qui en avait pris conscience, ouvrit un jour un débat avec des universitaires sur ces questions : « Pouvons-nous devenir un peuple élu ? Pouvons-nous devenir la lumière pour les nations ? La délivrance est-elle possible ? ». En 1954, il organisa même un rassemblement de 8000 collégiens et lycéens à Tel Aviv pour leur parler des valeurs du sionisme en lien avec la Bible.

La majorité des intellectuels, universitaires, écrivains, professeurs, avaient, quant à eux, opté pour une orientation toute différente de l'éducation, détachée du particularisme juif et tournée radicalement vers l'universalisme, s'orientant moins vers l'histoire du peuple, ses traditions et sa pensée que vers les valeurs universelles, humanitaires. Peu à peu s'est creusé un fossé entre les « religieux » et les « laïcs ». D. Ben Gourion ne se disait pas laïc, mais juif. Le système éducatif avec ses écoles laïques et religieuses est-il en train de créer deux peuples différents, l'un éduqué par le particularisme de la Bible et l'autre par l'universalisme dans lequel tous les hommes sont pareils ?

Les écoles d'Israël sont bien sûr, l'un des endroits privilégiés où le lien entre l'Etat et le peuple juif se forgera ou se brisera. D'après la loi de 1953 sur l'Education nationale, le système scolaire israélien devait inculquer « les valeurs de la culture juive ..., l'amour de la patrie..., la loyauté envers le peuple juif ». Le programme d'études juives comprenait la Bible, l'histoire juive, le Talmud et la pensée juive, ainsi que la connaissance du pays, sa géographie, son histoire naturelle, son archéologie. Le but étant d'enraciner les enfants dans le pays d'Israël, « le pays de nos ancêtres » et leur enseigner les valeurs fondamentales du judaïsme.

Dans les années 90, plusieurs propositions furent adoptées par les différents ministres de l'Education pour modifier la loi de 1953 et la remplacer par un programme plus général sur l'histoire des peuples et les valeurs universelles, laissant une place mineure aux valeurs juives.

L'Education en crise

Le système éducatif scolaire n'a pas attendu ce temps de crise pour être critiqué, remis en question par les uns ou les autres. Mais par manque d'unité entre les « proposants de réforme », rien n'a été sérieusement entrepris. On a critiqué le budget minimum versé au ministère de l'Education mais aussi l'emploi de cet argent qui ne semblait pas profiter aux élèves eux-mêmes. Trop de bureaucratie, pas assez d'enseignants compétents. Le niveau de l'éducation en Israël se situe actuellement au bas de l'échelle mondiale. Des salaires trop bas, trop d'enfants par classe, des enseignants peu motivés. Pourquoi les « dépenses » donnent-elles de si mauvais résultats ? « Sait-on qu'il manque aujourd'hui 6 000 classes et 1 500 jardins d'enfants, et 2 billions de shekels pour assurer la protection des écoles » dit Michaël Melchior, président de la commission de l'Education à la Knesset.

Yuli Tamir, ministre de l'Education, essaye de répondre à ces critiques en évoquant la complexité de la réalité de la société israélienne : « Le système éducatif israélien est plus complexe et fondamentalement plus coûteux que celui des autres pays. On ne peut donc comparer les budgets sans en tenir compte. La structure éclatée et diversifiée où les écoles des « Haredim » (ultra-orthodoxes), des Arabes, des religieux et des laïcs se font concurrence pour un seul budget, crée d'inévitables licenciements et des dépenses imprévues. De plus, notre société déjà pluriculturelle, accueille des milliers de nouveaux immigrants, subit la guerre et 30% de nos enfants vivent dans la pauvreté. Notre système éducatif comprend des secteurs séparés : s'il y a trop d'enseignants arabes et trop peu d'enseignants juifs, dans un autre pays on pourrait simplement remplacer les juifs manquants par des arabes. Mais en Israël ce n'est pas possible. Dans le secteur juif, on se heurte au même problème: s'il y a trop de maîtres dans le secteur « Haredi » (ultra-orthodoxe), on ne peut pour autant les affecter à des écoles laïques manquant d'enseignants et inversement. De même pour les bâtiments scolaires: à Jérusalem-est, les Arabes manquant de terrain pour construire les écoles louent des salles souvent petites, ne pouvant contenir que 15 élèves. Il faut donc doubler le nombre d'enseignants et le budget. Tous ces problèmes typiques de notre pays nous interdisent de comparer artificiellement notre système éducatif avec celui des pays occidentaux ».

Pour réformer, il faut de l'argent. La ministre Y. Tamir demande 2 billions de plus pour son ministère. Le ministre des Finances répond : «D'accord, mais je veux d'abord savoir à quoi chacun de ces shekels va être employé ».

A Jérusalem

La seule ville considérée en elle-même comme une région par le ministère de l'Education est Jérusalem. Le système scolaire y est particulièrement compliqué : 222 000 élèves comprenant juifs, musulmans et chrétiens repartis dans 1 000 établissements, publics, privés, semi-privés, public-religieux et privés-religieux. Les écoles gouvernementales laïques et semi- privées comprennent 98 410 élèves incluant 40 000 élèves du secteur arabe. A Jérusalem-est 20 000 élèves en plus sont enregistrés dans des écoles privées. Le système scolaire officiel «Haredi » comprend 86 876 élèves et en plus 15 000 élèves sont inscrits dans des écoles privées «Haredim» dont la plupart sont anti-sionistes. Les Juifs sionistes arrivant en Israël se sont très vite heurtés au système scolaire régnant chez les Juifs religieux : ces derniers ne voulant pas introduire l'utilisation de l'hébreu dans l'école. « Aujourd'hui, 60 ans après la création de l'Etat, le combat reste le même », explique un directeur d'école. Combat, qui est en réalité, un combat d'identité. Si le système scolaire orthodoxe reste très vivant, tendant à s'étendre dans la ville, les écoles gouvernementales laïques perdent du terrain et ceci d'autant plus que les familles aisées préfèrent inscrire leurs enfants dans les écoles privées ou semi-privées.

Etty Binyamin, présidente de l'association régionale des parents, est assez pessimiste. «Nous perdons la bataille. Le système gouvernemental n'est pas assez attirant. Les parents ont d'autres choix. Il y a d'excellentes écoles publiques dans les environs. Les 16 000 habitants de Jérusalem ayant quitté la ville pour s'installer à Maalé-Adoumim, Mevasseret-Tsion ou Modiin peuvent, tout en continuant à venir travailler à Jérusalem, offrir à leurs enfants un meilleur système éducatif sur place. On constate une baisse de 12% des élèves inscrits dans les écoles publiques de Jérusalem depuis 5 ans. La municipalité n'accorde que 620 shekels (120 euros) par enfant et par année ».

E. Binyamin continue : «Si des décisions audacieuses et courageuses ne sont pas prises par le gouvernement, seuls les ultra-orthodoxes et les Arabes resteront dans la ville, et cela très rapidement. Dans certains quartiers ce

phénomène a déjà commencé. Si les gens quittent la capitale, ce n'est pas à cause du terrorisme ou du manque de vie nocturne animée, mais parce qu'ils veulent donner à leurs enfants une éducation de valeur ».

Le président de Manhi, service administratif des écoles de Jérusalem, Benzi Nemet, est plus optimiste : «Nous avons ouvert cette année 11 nouveaux jardins d'enfants, très prometteurs pour l'avenir. Une école de « Habad » (école Hahedi) a décidé de rejoindre le système public, en intégrant les matières laïques comme le civisme, l'histoire, la littérature et la démocratie, ceci pour des raisons économiques. Un budget important a été d'autre part consacré à la réparation et à l'embellissement des établissements scolaires. Nous avons ajouté 1 000 ordinateurs aux écoles de la ville, continué la campagne «Jérusalem est propre » et proposons à chaque élève une visite annuelle d'un site culturel et historique de la ville. Vingt nouveaux jeunes directeurs d'école nous ont rejoints. Des cours supplémentaires sont organisés et intensifiés depuis 5 ans sur l'économie, le civisme, l'astrophysique, les musées, l'informatique, la musique, l'écologie, la chimie, avec la coopération de l'Université, du Musée de Jérusalem, de l'hôpital Hadassa et d'autres organismes spécialisés ». Benzi Nemet pourra-t-il réaliser ce projet sur le terrain ?

Le choix

Pour choisir l'établissement scolaire, les parents doivent tenir compte de plusieurs facteurs : Le quartier les frais scolaires et le directeur de l'établissement.

I / Le quartier - Actuellement la ville de Jérusalem est divisée en trois zones, le nord, le sud et le sud-ouest :
Chaque élève doit s'inscrire dans sa zone d'habitation où fourmillent des établissements de tous genres et de tous
prix !

II / Les frais scolaires - Dans les écoles gouvernementales les frais scolaires sont pris en charge par l'Etat ; en
revanche les écoles reconnues, mais non officielles, ne reçoivent que les deux tiers de leur budget de l'Etat, les
parents ou associations privées payant le complément. Les écoles sont soit religieuses, soit laïques. Le système
semi-privé inclut également des établissements se focalisant sur certaines disciplines ou idéologies : les arts, les
mathématiques, la nature, le judaïsme progressif, l'anthroposophie, la musique ... et certaines écoles sont
bilingues. Dans ces classes le nombre des élèves ne dépasse pas 25. Certaines écoles privées indépendantes sont
entièrement aux frais des parents.Ces écoles particulières sont donc forcément élitistes, excluant les enfants des
familles défavorisées. La sectorisation socio-économique remplace de plus en plus la politique d'intégration
prônée pendant longtemps par le gouvernement.

HI / Le directeur de l'établissement - Entretien avec Lucien Lazare : « Ce qui est original dans le système scolaire israélien, c'est qu'il n'est pas centralisé. Chaque établissement qu'il soit laïc, privé ou religieux dispose d'une grande marge d'autonomie et par conséquent possède sa propre personnalité. Jusqu'à un certain point, les parents et les enfants peuvent choisir en fonction de leurs motivations. Quand j'étais directeur au lycée René Cassin, j'ai supprimé l'examen probatoire, les résultats étant la combinaison des notes de l'année et de l'examen final. J'ai fait enseigner les disciplines juives par un enseignant portant la kippa et l'arabe était au programme au même titre que les autres langues étrangères. Mon but était de donner à ces jeunes une éducation de qualité. A mon départ, le nouveau directeur n'ayant pas les mêmes options, a changé le caractère de l'école. Les écoles des kibboutzim jouissent d'encadrement à forte motivation éducative, de même que certaines écoles privées très sionistes avec des initiatives pédagogiques appropriées aux élèves et à la réalité. A titre d'exemple, proposer aux élèves des volontariats au service des nécessiteux. Tout cela est pensé et organisé en dialogue avec les parents. C'est le coté positif de ce système éducatif éclaté et diversifié ».

Malgré tout

Malgré la grève, le départ des enseignants vers d'autres professions, le scandale des salaires si bas et le peu de considération pour cette profession dans la société israélienne, les écoles de formation d'enseignants continuent à attirer des jeunes. Très motivés, ils désirent transmettre à la génération future les valeurs qui leur sont chères : «Enseigner... c'est ma joie ! ».

Antoinette Brémond

L'éducation chez les Juifs orthodoxes

Au début de l'année scolaire 2007-2008 la ministre de l'Education Yuli Tamir, a décidé de dispenser les petites écoles talmudiques de l'étude de l'anglais et des mathématiques. Cela veut dire que 25 000 élèves termineront le lycée sans avoir de base en anglais en mathématiques et en sciences. Ceci sous la pression des Juifs orthodoxes.

En 2010 en Israël, un élève sur quatre apprendra l'araméen au lieu de l'anglais, le Talmud au lieu des mathématiques et la loi juive au lieu des sciences.

Cette décision a été prise après des réunions au ministère, en vue de discussions au tribunal de Grande Instance sur le sujet. Devant cette décision, l'organisation des professeurs du secondaire a interpellé le ministère de l'Education : pourquoi paye t-il des institutions qui n'enseignent pas l'anglais, les mathématiques et les sciences ? En vue de cette discussion, Y.Tamir est arrivée à un compromis face aux responsables du système de l'éducation religieuse, car dans la plupart des écoles orthodoxes il y a ce programme obligatoire, mais cependant 25 000 élèves, des classes de seconde à la terminale (les élèves des petites écoles talmudiques) en seront dispensées.

« Selon le plan, préparé par les conseillers juridiques du ministère, la ministre accordera la dispense à ces milliers d'élèves. Ils seront obligés d'apprendre seulement les matières religieuses, et ils recevront 55% du budget donné par l'Etat aux écoles gouvernementales », a déclaré un fonctionnaire du ministère . Il s'agit là d'une décision très problématique, mais du côté des orthodoxes, l'étude de ces matières laïques sont une faute qu'ils ne peuvent pas accepter.

La décision de Y.Tamir est un échec supplémentaire dans le combat face aux orthodoxes. Il y a quelques mois la loi « Nhaari» a été votée, dans laquelle 75 à 100% des études seraient religieuses. Cette loi Nhaari prévoit que les mairies participeraient au budget des écoles religieuses et privées. Les autorités locales pensent que cette décision va encourager toutes les écoles religieuses et privées à exiger un budget supplémentaire auprès des caisses qui sont vides. Si elle est appliquée, cette loi enlèvera à 25 000 élèves la possibilité d'acquérir les moyens d'insertion dans le monde du travail et de la société israélienne. A la lumière du soutien qu'a obtenu cette loi au gouvernement et à la Knesset, on peut douter de l'opposition des députés face à la décision du ministère de l'Education au sujet des « petites écoles talmudiques ».

Cette décision va aussi causer un problème au bureau des statistiques, qui annonçait que l'éducation chez les orthodoxes augmentait chaque année de 10% alors que la gouvernementale et gouvernementale religieuse diminuait de 2%.

Résultat : avec le temps le nombre de ces élèves augmentera et la possibilité pour eux de participer au monde du travail diminuera.

Y.Tamir : « Impossible de les obliger »

« Nous hésitons encore : que faire avec ce groupe de garçons des petites écoles talmudiques ? De toute façon nous ne pourrons pas les obliger à enseigner ces matières et je sais que par la force cela ne marchera pas » dit Tamir, « pour moi c'est un vrai dilemme. Qu'on les oblige ou non, ils ne le feront pas. La solution est sans doute de les en dispenser et de construire un système pour les aider par la suite. Il faut reconnaître que du temps de Ben Gourion, Israël a décidé de leur laisser leur propre système d'éducation. Cette autonomie, on ne peut pas la leur enlever. Us ont une grande force et l'éducation est pour eux la priorité» poursuit la ministre.

« La décision de la ministre de l'Education est une reddition totale face aux rabbins et orthodoxes dont le but est de garder sous leur emprise le public orthodoxe, et de garder ces jeunes gens dans les ghettos et la pauvreté » a répondu Kobi Ben Arouch, étudiant en philosophie issu de ces milieux. « Ce n'est pas pour rien que les rabbins se dressent pour empêcher l'éducation de ces jeunes. Ils savent que l'obéissance du peuple orthodoxe à leurs ordres, dépend du manque de cette culture et de l'absence de communication avec un monde autre que le leur. De ma propre expérience, les manques de connaissance que j'ai dû acquérir, du fait de mes études dans ces écoles, étaient énormes et m'ont demandé des années d'efforts surhumains et presque impossibles pour arriver au niveau d'un jeune qui a fait ses études dans le système normal »déclare Ben Arouch.

Programme hebdomadaire, en classe de seconde


Dans le système gouvernemental


Dans les écoles religieuses ultra orthodoxes


 


5 heures d'anglais

5 heures de mathématiques

2 heures de Bible

2 heures de sciences

2 heures d'hébreu

2 heures de littérature

2 heures de sport

Total : 20 heures


4         heures de lois juives

4,30 heures de morale religieuse

15 heures de Talmud

29 heures de discussion talmudique (2 par 2)

5         heures de grammaire talmudique

Total : 57 heures 30


Deux réactions

L'une contre le système orthodoxe (D'un ancien élève des écoles talmudiques, Yehuda Shohat)


«-Comme enfant et jeune orthodoxe, l'absence de l'anglais, de l'hébreu, des maths et même de quelques leçons de sport, je ne l'ai pas ressentie. D'ailleurs autour de moi on parlait beaucoup le yiddish et l'araméen du Talmud, et la pensée de communiquer un jour avec le monde laïque semblait inutile.

Puis, en grandissant, on voit que le monde réel, celui où l'on travaille pour gagner sa vie et parfois même où l'on essaie de monter dans les degrés académiques, nous sont complètement bloqués par le système orthodoxe. Remets-tu ta foi en question ? Veux-tu simplement t'instruire pour gagner ta vie dans un métier non lié au religieux?...Combles les manques par toi-même !

La décision d'étudier les matières profanes dans les écoles orthodoxes devait supprimer ce problème, car elles ne préparent pas à la vie extérieure, mais les quelques heures octroyées permettent d'aider les orthodoxes à un minimum de relation avec le monde extérieur.

Mais les orthodoxes ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour éviter que ce plan existe et pour repousser le pouvoir des laïcs sur le ministère de l'éducation religieuse.

Quelques étudiants religieux et les petites yéshivot ont cédé dès le départ au budget maximal auquel ils ont
droit, au moins officiellement, pour rester avec trois heures d'anglais et de maths par semaine. Qu'on ne s'y
trompe pas. Le but, même s'il n'est pas dévoilé, est de garder cet isolement de la diaspora que la société
orthodoxe a construit autour d'elle, même en Israël.
                                       ..

Et ce n'est pas tout. Finalement il s'agit d'une boule de neige effrayante pour diviser la société israélienne. Mais si les orthodoxes ashkénazes ont le droit, pourquoi est-ce que les institutions du Shass séfarades n'obtiendraient-elles pas cette même dispense ?

Dès maintenant la ministre de l'Education aura sur la conscience chaque jeune orthodoxe qui demandera à s'intégrer à la société israélienne et qui aura du mal à trouver un langage commun. La vraie tragédie viendra plus tard, quand le grand nombre d'enfants orthodoxes atteindra le tiers de la population et qu'il y aura un tas d'incultes dans ce petit pays.

Et j'ajoute un mot sur le revenu de la population orthodoxe que l'on peut entrevoir : même à Téhéran on a déjà compris que la culture est la base d'une société forte, même si elle est religieuse ».

L'autre pour le système orthodoxe : ( du rabbin et député Meïr Porouch)

La ministre de l'Education est rentrée d'une visite d'étude du système éducatif à Singapour et elle en ramène un grand espoir pédagogique : il faut diminuer les matières dans les écoles, donner plus de leçons de philosophie, créer plus de distance entre les élèves et les professeurs, etc.

Il est intéressant de noter que la ministre ait dû voyager jusqu'à Singapour pour comprendre certaines choses que l'on peut apprendre près de chez soi, chez les orthodoxes, à tous les degrés. Ici chez nous : à Jérusalem, à Bné Brak, à Modiin et à Bet Shemech.

Un institut éducatif, comme nous disons et redisons, n'est pas un atelier où l'on emmagasine le savoir, mais un lieu où l'on acquiert des valeurs : «Et tu diras à tes fils ». C'est la boussole par laquelle on apprend à déchiffrer le secret de l'existence juive.

La réponse à la question, comment le peuple juif existe-t-il et pourquoi lui seul survit-il à tous les peuples du monde ancien ? Il survit parce qu'il n'oublie pas quelle force inouïe est incarnée dans ces mots éternels, de foi pure et d'idéal.

Malheureusement, dans l'école gouvernementale en Israël on n'apprend pas vraiment qu'elle est la vraie relation du peuple d'Israël avec la terre d'Israël. La plupart des professeurs, ne connaissent pas les racines de la culture juive. Parfois le ministère de l'Education publie des informations aux journalistes, sur la nécessité de renforcer l'étude du judaïsme pour empêcher le danger d'assimilation. L'information est donnée aux journalistes, mais concrètement, très peu est fait et même rien du tout.

Si la ministre a appris des gens de Singapour, qu'il faut restreindre les matières générales dans les écoles et donner plus de philosophie, il serait bien de l'apprendre d'abord des écoles orthodoxes. Chez nous, on met en premier l'accent sur les valeurs. C'est vrai, la notion même de valeurs en Israël n'estplus à la mode, et les valeurs juives en particulier sont considérées comme archaïques, mais nous croyons que les valeurs de la Tora d'Israël sont la base de tout.

Les études générales pourraient compléter le programme scolaire, comme cela se passe concrètement chez nous, maisl'essentiel, c'est que les élèves approfondissent leur identité juive. Ainsi, pas d'études artificielles, et pas de connaissances inutiles, les valeurs juives sont les plus importantes.

Madame Tamir s'étonne du système d'éducation de Singapour, mais tout ce qui existe là-bas n'est pas bon pour la jeunesse israélienne. Ce qui existe dans l'éducation orthodoxe est bon pour le futur du peuple juif ».

(Source Maariv) Cécile Pilverdier

 

Education : Réforme ou Révolution ?

« Le système scolaire n'a pas besoin d'une réforme mais d'une révolution qui donnerait à l'éducation une place prioritaire nationale assurant la vie même de la nation » dit Aaron Tsirnoberg, prix Nobel 2004 en chimie et prix d'Israël en biologie, dans une interview à Yediot Aharonot du 2 septembre 07.

Il analyse ainsi les raisons de la dégradation du système scolaire :

-Le changement fréquent des responsables du ministère de l'Education ne permet pas d'évaluer les résultats des réformes en cours.

-Il y a une absence d'accord pas rapport au programme d'Education sur ce qui est nécessaire pour préparer les générations à venir. « Nous sommes un Etat divisé par les communautés d'origine, les religions et, le plus grave, par les différences d'idées allant d'un extrême à l'autre. Nous ressemblons plus à une confédération vacillante qu'à un Etat en danger de survie dont l'unité est une nécessité existentielle » déclare le Prix Nobel.

-Tout essai de réforme de la part du ministre en charge est considéré par le parti opposé comme une prise de pouvoir politique. Des particuliers décident par eux-mêmes ce qui est bon ou mauvais pour leurs élèves et créent des sous-systèmes qui rendent le système général impossible à gérer. On peut dire que le système scolaire est éclaté comme l'Etat lui-même.

-En plus de ce système décomposé et affaibli, il y a une détérioration de la fonction d'enseignant. Cette fonction, qui devrait être la pièce maîtresse du système, est méprisée. Les parents et élèves, victimes de cette dégradation, accusent le maître qui, ayant peur de la confrontation, ne dirige ni l'ordre du jour ni la discipline en classe.

Le peuple juif, quand il était en diaspora et qu'il était persécuté a donné, de génération en génération, des savants dans tous les domaines de la science et des lettres. Le don individuel demeure, il n'est pas éteint. Le but du système scolaire gouvernemental n'est pas de préparer des prix Nobel, mais de créer une génération ouverte à tous les domaines : l'histoire particulière du peuple juif et de l'Etat d'Israël, la connaissance du lieu où elle vit et accomplit sa mission. Actuellement rien, dans le système scolaire, ne trace aux enfants le chemin et le but. Il n'y a personne à suivre qui enthousiasme l'imagination.

Aaron Tsinoberg déclare « Nous n'avons pas de minerai brut à exporter ou à utiliser pour nous-mêmes, mais notre seule richesse est notre faculté à créer. Notre supériorité dans ce domaine face à nos voisins et dans l'arène internationale en général, va en s'effritant. Il faudrait que le premier ministre déclare une véritable révolution : l'Education devrait être la priorité nationale, seule solution à long terme pour assurer la vie de l'Etat, et cela sans limite budgétaire ».

Suzanne Millet

Flashes d'espoir : un programme scolaire pour la résolution des conflits

L'éducation de la jeunesse à la paix et à l'acceptation de l'autre est le principal défi des dirigeants de la région du Moyen-Orient. Le centre Tami Steinmets de recherche pour la paix à l'Université de Tel Aviv a créé un programme appelé « résolution des conflits » destiné aux lycéens. Il cible aussi bien les jeunes juifs que les musulmans. Par une série d'ateliers et de jeux interactifs, il veut donner aux adolescents des outils leur permettant d'être la future génération de pacificateurs.

Le programme, destiné aux élèves âgés de 13 à 17 ans, s'étend sur 13 semaines. Les séminaires et les ateliers sont dirigés par des conférenciers dont certains sont de anciens enseignants de l'ONU ainsi que des activistes pour la paix. Les conférences sont plutôt de haut niveau. Arieh Geronic, professeur à l'Université Ouverte, insiste pour que les questions abordées ne soient pas infantiles : « Les jeunes apprécient les conférences qui stimulent leurs cerveaux. Normalement, ces concepts compliqués sont réservés aux salles de conférences universitaires. »

Le coordinateur du programme, Eyal Shechter, explique que, lors d'un jeu sur Internet, une élève a décidé de prendre le rôle de Condoleezza Rice et un autre celui du président iranien. A partir de là, ils vont essayer de négocier. « A travers les conférences et les jeux, nous donnons aux jeunes une perspective académique sur la résolution du conflit pour qu'un jour, eux aussi, puissent être les dirigeants ou les citoyens influents du processus de paix » explique Shechter.

Ce programme destiné aux collégiens et lycéens est le premier du genre à utiliser des théories politiques poussées en les associant à des jeux à plusieurs adaptés aux jeunes. L'an dernier, il fut proposé à plus de 40 adolescents dans trois lycées : à Jaffa, à Ashkelon et à Arara, une localité arabe.

Gai Hamat a dirigé les rencontres de Jaffa. Elle a étudié à l'Université des Nations Unis et a travaillé pour l'organisation internationale pendant 8 ans. « Nous enseignons des études de paix et de résolution du conflit à un niveau universitaire, à travers des séminaires concrets. Sachant que j'enseignerai à un niveau académique, les élèves n'ont pas hésité à s'inscrire » explique Gai.

Le professeur Mordechaï Tamarkin, directeur du centre Steinmetz, est optimiste quant aux résultats concrets de ce programme. La première préoccupation des éducateurs est de sensibiliser les jeunes à la paix et de les rendre responsables : « Nous faisons comprendre aux enfants la nature et les forces du conflit. Avant de résoudre un conflit, il faut en comprendre la source. La paix en elle-même est un sujet très ennuyeux. Nous enseignons à ces jeunes gens, avant qu'ils soient adultes, qu'il existe un moyen de résoudre les conflits. Il ne s'agit pas de savoir si nous pouvons ou pas résoudre le conflit, mais de savoir si nous, les activistes pour la paix, faisons ou non ce qu'il faut. »

(Source : Jérusalem Post et le journal Métro). Jean-Marie Allafort

Chrétiens en Terre sainte : disparition ou mutation ?

Le livre de Catherine Dupeyron, Chrétiens en Terre sainte. Disparition ou mutation ? fait honneur au métier de journaliste, à l'opposé d'un genre superficiel et répétitif auquel une certaine presse d'information nous a malheureusement habitués. L'auteur a beaucoup lu, enquêté, observé, visité, écouté, interrogé, comparé... Il en résulte un livre que sa richesse interdit de résumer.

Le titre même, « Chrétiens en Terre sainte », devrait alerter le lecteur attentif : il est impossible de parler des « chrétiens de Terre sainte » comme d'une catégorie homogène. Il y a des chrétiens « en » Terre sainte, et l'auteur nous fait découvrir un monde multiforme au sein duquel, en dehors de la foi chrétienne elle-même, il est bien difficile d'isoler un dénominateur commun. Chrétiens palestiniens, de moins en moins nombreux, protestants sionistes, juifs russes plus ou moins imprégnés d'orthodoxie, religieux de toutes confessions, chrétiens arabes d'Israël, qui sont peut-être l'avenir de l'Église dans cette région, catholiques de langue hébraïque... Au fil des pages, le lecteur découvrira aussi le labyrinthe des institutions, les rapports incroyablement complexes des hiérarchies et des juridictions, et le contenu pittoresque, et parfois tragi-comique, de l'expression de statu quo.

Un grand mérite du livre de Catherine Dupeyron est de replacer chaque élément de son dossier en perspective historique. Dans ce pays où il est impossible de comprendre le présent si on ne connaît pas le passé, il faut toujours remonter d'au moins un siècle et demi, et parfois beaucoup plus haut, pour saisir les racines des situations actuelles. L'auteur montre bien, en particulier, comment le sionisme moderne, dans les deux dernières décennies du XIXe siècle, avait été précédé de peu par une sorte de sionisme chrétien, où se mêlaient des espérances messianiques et les intérêts politiques des puissances européennes, à l'approche de la chute prévisible de l'empire ottoman ; et comment la naissance d'un État juif en Palestine a pris au dépourvu une opinion chrétienne qui, aujourd'hui encore, ne s'est pas complètement faite à cette idée. Même le lecteur qui habite depuis longtemps dans le pays, s'il n'est pas spécialiste, découvrira au fil de ces pages maints aspects d'une situation qu'il croyait connaître, et dont beaucoup sont loin d'être anecdotiques. On pense en particulier à ce qui est dit du monde russe israélien, ou de l'implantation protestante à partir de 1842, qui a inauguré le « retour » des chrétiens occidentaux en Terre sainte.

Bien qu'extérieure au christianisme, l'auteur a remarquablement compris le monde chrétien dans la variété de ses composantes et de ses nuances. Et si elle a délibérément évité d'alourdir son ouvrage, d'une lecture agréable, par les références à ses sources, sa documentation n'en n'est pas moins sérieuse.

À lire, sans hésitation.

Michel Remaud

Spirituellement sémites

Au printemps de l'année 1938, le philosophe Jacques Maritain ne cacha pas ses appréhensions au cours d'une conférence donnée au Théâtre des Ambassadeurs. "On est atterré", disait-il, "à la pensée qu'une nation européenne ait porté au pouvoir un parti dont le programme inclut la destruction pure et simple d'un peuple, car finalement, c'est de cela qu'il s'agit." Au mois de septembre suivant, au cours d'un commentaire prononcé ex tempore sur les textes de la messe du jour, le pape Pie XI déclara : "Spirituellement, nous sommes sémites." Trois mois plus tard, Karl Barth faisait part, lui aussi, de prémonitions alarmantes : "Lorsque prendra place [...] l'extermination physique du peuple d'Israël, la destruction des synagogues et des rouleaux de la Tora, le rejet définitif de Dieu [...] ce sont les racines mêmes du christianisme qui seront attaquées. Que serions-nous sans Israël ?"

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l'effet cumulatif de ces témoignages allait bouleverser de fond en comble l'idée que la chrétienté se faisait d'Israël. Impressionnée par les résultats de rencontres décisives comme celle de Seelisberg en 1947, l'autorité ecclésiale donna un coup de barre en publiant au cours du Concile du Vatican [1965] la déclaration Nostra Aetate. Cette nouvelle orientation qui apparut dès le début comme la pièce maîtresse de l'assemblée conciliaire annonçait un tournant dans l'histoire de l'Eglise. Avouons en toute modestie que ce texte ne faisait que répondre à l'attente d'un petit groupe de chrétiens qui étaient venus en Israël peu après la fondation de l'Etat pour partager sa vie et ses espoirs.

En commentant cette déclaration qui allait susciter tellement d'échos Raymond Brown, connu pour son exégèse de l'évangile de Jean, n'hésitait pas à déclarer : "Sur ce point des rapports Israël-Eglise, les évêques du Concile ont délibérément contredit l'enseignement des Pères de l'Eglise." Au niveau de l'expression, on remarquera que ce texte a ceci d'original qu'il ne comporte aucune référence patristique ou magistérielle. Après avoir constaté que la théologie catholique d'Israël était inexistante, l'assemblée conciliaire avait manifestement conscience d'être en face d'un commencement absolu et s'exprimait en conséquence.

S'il est vrai, comme le soutenait Renan, qu'on ne peut lire le Nouveau Testament sans connaître l'hébreu, le christianisme ne pouvait rester indifférent au fait qu'en revenant chez lui, le peuple juif s'était mis d'instinct à faire revivre la langue de la Bible. En visant à réintroduire la langue des prophètes dans la trame de la vie quotidienne, la volonté de revenir à l'hébreu était avant tout un acte de libération où l'on s'appliquait à redonner à une langue ancienne une vigueur qui pût exprimer le vécu des temps nouveaux. Comme le disait Yosef Brenner aux débuts du sionisme : "La langue est le reflet de la personne, aussi, lorsqu'un peuple prend conscience de lui-même, le niveau de sa langue s'en ressent-il inévitablement." L'une des réussites du retour du peuple juif sur sa terre a sans aucun doute été de faire de l'hébreu une langue dynamique qui augurait l'apparition d'une identité nouvelle. En se libérant elle-même des limitations de la Gola, autrement dit de l'exil, elle en affranchissait du même coup ceux qui la parlaient.

On constate que, tout en préservant son originalité, la langue des auteurs israéliens reste intimement liée à l'hébreu ancien où le signifiant et le signifie s'engrènent de façon organique. Aussi, leur créativité s'exprime-t-elle dans une langue indissociable d'une empreinte divine qui, n'étant pas de ce monde, permet d'avancer toujours davantage vers une lumière qu'on ne rejoint jamais. C'est là une situation unique oui'essentiel de l'élaboration littéraire ne réside pas tellement dans le fait de narrer une histoire que d'établir un lien entre un drame humain et la langue biblique, avec tout ce qu'elle implique de réminiscences historiques liées à des interventions surnaturelles.

Loin d'être marginal, ce dialogue implicite avec la langue sacrée est crucial au point que l'on ne puisse pénétrer aujourd'hui au coeur du sujet abordé par un auteur sans se référer à la façon dont il se situe par rapport à l'hébreu des prophètes. Ceci est particulièrement visible dans le domaine lyrique au point que les poètes de ce pays ne puissent être appréciés que par les gens qui y vivent car toute traduction dépouille l'original de sa vitalité secrète. La version la plus fidèle ne saurait rendre compte d'une langue qui, devenue la respiration d'un peuple, exprime entièrement son âme, à l'exclusion de toute autre. On comprend qu'on ait pu dire que le pays des juifs est à la taille de leur univers car il est un Livre et qui plus est, sacré.

En célébrant ces retrouvailles tant attendues avec sa langue, Israël n'oubliait pas qu'il revenait de loin. Les mesures vexatoires qui, en terre chrétienne avaient été son pain quotidien, remontaient à la plus haute antiquité. Au (T* siècle, l'empereur Justinien édicta la Novella 146 selon laquelle il était interdit aux juifs et aux chrétiens de recourir à l'hébreu pour l'étude et la prière. Dès lors, tous les sujets de l'empire romain étaient contraints de se servir uniquement du texte grec de la Septante. Pour les juifs, dont le génie consiste précisément à s'exprimer dans les commentaires dEcriture, c'était sonner le glas sur une activité devenue pour eux une seconde nature pour ne pas dire une raison de vivre, puisque l'accès à la source sacrée leur était désormais interdit. Réduite au silence, l'âme dTsraël se trouvait atteinte au plus profond d'elle même.

L'originalité de Jacob, père des douze tribus d'Israël, est en effet sa voix, comme nous le rappellent les sages dans la lecture du verset: "La voix est celle de Jacob. " [Genèse 26.22]. D'où la disposition naturelle des juifs a s'exprimer, conformément a l'oracle du prophète : "Mes témoins à Moi, c 'est vous, oracle de YHWH" [Isaïe 43.10]. On comprend qu'inspirés par des raisons sublimes, les sages aient pu considérer l'être humain comme une âme parlante. Frustrer cette tendance à communiquer revenait à exclure Israël de l'histoire, comme un être indésirable dont on n'attend rien. Les conséquences en furent incalculables car l'impossibilité d'échanger mène à une incompréhension réciproque qui porte au mépris.

On a pu dire que la reviviscence de l'hébreu créait une nouvelle situation ou la révélation semblait être présentée à nouveau au peuple juif. En tout état de cause, il est le seul à étudier la Parole divine dans l'intégrité de l'expression originelle qui informe maintenant une prière faite des mots de la vie courante. Dans une involution des causes, il fait vivre une langue qui en retour l'aide à survivre. Si le monde chrétien a depuis un certain temps manifesté son intérêt pour ce retour aux sources, il ne saurait se passer de la présence permanente de quelques uns des siens au milieu d'un peuple dont la créativité n'a pas fini de surprendre.

Dénuée de tout calcul, leur présence discrète dans ce pays ne peut qu'aider les autres croyants à reprendre conscience de racines dont on avait pratiquement oublié l'existence. Si celles-ci sont communes, la perspective de la réconciliation des nations entrevue par les prophètes revêt ici une actualité accrue. L'espérance de ce dénouement avait induit les rabbins à voir dans le chapitre 36 de la Genèse, le sommet de toute la Tora car, disaient-ils, la généalogie de la famille d"Esau - dont le nom évoque en Israël l'hostilité des nations - est le rappel d'une attente qui ne saurait décevoir. La Kabbale concourt à cette vue en rappelant que, selon la guématrie, la valeur numérique des mots Esati et Shalom est la même : 376.

Le choix fait par certains chrétiens de s'établir dans ce pays peut éventuellement répondre à un besoin de la personne. "Nous naissons", rappelait Rainer Maria Rilke, "pour ainsi dire provisoirement quelque part. C'est peu à peu que nous composons en nous le lieu de notre origine, pour naître après coup et chaque jour plus définitivement." Inutile d'ajouter que dans ce cas, il n'y a pas de place pour une nostalgie du passé car, si l'on est vraiment parti, il ny a plus de retour possible à un point de départ dont le souvenir

s'estompe. On y serait du reste peu porté dans ce pays du fait que si l'on a la liberté de choisir sa compagnie, celle des enfants d'Israël est d'une singulière distinction.

En arrivant ici, un chrétien serait bien avisé de reconnaître à l'instar d'un chancelier allemand que "nous n'avons pas choisi l'histoire dont nous avons hérité." Dans bien des cas, son rôle se limitera tout simplement à essuyer les plâtres, en se gardant d'oublier que le moment d'une prise de conscience et celui d'un changement d'attitude ne sont pas nécessairement synchrones. Evitant toute pression, si déguisée soit-elle, il peut tout au moins se mettre à écouter ce que l'autre voudrait dire. Tout en souscrivant à l'idée, parfois exprimée ici, que nous ne pouvons pas comprendre la Shoa, car il faudrait un prophète pour nous l'expliquer, il gagnerait à ne pas perdre de vue l'observation faite naguère par George Steiner : "II ne peut y avoir d'avenir justifiable pour le christianisme tant que la théologie et la pratique chrétiennes n'auront pas regardé en face, intériorisé lucidement, son rôle séminal dans les tourments millénaires du Judaïsme et de l'Holocauste."

La mémoire d'Israël est chargée de souvenirs tellement accablants qu'il convient maintenant, non pas de juger, mais d'oeuvrer à l'apurement dun contentieux des plus pesants. Rappelons, en schématisant pour souligner l'argument, que pendant des siècles, la chrétienté n'a cessé - en usant des procédés les plus divers - de prescrire aux juifs une façon de parler et d'agir. On comprend qu'une fois revenus chez eux, ils n'apprécient guère ce genre d'intrusions où l'on semble oublier les distances qui s'imposent. Le Nobel de littérature, Saul Bellow, se rendait bien compte que ces ingérences - souvent intempestives - relevaient de l'obsession. "Pour beaucoup d'occidentaux", disait-il, "le drame d'Israël et des palestiniens est devenu ce que la Suisse est aux sports d'hiver et la côte dalmate aux estivants. Us tendent en effet à y voir une sorte de station de villégiature morale où ils trouvent un exutoire commode pour assouvir leur besoin de justice."

La pudeur la plus élémentaire pourrait tout de même incliner les chrétiens dTsraël à accepter une situation inévitablement précaire en se contentant, bon gré mal gré, de la place exiguë qui est la leur, encore heureux qu'on veuille bien la leur laisser. A mon arrivée dans le pays, un ami m'avait enlevé toute illusion à ce sujet: "Tu devras maintenant", disait-il, "subir ici ce que nous avons subi là-bas." Mais à y regarder de près, il se pourrait que cette situation marginale soit en fait une bénédiction destinée à nous libérer d'une conscience exagérée de nous-mêmes et de nos institutions. Dans l'eéangile de Marc, une scène typique des derniers jours de la vie de Jésus serait de nature à nous en persuader. Elle se situe à Béthanie, une localité sise à proximité de Betphagé qui, selon le Talmud, était à la limite ou l'on pouvait préparer les Pains de la Face offerts chaque Shabbat au Temple dans le Saint [Exode 25.30]. Située à la frontière du territoire de la Ville sainte, Béthanie jouxtait un secteur du Mont des Oliviers appelé Meshihia. Tiré de la même racine que Mashiah [Messie], ce nom indiquait la présence d'une oliveraie destinée à fournir l'huile nécessaire à l'onction des rois d'Israël.

Au cours d'un repas, une femme versa un nard "de grand prix" sur la tête du Maître. Comme l'implicite confère sa profondeur au discours humain, la suite du récit donne à penser qu'en le rédigeant, l'évangéliste gardait présent à l'esprit l'ancien rituel de l'intronisation royale à Jérusalem. L'onction d'huile sur la tête était en effet le rite qui conférait aux rois d'Israël la dignité suprême, à l'instar de David à qui le prophète Samuel "donna l'onction au milieu de ses frères" [I Samuel 16.13]. De façon analogue, une onction solennelle était supposée conférer, au moment voulu, rinvestiture royale au Messie "Fils de David".

Mais, paradoxalement, l'onction de Jésus à Béthanie prend le contre-pied des usages traditionnels. Le Maître ne reçoit pas l'onction au Temple mais dans une maison située aux confins du territoire de Jérusalem. U n'est pas gratifié de la pompe des cérémonies sacerdotales mais de la compagnie des invités à la table d'un lépreux. Le rite, administré non par le Grand prêtre mais par une femme inconnue, n'est pas approuvé mais critiqué. Cette onction n'est pas associée à une perspective de pouvoir et de vie car elle est faite "d'avance [...] pour l'ensevelissement." Elle mène à une déréliction d'où sortira une vie nouvelle. Mais, entre temps, le Maître devra faire face à l'intervention des représentants du pouvoir.

Face aàcette conduite exemplaire, que penser aujourd'hui des incidences politiques dont on fait tellement de cas ? Rappelons tout d'abord que dans le Premier Testament, on parle sans cesse de politique, tandis que dans le Nouveau, on n'en parle guère, si ce n'est pour s'en distancer. N'y aurait-il pas des raisons à cela ? Que répondre à ceux qui font sans cesse allusion au drame que nous vivons actuellement sur cette terre tourmentée ? On pourrait leur rappeler que disserter sur des épreuves collectives en les suivant de l'extérieur est une chose, mais les vivre jour après jour surplace en est assurément une autre. Comme la voix de Dieu a besoin de silence pour se faire entendre et laisser son empreinte sur une être, nous ne pouvons ignorer que notre rôle n'est pas de pérorer mais d'intérioriser autant que possible le rappel que nous faisait en son temps le maître de la vie contemplative qu'était le cardinal Journet : "Votre vocation à vous, c 'est d'être avec. "

Plus qu'ailleurs, il est bon de se rappeler ici que le verbe intercéder signifie : "passer au milieu", en suggérant une disposition aàse mettre au cœur d'une situation troublée par un conflit. Trop faible pour s'imposer, l'intercesseur ne prétend pas au rôle d'arbitre qui le ferait dériver vers le précaire de la politique. Loin de se désimpliquer du présent, il est tout simplement là, sans faire de bruit, quand un mal apparemment incurable semble défier toute solution humaine.

Un chrétien de Tel-Aviv

Au fil des mois...

L'économie israélienne se porte bien (18 octobre 07)

Selon le bureau israélien des statistiques, pour la cinquième année consécutive, Israël connaît une forte croissance avec un taux s'élevant à 5, 2% pour l'année 2007.

En 2006, la croissance du produit intérieur brut (PIB) israélien s'était établie à 5,1% et ce malgré la seconde guerre du Liban qui n'a eu que peu d'incidences sur l'ensemble de l'économie israélienne. En 2005, elle avait été de 5,3%.

Israël connaît depuis cinq ans consécutifs une croissance qui s'élève au total à 23,5% entre les années 2003 et 2007.

Selon le bureau des statistiques, les investissements étrangers devraient atteindre 9,5 milliards de dollars pour l'ensemble de 2007 et le taux d'inflation devrait s'élever à environ 2,5%.

De plus, le niveau de vie des Israéliens est en progression notoire. En 2007, la croissance de la consommation (par personne) devrait atteindre 4.2% alors qu'elle avait été de 2.7% en 2006 et 2.2% en 2005.Les Israéliens ont multiplié les achats depuis janvier 2007. Les achats d'appareils électroménagers (frigidaires, télévisions etc..) ont augmenté de 17, 7% alors que la progression n'était que de 2, 6% l'année précédente. On prévoit pour 2007 une augmentation d'achat de voitures de 28, 5%.Enfm, les dépenses publiques pourraient seulement croître de 2% (2.9% en 2006 et 2.3% en 2005).

Le secteur privé en Israël se porte au mieux alors que le secteur public est toujours en difficulté.

Rédaction

Incendie criminel contre l'église baptiste à Jérusalem (25 octobre 07)

L'église baptiste de la rue Narkis, près de Betsalel en plein centre ville de Jérusalem, a été la cible d'un incendie criminel dans la soirée du mardi 23 octobre. A 22h.20, des voisins voyant la fumée ont averti des membres de l'église. Les pompiers ont dû casser des fenêtres pour faire sortir la fumée et pouvoir pénétrer. Trois foyers d'incendie ont brûlé une partie des chaises. Grâce aux pompiers, l'incendie n'a pas fait plus de dégâts. Il n'y a pas eu effraction.

Plusieurs assemblées ont leur culte dans cette église : le dimanche matin, l'église baptiste du sud, en anglais ; le samedi matin l'église baptiste internationale en anglais ; le samedi soir, l'assemblée messianique de langue hébraïque ; le vendredi soir une assemblée messianique de langue russe.

En 1926 l'Eglise baptiste achète le terrain rue Narkis et y construit une chapelle en 1929.

En 1982 cette église partiellement en bois est entièrement brûlée par un incendie criminel provoqué par des Juifs ultras-orthodoxes. Il fallut 10 ans pour obtenir le permis de reconstruire, et la nouvelle église ouvrit ses portes en 1993.

Pour l'instant, la police n'a aucune piste permettant de connaître les incendiaires.

Suzanne Millet

12 ans après : cynisme et mémoire (3 novembre 07)

Ygal Amir sortant du tribunal de Tel Aviv jeudi dernier avait le sourire. L'assassin de Itzhak Rabin avait de quoi. Non seulement, il venait d'avoir un fils mais en plus il obtenait de la justice israélienne l'autorisation de célébrer la circoncision de son premier-né ce dimanche 4 novembre, soit exactement le 12ème anniversaire du meurtre du Premier ministre selon le calendrier grégorien. Le juge qui a prononcé la décision a tout de même refusé d'accorder un moment de liberté au prisonnier mais a statué que la circoncision pourrait avoir lieu dans l'établissement pénitentiaire où il est incarcéré. L'enfant étant né le 28 octobre, il doit être circoncis 8 jours plus tard selon la loi juive.

En 2004, Yigal Amir, aujourd'hui âgé de 37 ans, avait obtenu de se marier avec une admiratrice, Larrisa Trimboler, 42 ans, divorcée et mère de quatre enfants. La presse israélienne suit avec une certaine passion l'évolution de la vie de Larrissa : depuis la tentative de faire passer en cachette du sperme de son époux en passant par l'obtention de visites conjugales et jusqu'à l'annonce de sa grossesse. C'est un véritable festival autour de Ygal Amir qui, 12 ans après son acte odieux, réunit toujours plus de fidèles autour de lui. Ainsi, un comité s'est constitué en vue de demander la libération de l'assassin. Une vidéo a été diffusée à plus de 150 000 exemplaires montrant la famille de Amir appelant à la libération du meurtrier au nom « des droits de l'homme » ! On ne se refuse rien et surtout pas le luxe du cynisme.Un chanteur célèbre, Ariel Zilber, vient prêter main forte à la campagne lancée et compose pour cette nouvelle bonne cause. On peut également trouver des blogs (y compris en français) qui félicitent Ygal Amir pour la naissance de son fils parlant « de la main divine posée sur lui ».

Ne pas oublier

Un peu plus de 150 000 personnes sont à nouveau rassemblées ce samedi soir sur les lieux où Itzhak Rabin avait prononcé son dernier discours et où il tomba sous les balles. Comme chaque année des jeunes issus des mouvements de gauche sont venus rendre hommage à la mémoire du Premier ministre défunt. Comme chaque année depuis 12 ans le public de droite est absent de la manifestation.

Cette année la sécurité avait été renforcée particulièrement autour du chef de l'Etat, Shimon Pérès. Il a reçu des menaces de mort ces dernières semaines qui ont obligé à de nouvelles mesures. La foule l'a ovationné durant son discours. « Chaque fois que je monte sur cette estrade je regarde à droite et à gauche pour voir si Itzhak s'y trouve. Je sais bien qu'il n'est plus » a déclaré avec nostalgie le président.

Parmi les orateurs il y a eu le ministre de la Défense Ehud Barak ainsi que le maire de Jérusalem Ouri Loupolianski. « Rabin a été assassiné et nous avons été grièvement blessés » a déclaré le maire de la ville sainte.

Le discours le plus remarqué fut sans aucun doute celui Yuval Rabin, le fils du Premier ministre qui a vertement critiqué le système judiciaire israélien. « Le juge Tzvi Gurfinkel a répondu positivement au plaidant parce qu'il était juif. Un juif à mes yeux est un homme avec des valeurs et qui respecte la loi. H est le fils d'un peuple qui a transmis à l'humanité le code moral universel des dix commandements dont « Tu ne tueras pas ». Selon Yuval Rabin, la libération de l'assassin pourrait être proche. Il a appelé la foule à s'y opposer.

12 ans plus tard la plaie est toujours béante. Rien n'est résolu. Les vrais responsables, ceux qui ont permis à ce vil meurtrier d'ouvrir le feu sur un homme d'Etat, n'ont toujours pas rendu de comptes. Les mêmes ou d'autres reprennent le flambeau de la haine et appellent au meurtre et à la violence au nom de Dieu. C'est la triste leçon d'un soir à Tel Aviv...

, .               Jean-Marie Allafort

Chant du mois .* De l'eau pour le roi David

cfl Chroniques 11,17

L'un des plus grands acteurs et comiques, Israël Poliakov appelé Poli nous a quittés le 30 octobre dernier. Poli a succombé à un cancer à l'âge de 66 ans. Il avait monté en 1964 avec Shaïkeh Lévy et Gavri Banaï un trio comique « HaGashash HaHiver » (l'éclaireur aveugle). Les sketches des trois compères ont fait tordre de rire des millions d'Israéliens. A travers l'humour et l'imitation, ils épinglaient les travers de la société israélienne toujours avec bon ton. Ils ont joué ensemble dans un film devenu un classique « Guivat Halfon », une comédie sur l'armée israélienne.

Poli est né à Jérusalem mais a passé son enfance à Tel Aviv. Il fit son service militaire dans les chœurs du Nahal. C'est là qu'il rencontre Gavri Banaï et que commence une amitié qui durera jusqu'au dernier jour de sa vie. Après l'année, Poli et Gavri rejoignent la formation musicale Tarnegolim (Les coqs), où se trouve déjà Shaïke Lévy. Un peu plus tard, après la dissolution du groupe, ils s'associent pour former le célèbre trio. Capable de prendre tous les accents, Poli imitait aussi bien un juif roumain pète-sec, qu'un immigrant du Maroc colérique ou qu'un juif polonais ne parlant que yiddish. Poli avait aussi le don

particulier de saisir des clichés comiques qui devenaient par lui, des expressions populaires reprises par la société israélienne. En Israël, les phrases que l'on cite viennent le plus souvent d'une des deux sources : la Bible ou... HaGashah HaHiver. Le trio avait reçu en 2000 le Prix Israël pour leur contribution spéciale à la société israélienne.

Poli était marié et avait trois enfants.

Nous vous proposons pour ce numéro l'une des plus célèbres chansons du trio :


De l'eau pour le roi David

par les trois du Gashash
Paroles et musique : Akiva Nof

De l'eau pour le roi David
De l'eau, de l'eau pour David
De l'eau pour le roi David
De l'eau pour David

Soudain David voulut boire
Du puits de chez les Philistins,
Pour acquiescer à son désir
Se mirent en route trois héros.

Ils coururent à Bethlehem, y puiser de l'eau En chemin chacun contait aux autres
Un de ses exploits les plus beaux..

De l'eau pour le roi David

De l'eau, de l'eau pour David...

Le premier dit : La montagne se dressait Sur mon chemin, mais je me couchai


Sous mon dos elle s'écroula.

Le second dit : Un fleuve me barrait la route,

Je poussai un cri, son flot s'arrêta.

De l' eau pour le roi David...

Le troisième sans dire un mot, Fendit le camp des Philistins,

Il emporta sur son dos
Le puits et toute son eau,
Alors David chanta un psaume
A ces trois héros,
Ajoutant à la Bible
Un verset nouveau.
Et depuis ce jour on chante ;

De l'eau pour le roi David...

 

 

 


et l'humour en final

Une histoire, à vrai dire pas de la vie quotidienne d'Israël, mais comme elle est biblique, et qu'elle nous a été racontée à Jérusalem, elle fait partie de notre univers.

La voici:

Une Sœur américaine qui vit depuis des années avec une tribu aborigène d'Australie, était de passage à Jérusalem. On parle de Bible avec elle, de la pomme d'Adam et Eve, et elle se rappelle. Quand elle leur a raconté l'épisode, ses amis aborigènes ont commenté le passage en disant:

- Quelle histoire! nous, on n'aurait pas fait comme eux. On aurait jeté la pomme et mangé le serpent!

Yohanan Elihaï et Jean-Marie Allafort

Un écho propose un voyage en Israël à l'occasion du 60ème anniversaire d'Israël

L'équipe d'Un écho d'Israël vous propose un voyage de découvertes et d'études à l'occasion du 60ème anniversaire de la création de l'Etat d'Israël du 4 au 11 mai 2008. Ce voyage sera animé par les membres de la rédaction d'Un écho d'Israël avec la participation d'intervenants Juifs israéliens et de Palestiniens. Nous vous proposons à travers des visites, des conférences et des rencontres un parcours sur le sionisme, l'histoire de l'Etat d'Israël depuis 60 ans et sur les enjeux à venir.Nous vous invitons à participer au jour du souvenir et aux festivités du 60ème anniversaire.

Programme proposé

{susceptible d'évoluer)

4 Mai : VOL ALLER - TEL AVTV

Vol Paris / Tel Aviv. Accueil à l'aéroport et transfert à Tel Aviv. Première rencontre. Soirée à Jaffa Dîner et nuit à Tel Aviv en hôtel ***

5 Mai : TEL AVTV - Naissance du Sionisme

Visite du musée du Palmah, du cimetière Trumpoldor, du boulevard Rothschild et lieu de la proclamation de l'Etat d'Israël. Conférence sur les Amants de Sion et le sionisme politique. Soirée au bord de la plage Nuit en hôtel *** à Tel Aviv

6 Mai : DE TEL AVIV A JERUSALEM

Départ pour Jérusalem. Arrêt à Abou Gosh. Déjeuner à Jérusalem. Visite du tunnel du Kotel. La réalité géopolitique d'Israël aujourd'hui.

Rencontre avec des Palestiniens chez les soeurs bénédictines du Mont des Oliviers. Installation à l'hôtel.

Participation à la cérémonie d'ouverture de la journée du souvenir au Mur occidental en présence du président de l'Etat et du chef d'état-major Dîner et nuit à Jérusalem en hôtel ***

7 Mai : JERUSALEM / Journée du souvenir

Visite de Yad LaBanim puis cérémonie au cimetière du mont Herzl Temps de recueillement sur la tombe de Yitzak Rabin et des Grands de la nation Repas pique-nique

Visite du Yad Vashem, mémorial des victimes de l'holocauste Retour à l'hôtel, repos